‹ Une cour princière au Vatican pendant la RenaissanceChapitre 11 sur 203 · CRÉATION DU MUSÉE CAPITOLIN · texte numérisé non relu

CRÉATION DU MUSÉE CAPITOLIN

N des premiers actes de Sixte IV fut de faire don à la ville de quelques statues antiques de haute valeur qui formèrent le commencement du Musée capitolin et en sont l’ornement.

Le Capitole était très pauvre en antiquités ; 1l ne possédait guère que le groupe du lion dévorant un cheval qui servait quelquefois de pilori et qui, après bien des vicissitudes, se trouve actuellement dans la cour du palais des Conservateurs où l’on voit la Forma Urbis. Deux urnes antiques y avaient été apportées antérieurement au xXIv® siècle. Elles provenaient du monument d’Auguste et avaient contenu les cendres de la première Agrippine, femme de Germanicus et celles de son fils Néron César. L’urne d’Agrippine fut transformée en mesure à grains ; elle subsiste encore. L'autre a disparu !.

La donation de Sixte IV comprenait la fameuse Louve que l’on plaça au-dessus de la porte d’entrée du palais des Conservateurs; la statue du Tireur d’épines ; une tête colossale de Néron ; une main tenant un globe que l’on supposait être un fragment d’une statue de Samson : elle fut placée entre deux colonnes de la façade du palais ; une statue dans laquelle on voyait une Zingara et qui est peut-être un Camullus, c'est-à-dire un enfant ; une statue de bronze doré représentant Hercule qui venait d’être découverte près du cirque Maxime ; une statue de Charles d'Anjou.

La plupart de ces objets paraissent provenir du palais du Latran à l’exception du Tireur d'épines et de la Zingara.

L’inauguration de cette collection, qui comprenait d’autres pièces d'importance moindre, se fit avec solennité, le 14 décembre 1471.

1. On trouvera dans notre ouvrage sur le Capitole romain la STUART, The Sculptures 0] the Museo Capilolino Oxfoid bibliographie de cette donation et du musée. Ajouter : A. JONES 1912,

Le pape entendait, en faisant ce don au peuple romain, luiremettre des témoignages éclatants de sa grandeur passée. L’inscription qui commémore cette générosité le dit expressément et rien ne pouvait plus toucher les Romains !. Ils considéraient que tout ce qui rappelait leur gloire leur appartenait effectivement ; c’est ce qui explique le mot restituendas appliqué aux objets donnés par le pape et qui, en réalité, n’avaient jamais appartenu au peupe romain.

A-t-on eu raison d'attribuer au pape le désir de sauvegarder les richesses artistiques qui se trouvaient encore à Rome? La bulle Cum provida sanciorum n'a trait qu'aux églises ; il n’y est pas question des monuments antiques ?. En réalité, se conformant en cela aux nécessités et aux habitudes prises, Sixte IV permit aux Romains de tirer parti de leurs ruines 5. C’était si tentant et si commode! Et comment aurait-on pu, au surplus, mener à bien les travaux qu’il méditait sans ce moyen? Le 17 décembre 1471, les entrepreneurs chargés de reconstruire la Bibliothèque vaticane sont autorisés par une bulle à fouiller où ils voudront pour se procurer les pierres nécessaires. Un temple d’Hercule situé au forum boarium, circulaire comme celui dit de Vesta qui existe encore, fut détruit 4 ainsi qu'un arc de triomphe voisin du palais Sciarra 5. D’autres destructions se poursuivirent tout le long du règne.

Au lendemain de son élection, Sixte IV avait bien adressé au gouverneur du port d'Ostie un ordre, luiimposant d'empêcher l'exportation des statues, des colonnes, des fragments antiques. Mais peut-être voulait-il simplement empêcher la dispersion des collections du feu pape qui avait commencé le lendemain de sa mort. Cette mesure n’empêcha pas d’ailleurs les camées et les intailles que Paul IT avait réunies avec tant de passion de passer pour la plupart entre les mains de Laurent le Magnifique.

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