‹ Une cour princière au Vatican pendant la RenaissanceChapitre 118 sur 203 · Biblioteca Casanatense, Manoscritto, Misc, n° 8u · texte numérisé non relu

Biblioteca Casanatense, Manoscritto, Misc, n° 8u

DrazoGus mortis et pontificis laborantis febre, 1500.

P. Quid mors sœva petis? — M.. Te. — P. Mel Quo jure ? — [M. Quod hora — M. Parcaque fila secat

En properat... — P. Quid ais?

P. Dic quid, quæso mali commisi? — M. Causa fuisti, Quod predæ Gallis Itala terra fiat. Non hoc parusn, — P. Invitus feci, non sponte, necesse [Sed fecisse fuit. — M, Jam satis est: morere… 3. SicismonDo, vol. II, p. 268, — BurcHARD vol. IL p. 235. Lettre du pape, BALAN, vol, V, p. 513.

4. Appelée la salle des Pontifes à cause des portraits qui en o1rnaient le plafond

Le 22 juillet 1500, des actions de grâce furent rendues à la Vierge parce que le pape se croyait particulièrement protégé par elle.

Il échappa encore à la mort le 5 octobre suivant (1500) ; au cours d’une chasse dans une vigne voisine de Rome, un cerf fondit sur lui; la présence d’esprit du cardinal Giovanni Lopez lui épargna d’être éventré !.

Ces émotions augmentèrent la fréquence de ses évanouissements ; il en eut plusieurs avant la fin de l’année ; se sentant atteint, il songea à restreindre son activité qui avait été jusque-là débordante ; on ne le vit plus sortir à l’aurore pour ne rentrer qu’à la nuit close. Cependant il semblait fort et dispos, s’adonnait aux plaisirs malgré ses soixanteneuf ans, et formait de vastes plans d'avenir. Cependant César travaillait.

Le 15 juillet 1500, au moment où le mari de Lucrèce, don Alfonso, sortait de Saint- Pierre, des spadassins se précipitèrent sur lui et le criblèrent de coups de poignard, puis ils montèrent en croupe de cavaliers qui les attendaient et disparurent par la porte Portese après avoir traversé le Transtévère. Le prince, dont le sang inondait les marches du parvis, fut transporté auprès du pape qui, sans hésiter, nomma son assassin. En l’entendant, Lucrèce s’évanouit, car elle savait qu’on n’échappait pas à ses coups. Don Alfonso fut installé dans la « tour neuve », au-dessus des appartements du pape. Le lieu lui paraissait sans doute très sûr. Lucrèce s'établit à son chevet pour le soigner et surtout pour le protéger. Par crainte d’un empoisonnement, elle lui apprêtait et lui apportait elle-même ses aliments, aidée par la sœur d’Alfonso, la princesse de Squillace. Les soins des médecins romains furent refusés ; le roi de Naples lui envoya le sien. Seize hommes avaient été chargés par le pape de veiller sur lui, mais César avait dit : «Ce qui n’est pas arrivé le matin, arrivera le soir. »

Don Alfonso, à mesure qu’il se remettait, laissait voir de plus en plus sa haine contre César. Il ne se cachaït pas pour dire que le jour viendrait où il se vengerait. On raconta même que, le voyant passer sous ses fenêtres dans le jardin, il prit son arbalète et tira sur lui.

Le 18 août, une heure après le coucher du soleil, des hommes armés, conduits par Michelotto, le sicaire du duc, pénétrèrent dans sa chambre ; ils écartèrent le représentant du roi de Naples et les gardes qui veillaient le blessé et, tandis que Lucrèce et sa femme couraient demander secours au pape, ils étranglèrent don Alfonso. Quand elles revinrent, il gisait inanimé sur son lit. Le cadavre fut déposé dans l’église Saint-Pierre où le trésorier du pape, Francesco Borgia, entouré de sa « famille», vint aussitôt dire des prières. Pour la forme, le médecin du prince et un bossu qui lui servait de bouffon furent conduits au château Saint-Ange et mis à la question, mais on les relâcha bientôt, car nul n’avait de doute sur le nom de l’assassin ?.

1. Le pape faillit p'usieurs fois être victime d’accidents. Un peu il couchait : une mitre fut anéantie, la tour de l’Horloge abattue, auparavant, unlustremanqua de lui tomber sur la tête. Le 5 novem- un camérier tué. bre 1496, durant la nuit, la foudre tomba près de la chambre où 2, César ne tarda pas d’ailleurs à avouer son crime.

Lucrèce aimait son mari ; sa douleur fut profonde ; les lettres qu’elle adressait à son intendant sont signées : « La très malheureuse Lucrèce ».

Le spectacle de sa douleur importuna César, qui devenait de plus en plus puissant et en imposait à son père; Lucrèce dut s’éloigner ; elle quitta Rome le 31 août 1500 pour se rendre au château de Nepi, accompagnée de six cents cavaliers. En vain demandat-elle bientôt à revenir ; il ne lui fut permis de regagner Rome que vers la fin de l’année 1,

Cependant elle garda de l'affection pour son frère. Quand elle fut en danger de mort à Ferrare, à la fin de septembre 1502, après un avortement, elle eut tant de joie d’une visite qu’il lui fit qu’elle en recouvra la santé, paraît-il ?.

CÉSAR EN ROMAGNE ET DANS LES MARCHÉS. — NOUVELLE PROMOTION DE CARDINAUX.

Les circonstances se prêtaient merveilleusement aux desseins de César ; tout contribuait à les favoriser en ce moment et à lui donner l’espérance qu’il pourrait se tailler plus tard un royaume à sa guise.

Les « seigneurs et vicaires » des villes de Romagne, Rimini, Pesaro, Faenza, Fermo, Urbino, avaient été, comme Caterina Sforza, déclarés par le pape déchus de leurs droits et dépouillés de leurs fiefs pour n’avoir pas acquitté les redevances dues par eux. Girolamo Riario s'était proposé naguère de les dépouiller ; César pensa être plus heureux.

Il avait pour lui de solides appuis. La commune (à vrai dire, le duc) de Milan remit à la Chambre apostolique 45 000 ducats pour la solde de ses troupes. Le cardinal Giuliano et le cardinal Giovanni Borgia se portèrent garants de la restitution de cette somme, bien que l’une des victimes du duc dût être manifestement Riario, parent de Giuliano. Alexandre VI remit ces 45 000 ducats à son fils puisque, aussi bien, c'était lui qui devait en user.

Un des ennemis de César, le cardinal Ascanio, venait d’être fait prisonnier près de Rivolta par des chevau-légers vénitiens, commandés par Carlo Orsini (10 avril 1500) 3. Le pape le réclama, mais les Vénitiens le vendirent au roi Louis XII ; il fut conduit en France non sans scandale, les pieds liés sous son cheval, et enfermé d’abord dans la citadelle de Pierre Encise, puis dans celle de Bourges 4, tandis que Ludovic le More, que l’on surnommait le Périclès de Milan, était emprisonné à Loches.

La joie fut grande à la cour de Rome quand on y apprit la capture du cardinal (14 avril 1500) ; le pape remit 100 ducats au courrier qui avait fait grande diligence (quatre jours de Milan à Rome) pour lui apporter la nouvelle. Dans la ville, le peuple

1. Le séjour surtout en été y est fort malsain. du Muratori, vol. XXIV.—— Léon PELISSIER, Le cardinal Ascanio 2. GIUSTINIAN, Vol. I, p. 114. Sforza prisonnier des Vénitiens, dans Revue historique, 1897. 3. JEAN D'AUTON, vol. I, p. 262. — GIROLAMO PRIULI, nouv. éd. 4. Il en sortit le 3 janvier 1502.

criait : «<Orso» et « Francia», mais ne poussait aucune acclamation en faveur du pape ou des siens.

Toutefois, il fallait beaucoup d’argent pour mener à bien l’entreprise que méditaient le pape et son fils ; il fallait entretenir des mercenaires, — l’armée de Romagne coûtait 20 000 ducats par mois, — payer les défections, faire montre deluxe. L'argent du jubilé fut vite épuisé. Le pape donnait, donnait sans cesse ; il se dépouillait ; il ne lui resterait bientôt plus de quoi manger, disait-il à l’envoyé vénitien. Ses joyaux étaient en gage. Alors il eut recours à une nouvelle promotion de cardinaux. On en parlait à Venise dès le mois de décembre 1490, et l’on racontait ouvertement que le pape la faisait pour se procurer de l'argent.

Le 18 septembre 1500, le Sacré Collège fut assemblé afin d'entendre les noms des prélats sur lesquels le choix du souverain pontife s'était arrêté, mais beaucoup de cardinaux, qui ne voulaient pas avoir à approuver ses décisions, s’abstinrent, en sorte que la réunion dut être reportée au 25 ; cette fois, on discuta sans arriver à s'entendre; certains noms répugnaient trop aux cardinaux. Bien que rempli de créatures d'Alexandre VI, le Sacré Collège faisait néanmoins, à l’occasion, acte d'indépendance ; en juillet 1490, il s'était nettement opposé à la désignation, comme évêque de Lucques, de Felino Sandeo, auditeur de Rote, et avait proposé que cet évêché fût attribué à Giuliano, l'ennemi irréconciable au fond, sinon dans les apparences, du pape.

Les cardinaux cette fois cédèrent. Dans la séance du 28 septembre 1500, le pape proclama sans opposition les noms de douze nouveaux cardinaux. C’étaient : Amanien d’Albret, beau-frère de César ; Lodovico (Pier Luigi) Borgia, frère de Giovanni, mort le 17 janvier précédent ; Francesco Borgia, le trésorier pontifical; Lodovico Podocatharo, venu de Chypre avec la reine Charlotte, secrétaire du pape et qui devint, après la chute de Florido, son confident et le plus riche des cardinaux ; Marco Cornaro, pauvre alors, mais qui allait acquérir de grandes richesses ; Adriano Castelli di Corneto, très lié avec le pape, et six Espagnols dont Francesco de Lorio et Giovanni Castelar, ses parents. Stefano Ferreri, élu 2n pectore, ne fut proclamé que le 28 juin 1502, ce qui porta à treize cette promotion.

Elle rapporta, dit-on, 120 000 ducats qui furent remis à César ; d’ailleurs le pape n'avait pas hésité à déclarer en consistoire que cette somme était nécessaire à son fils pour l’accomplissement de ses projets?. Ce fut chez lui, dans ses appartements, que les nouveaux élus reçurent la barrette rouge et prirent leur repas après la cérémonie du baisement.

Alexandre VI voulut créer des légats (2 octobre 1500), mais, cette fois, les cardinaux s'y opposèrent formellement.

César pouvait maintenant poursuivre ses opérations en Romagne. Les Bentivoglio à Bologne, le duc Ercole d’Este à Ferrare, auraient bien voulu l’en empêcher, car ils se sentaient menacés, ils n’osèrent par crainte de la France.

1. GREGOROVIUS, vol. IV, p, 112. Burchard indique le prix que chaque élu paya pour son élection.

AMEUBLEMENT ITALIEN DU XVe SIÈCLE.

COFFRE DE MARIAGE. (Phot. Moscioni.)

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PI. 29, page 248.

La politique de César fut à la vérité fort habile. Sachant que les populations étaient mécontentes de leurs seigneurs « qui les avaient plutôt dépouillées que gouvernées et divisées que réunies » 1, il se présenta partout en libérateur n'ayant d’autre désir que de les délivrer du joug qui pesait sur elles ? et de rendre à l’Église les terres qui lui appartenaient.

A la fin de septembre 1500, il se mit en campagne, après avoir pris l'avis de ses astrologues. Son armée se composait de six mille fantassins, deux cents cavaliers, neuf cents hommes d'armes que commandaient Giov. Paolo Baglioni et Paolo Orsini, tous deux capitaines aguerris. Vitelli Vitellozzo conduisait son artillerie; il était venu à lui dans l'espoir de tirer vengeance des Florentins qui avaient décapité son frère Paolo. Il pleuvait au point que force fut de faire halte à Gualdo pendant cinq jours pour permettre à l'artillerie de rejoindre.

Le principal objectif de César était Pesaro, que possédait Giovanni Sforza, le premier mari de Lucrèce, le beau-frère du duc de Milan à; il voulait se défendre, mais la cruauté que César avait montrée à l'égard d’autres cités qui lui avaient résisté, poussa la population, que César avait d’ailleurs fait pratiquer, à se soulever ; le poète Guido Postumo 4 s’efforça vainement d’exciter les courages par des vers enthousiastes maïs qui étaient en latin ; le 11 octobre, une députation fut envoyée au duc, lui offrant d’entrer dans la ville; le 21, la citadelle se rendit, tandis que Giovanni se sauvait à Bologne puis à Venise. Le 27, César fit son entrée en compagnie de don Ramiro. Pandolfo Collenuccio était présent ©.

En même temps, Rimini chassait les Malatesta et se rendait à César. Il en fut autrement à Faenza ‘; les paysans, qui avaient tout à redouter des soldats de César, n’offrirent aucune résistance à l’envahisseur, mais les habitants de la ville, qui aimaiïent leur seigneur Astorre Manfredi, à cause de sa beauté, de sa jeunesse et de ses malheurs ?, étaient résolus à se défendre. Ils repoussèrent les propositions de l’ennemi (10 novembre 1500). Quand Astorre s'était senti menacé, il avait envoyé payer le cens à Rome, mais on lui répondit qu'il était trop tard.

La région est plate et n’offrait aucune éminence ni aucun abri d’où l'artillerie de César pût accabler la citadelle ; force lui fut donc de tenter l’assaut, mais les assiégés étaient vaillants ; imitant l'exemple de Caterina Sforza, une jeune fille, Diamante Toselli, prit part aux combats ; on la vit, sur le haut des remparts, frapper de sa main les assaillants.

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