‹ Une cour princière au Vatican pendant la RenaissanceChapitre 122 sur 203 · MACHIAVEL, Le Prince, chap. XVII · texte numérisé non relu

MACHIAVEL, Le Prince, chap. XVII

4. Historia di Forli, Bibl. Nat., Ms. ital. 250, non chiffré fol. 3v.

5. Fausto Evangelista, membre de l’Académie romaine, écrivit des pastorales sur les Borgia, sur la mariage de Lucrèce, sur le

Un autre poète, Francesco Uberti, composa des « épigrammes à la louange de César :

Salve Italum o splendor, Dux Illustrissime, Cesar...

Certaines pièces de vers sont adressées à ses capitaines (Paso LIN1I, Tirannti.…., p. 320. — WOODWARD, P. 197. — ALVISI, P. 151).

triomphe de César dans la guerre contre les Orsini, mais il composa aussi des épigrammes, entre autres sur la mort du duc de Gandia. Comme l’Arétin, il mordait pour faire mieux apprécier ses caresses. — Justolo Spoletano, également de l’Académie de Pomponio Leto, composa douze panégyriques sur le duc, dont trois existent encore. — Francesco Sperulo écrivit un poème : Gesta C. Borgiæ, qu’il n’eut pas Je temps d’achever.

Francesco Sacchino de Mudiana, mort en 1557, composa une lamentation sur sa mort et écrivit sa vie. Cf. THUASNE, vol. III, P. 450.

6. Le 30 mai 1478, Sixte IV avait confirmé ces constitutions par la bulle Eisi cunctorum. :

7. C. Brissto, Relatione dell’ antica e nobile città di Cesena, Daps Grœvius, Thesaurus, vol, IX , Leyde, 1733:

d’autres exécutions suivirent ; les tribunaux jugèrent équitablement ; une cour d’appel fut instituée qui reçut le nom de Rota comme à Rome; elle siégeait successivement à Fano, à Pesaro, à Faenza, à Rimini 1, à Césène, à Imola et à Forli ; les sept juges qui la composaient venaient de ces sept cités ?.

Le pape avait imposé cette juridiction au consistoire qui y était hostile, car elle diminuait la compétence de la Rote de Rome.

Ainsi César préparait un commencement d’unification du pays *.

La première cession du tribunal ne put se tenir qu’en 1503, à cause de l’état de guerre où se trouvait le pays. Césène en fut le siège. Le jour de l'ouverture des assises, le 24 juin, il y eut des réjouissances publiques et des représentations dont le sujet était tiré d'épisodes de l’histoire religieuse et séculière ; on vit un groupe symbolique représentant César et Cléopâtre. On savait bien qui était César, mais Cléopâtre? Ce n’était pas certes Charlotte d’Albret qui était au loin en France, mais peut-être Dorotea Caracciolo, femme d’un condottiere vénitien, ou Pentasilea d’Alviano qu'il avait fait enlever dernièrement.

Cet épisode est demeuré énigmatique. Le 23 décembre 1500, Giovanni Battista Carracciolo, capitaine des troupes à pied de Venise, demanda au Conseil des Dix la permission d'envoyer chercher sa femme Dorotea. Dans les premiers jours de février, il informa le Conseil qu’elle avait été enlevée près de Cervia, dans la légation de Ravenne, tandis qu’on la conduisait d’Urbino à Venise auprès de lui. Parmi les assaïllants se trouvait un capitaine, Diego Ramirez, qui servait dans les troupes de César et qui était notoirement son amant. Néanmoins, il ne semble pas que le rapt lui ait profité, car ce fut auprès de César qu’on la conduisit et qu’elle demeura ; elle le suivait dans ses déplacements et l’accompagna à Rome. La République de Venise prit vivement en mains la protestation de Caracciolo et fit adresser à César des remontrances ; il promit prompte justice et de restituer la captive, mais il n’en fit rien. L'affaire prit des allures de confit, le roi de France, la Sérénissime République,le pape s’en mêlèrent et l’on n’aboutit pas. Quand César eut disparu de la scène en Italie, on voulut renvoyer Dorotea auprès de son mari ; elle préféra aller vivre avec sa mère. On soupçonna César d’avoir tout machiné, mais, comme toujours, il avait trouvé le moyen de ne pas se compromettre en faisant agir les autres. En janvier 1503, autre enlèvement dans les mêmes conditions ; César était coutumier du fait, mais cette fois encore il s’agissait d’une personne d'importance, la sœur de Giampaolo Baglioni, Pentasilea, femme du fameux capitaine Bartolomeo d’Alviano, saisie dans le château de Corvara par des soldats au service du pape et emmenée à Todi par ordre de César. Elle était d’une grande beauté et avait à peine vingt-

1. Rimini était tombé au pouvoir de César le 10 octobre 1500 autorisait tous les bannis à rentrer et leur faisait restituer leurs et Pandolfo Malatesta avait dû s’enfuir par mer. Le Conseil avait biens. Il permit qu’on rendît justice à un homme « bien qu’il fût vendu la ville 2 900 ducats, plus l’artillerie et les munitions au notoirement favorable à Malatesta ». prix d'estimation. César prit à son service plusieurs des habitants 2. Ces magistrats recevaient 200 ducats par an, 100 du duc, (Comm. LuiGt ToNINI, Rimini, Rimini, 1882-1887, publ. par son 100 de la Chambre apostolique. fils). L'acte de reddition de la ville y est publié en entier, César 3. WooDWARD, P. 313,

cinq ans. Deux jeunes filles, ses nièces, furent enlevées en même temps. Le 3 février, le pape fit accroire à Giustinian ! que les captives étaient rendues à la liberté, mais c'était

un mensonge.

La Romagne, sous l'administration de César, goûta quelques mois de paix et de bonheur ?.

Tout en s’occupant d'organiser ses conquêtes, César n’oubliait pas d’y établir solidement son autorité. Michel Ange lui bâtissait des forteresses 3, Léonard de Vinci lui préparait des machines de guerre. Se trouvant sans emploi depuis la capture de Ludovic le More, il était venu (1501) proposer ses services au duc devant Faenza ; sur son conseil, à ce qu’il semble, César avait commandé à Brescia des canons du dernier modèle adopté par la France ; César le chargea en outre de la construction de quelques édifices à Césène et, un peu plus tard, de fortifier la ville de Piombino. A sa suite se trouvait également Pier Torrigiano qui naguère, dans l’église Del Carmine de Florence, avait brisé d’un coup de poing le nez de Michel Ange f.

Le siège de Faenza se poursuivait ; les sorties des assiégés gênaient considérablement les troupes de César et les assauts qu’elles donnaient de temps en temps n'avaient aucun résultat ; ses soldats mal logés, mal nourris, se battant dans la boue et souffrant du froid, murmuraient. Mais la famine se faisait de plus en plus vivement sentir dans la ville, car le blocus était effectif 5. Des contingents français venaient d’arriver $.

Le 26 avril 15017, les Anciens (le Consilio generale) demandèrent à capituler. À cette nouvelle Rome fut en fête ; on illumina, on alluma des feux de joie sur les places publiques. Il fut stipulé dans l’acte de reddition que César payerait le prix de l'artillerie qui se trouvait dans la place et qu'il ne serait fait aucun mal à Astorre ? ; néanmoins, dès qu’il l’eut en sa possession, César l’envoya à Rome où il fut enfermé au château Saint-Ange avec son frère naturel, Giovanni Evangelista ; un an après, le 9 juin 1502, on les trouva

un réduit central séparé du reste des constructions par un pontlevis et qui servait d'habitation au prince et de dépôt pour son trésor, avec citerne et greniers ; autour, un réseau de murailles, de cours, de tours et de bâtiments où vivait la garnison. La ville prise, il fallait s'emparer de la citadelle et, celle-ci capturée, forcer la Maschio, ce qui était le plus difficile. Caterina Sforza se défendit dans sa forteresse après la reddition de la ville et comptait se défendre dans le Maschio quand on hissa le drapeau blanc.

1. GIUSTINIAN, vol. I, p. 337, 349, 350, 373. Cf. Lettre de l’orateur florentin Soderini en date du 24 janvier. 2. Dans sa Lamentation, le poète Sacchino disait :

Non pianger più che in Ciel à fatto un Deo, Mesta Romagna sua magnificenza…

3. L'Italie se couvrait alors de forteresses qu'édifiaient les Léo-

nard de Vinci, les Sangallo, les Amoroso, les Ciro et leurs élèves. Ils en élevèrent à Bologne, à Nettuno, à Pérouse, à Civita Castellana, dans la Romagne. Leurs débris font encore l’ornement de mainte ville ou bourgade de l’Italie centrale, Des écrivains militaires posaient les règles de l’art des fortifications. Roberto Valturio de Rimini avait composé plusieurs ouvrages sur la construction et la défense des places fortes, qu’il dédia à Sigismondo Pandolfo Malatesta, dont il fut le conseiller. Le traité de De Re militari, traduit plus tarden italien et en français, parut en 1472.

Francesco Giorgio de Sienne, qui était au service du duc d’Urbino vers 1480, publia, lui aussi, un ouvrage sur l’art des fortifications.

Le type des forteresses dans l'Italie centrale est presque partout le même ; il rappelle celui des forteresses françaises antérieures :

4. Ce fut César qui acheta à Michel Ange le Cupidon qu’il avait fait passer pour un antique ; il l’envoya à Isabelle d’Este, laquelle, à dire le vrai, avait sollicité ce présent. Klle n’hésita pas non plus à demander un objet d’art pillé par César dans le palais d’une de ses amies, Elisabetta Gonzaga.

5. ALvisi, Cesare in Romagna, p. 275. — LEONETTI, cap. XX. — GuiccrARDINI, Stor, lib. V.

6. Le 12 août 1500, Machiavel écrivait de Montargis que le pape sollicitait vivement Louis XII de l’aider dans son entreprise de Faenza mais qu’il y avait peu de chance qu'il réussit, car le roi croyait avoir assez fait pour Sa Sainteté.

7. Le 24 avril 1501, César écrit au duc de Ferrare qu’Astorre et les siens se sont livrés « à sa discrétion et à son bon plaisir ».

noyés dans le Tibre avec une pierre au cou !, ce qui affligea beaucoup le peuple que leur sort et leur beauté avaient attendri ?.

César était maintenant maître d’une grande partie du pays qu'il convoitait. Bologne venait de lui céder plus ou moins volontairement Castel Bolognèse, situé entre Imola et Faenza, sur la via Emilia, place fortifiée de grande importance stratégique 5. César fit démolir la forteresse et défendit, sous peine de la vie, qu’on désignât désormais la ville autrement que sous le nom de Cesarina, en quoi il tranchait du conquérant glorieux. Si Bologne même ne fut pas conquise, ce fut à cause de l’opposition de Louis XII 4,

Camerino fut enlevé à Giulio Cesare Varano par une bulle datée du 1° mars 1501, sous le prétexte qu’il avait tué son frère trente-sept ans auparavant, crime irrémissible sans doute aux yeux de César 5 ; il fut en outre déclaré rebelle, sacrilège et coupable de lèse-majesté. Lorsque César se présenta en juillet 1502 devant la ville en libérateur, selon sa coutume, les habitants refusèrent de combattre et il en prit possession le 20 juillet; Giulio Cesare et ses deux fils, Annibale et Venanzio, furent jetés en prison ; le troisième fut pris un peu plus tard et également retenu prisonnier. Pendant trois jours, on se réjouit à Rome et l’on fit des feux de joie pendant trois nuits ; le gouverneur de la ville parcourut la ville avec ses gens criant Duca |

Alexandre VI ne donna pas cette cité à César, mais à un autre de ses fils, un enfant, Giovanni, l’Znfans Romanus (2 septembre 1501) f.

César attenta même à la liberté séculaire de la République de Saint-Marin’. Par deux fois, en juin-octobre 1502 et en juin 1503, ses officiers occupèrent la ville. Les vicissitudes de la République suivirent celles de Guidobaldo ; quand il fut chassé de ses Etats, Saint-Martin dut subir le joug ; ses registres portent la trace des dépenses faites pour défrayer les représentant du terrible duc. Quand une insurrection eut lieu qui remit Guidobaldo en possession de son héritage, les habitants reprirent leur liberté et se mirent même à voler les chevaux de l’armée ducale. Puis le Valentinois, d’un seul coup, prit le dessus et la République dut se soumettre de nouveau. Les sentences sont rendues au nom de César ; c’est à lui que sont adressées les suppliques. Il ne semble pas, au reste, qu'il ait

1. On trouva aussi dans le fleuve deux jeunes gens de quinze et 3. Les Manfredi y avaient dominé naguère. vingt-cinq ans attachés par le bras, une femme et « beaucoup 4. MACHIAVEL, lettre du 25 octobre 1500. d’autres», dit Burchard, Astorre Manfredi, dit Gregorovius, 5. Giulio Cesare avait empoisonné en 1464 son frère Rodolfo

avait dû épouser la belle Giulia. Il existait pourtant une bien grande différence d’âge entre eux.

2. L'ouvrage de ANnTonio MEDiIN, Lamenti Slorici, contient (vol, III, p. 5) une déploration à l’occasion de la mort d’Astorre Manfredi :

Piangele Faensin che avete perso Cosi gentil signor nobile et bello.

Papa Alessandro, tu se’ re del mondo, Se acconsenti a questa morte oscura Diro ben che per te la jé sia al fondo.

Verso di me don Michele (Michelotto) ne vien teso, So quel che vuole e so il suo costume, La morte ne presenta ebbi compreso,

afin de gouverner seul. En 1468, Paul II le confirma dans son pouvoir ainsi que ses fils et en écarta la descendance de Rodolfo. Giulio n’était primitivement que gouverneur de la ville au nom du Saint- Siège, mais il avait fini par se rendre indépendant. Raynaldus a publié la bulle partiellement (1501, n° 17), Amedeo Ronchini en entier dans les Ati della Depui. di Storia Paitria dell Emilia p. 62. Cf. BALAN, vol. V, p. 527. Voir aussi CAMILLO Gin, Del Historia di Camerino, Macerata, 1652.

6, En ce qui concerne les rapports de la ville de Fano avec César, voir AURELIO ZONGH1, Repertorio dell’ Antico Archiv. comunaie di Fano, Fano, 1888. Ces archives contiennent une ample série de registres touchant l'administration sous le principat de César.

7. AMY À. BERNARDY, Cesare Borgia e la Repubblica di San- Marino, Florence, 1905. Cf. Chronique d'ANDREA BERNARDI, Vovacula, dont l'original et une copie se trouvent dans la bibliothèque de Forli, une autre copie à Paris, à la Bibliothèque nationale.

abusé de son pouvoir ; il ne modifa, selon sa coutume, les anciens statuts qui dataient de 1205, que pour ramener de six mois à trois mois la durée des pouvoirs des magistrats afin de les mieux tenir en main. A sa chute, la République reprit le cours de sa paisible existence.

La Seigneurie florentine écrivait, à la date du 17 mai 1507, que César était la seule force militaire en Italie, qu’il était non seulement le fils du pape, mais aussi le favori du roi, seigneur de Romagne, choyé du Ciel et de la Fortune et qu’il convenait, en conséquence, de tenir grand compte de ses volontés. Machiavel s’étonnait que le roi de France lui laissât prendre tant d'importance et le taxait d’imprévoyance ; en octobre 1501, il disait au cardinal d’Amboise qu’il fallait que les Français eussent bien peu de sens politique pour se montrer si bienveillants à son endroit. Ce ne fut qu’en juillet 1502 que Louis XII écrivit à Alexandre VI pour lui dénier le droit de se rendre ainsi maître de l'Italie 2n éemporalibus.

Cependant César prenait le titre de duc de Romagne ‘et l’on prêtait au pape l’intention de faire de lui le roi de l'Italie septentrionale, voire de l'Italie entière et d'établir, avec lui, l'unité italienne, rêve qu'il n’eut probablement jamais et qui eût été irréalisable à cette époque où les haïnes locales, les compétitions, les ambitions personnelles étaient si violentes, mais dont on n’a pas laissé de lui faire honneur.

Quant au Sacré Collège, il avait admis sans sourciller le détachement de la Romagne et des Marches des terres de l’Église ; dompté désormais, ses velléités d'opposition se faisaient de plus en plus rares et timides.

1. Il signe de ce titre dans une lettre adressée à Ercole d’Este, en date du 8 juin 1501.

CORAPELRE KELI

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