‹ Une cour princière au Vatican pendant la RenaissanceChapitre 117 sur 203 · RETOUR DE CÉSAR. — ACCIDENTS DU PAPE. — ASSASSINAT DU MARI DE LUCRÈCE · texte numérisé non relu

RETOUR DE CÉSAR. — ACCIDENTS DU PAPE. — ASSASSINAT DU MARI DE LUCRÈCE

Le pape avait donné à César comme surveillant le cardinal Giovanni Borgia, qui devait occuper au nom du Saint-Siège les villes assujetties, mais à peine parvenu à Montefeltro il mourut, le 17 janvier 1500, au moment où il se rendait auprès du duc pour le féliciter de la prise de Forli ; cette disparition si opportune pour les desseins de César parut suspecte à plus d’un ; néanmoins, on lui réserva un accueil triomphal quand il revint à Rome, le 26 février 1500. Tout le Sacré Collège s’était porté à sa rencontre jusqu'aux portes de la ville, avec les orateurs étrangers, le corps municipal et les magistrats. Les cardinaux Orsini et Farnèse allèrent même jusqu’à Civita Castellana, à plus de cinquante kilomètres de Rome. Le pape envoya ses lansquenets avec l’étendard de Saint-André, ce qui faillit causer un incident, car les Suisses du duc voulurent obliger les lansquenets à ne pas le déployer ; César dut intervenir. Il était entouré de cent officiers couverts de manteaux de velours noir ; lui-même était vêtu de noir et portait une chaîne d’or au cou. Deux hérauts et des trompettes à ses armes le précédaient. Il amenaït des soldats italiens, allemands, gascons, dont les vêtements étrangers étonnèrent la foule. Le château Saint-Ange avait été décoré ; deux étendards flottaient sur le haut, six sur les tours inférieures ; aux créneaux étaient des hommes armés de pied en cap ; deux cents pièces à feu tirèrent ensemble une salve et le fracas fut si grand que les fenêtres voisines volèrent en éclats et que des jalousies tombèrent. Ce fut un spectacle inouï, dit Burchard. Le cortège parcourut la ville avant d'arriver au Vatican ; quand César se présenta devant son père, celui-ci adressa à son fils la parole en espagnol; il lui répondit de même.

Précisément le carnaval était en cours ; on en multiplia les réjouissances. Place Navona, le triomphe de Jules César fut représenté par onze chars superbement décorés. Les courses de chevaux barbes, de juifs et d'enfants eurent lieu comme d’habitude, mais

1. À la mort d'Alexandre VI, Caterina espéra rentrer en posses- à Florenceet l'Église demeura maîtresse de Forli et d’Imola. Ses . A # cs we ot sion de ses États ; elle se prépara à les reconquérir les armes à la lettres montrent qu’elle ne garda pasrancune aux Borgia. BERNARDI main et fit appel à « messire Bonaparte» finalement, elle resta ANDREA, Cronache Forlivesiacura di ce: mazzATiNT1, Bologne. 1895,

avec plus d'éclat. César tua à coups de flèches plusieurs taureaux (fin février 1500) !

Le 20 mars 1300, le pape le déclara gonfalonier de l’Église comme l'avait été son frère, le duc de Gandia, et lui remit le chapeau, l’épée et l’oriflamme, insignes de son titre. En outre, il lui attribua la rose d’or en lui adressant ces paroles : « Reçois cette rose de nos mains ; quoique indigne, nous représentons Dieu sur la terre. Cette rose symbolise la joie ie deux Jérusalem, l’Église triomphante et l’Église militante. Pour tous ceux qui sont fidèles au Christ, cette fleur splendide est la joie et la couronne des saints. Reçois cette fleur, mon fils; elleest, au point de vue des hommes, noble, puissante et munie de grandes vertus, et tu seras gratifié de tous les dons du Christ. »

César prit la rose, baïisa la main et le pied du pape et replaça sur sa tête la toque de gonfalonier de l’Église qu’il avait ôtée; après quoi il se retira, ayant à ses côtés les ambassadeurs de France et d'Espagne.

Le 15 juin 1500, le pape éprouva une syncope assez forte pour qu’on publiât secrètement un dialogue entre lui et la Mort.

C’est une longue diatribe contre le pape dans laquelle ses fautes sont relevées une à une. Alexandre VI s'étonne, par exemple, que Giulia ne lui vienne pas en aide alors qu’il l'a tant aimée de son vivant, et la Mort lui répond qu’elle a fait pour lui ce qu’elle devait puisqu’elle lui a donné trois ou quatre enfants ?.

Il s’en fallut peu que, le 29 juin 1500, jour consacré pourtant, dit Sigismondo, à saint Pierre et à saint Paul, il ne fût effectivement emporté hors de ce monde *. La journée était sereine quand, vers midi, un ouragan d’une effroyable intensité se déchaîna subitement sur la ville ; une cheminée du Vatican fut renversée, elle s’effondra sur la toiture, qu’elle défonça ainsi que le plafond d’une salle qui se trouvait au-dessous et dans laquelle le pape recevait des pétitionnaires 4, Quelques-uns eurent la présence d’esprit de se réfugier dans les embrasures des fenêtres ; néanmoins, il y eut plusieurs tués, dont Lorenzo Chigi, le frère du fameux banquier Agostino. Le dais sous lequel était le pape fut écrasé, et, s’il ne fut pas tué lui aussi, ce fut grâce à une poutre qui le protégea. Quelques « gens de peu », dit négligemment le chroniqueur, furent tués à l’étage supérieur.

Il se passa bien un quart d'heure avant que ses serviteurs pussent le retirer des décombres ; il était inerte avec deux blessures à la tête et une autre plus grande à la main. Le dataire Ferrario et le camérier Gasparo coururent répandre en ville le bruit de sa mort, en sorte que Rome fut en rumeur. On barra les rues, on fit prendre les armes aux gardes comme si un interrègne commençait. Peu de jours après, le pape était sur pied.

1. PaoLo CAPELLO, Relazione (28 septembre 1500). — BURCHARD, P. Heimihi! — M. Quid luges? — P. Parum vixisse. — M. Vivol. II, p. 206, 12. Un peu auparavant le pape avait assisté à une [detur] représentation de l’Annonciation donnée par le cardinal de La Omnibus at nimium. — P. Cur, r0g0? — M. Quod malus es. —

Groslaye devant son palais.

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