‹ Une cour princière au Vatican pendant la RenaissanceChapitre 13 sur 203 · Peut-être l’arc de Dioclétien · texte numérisé non relu

Peut-être l’arc de Dioclétien

6. Antonio avait été nommé préfet de Rome en 1458 par Pie II Ilavait soixante-six ans quand il mourut. Le fameux capitaine Prospero Colonna était son fils.

Quant à son autre fils, Pierantonio il entra au service de Naples et eut de sa femme, Bernardina di Giovanni Conti, un fils, Marcantonio, qui dut fuir Rome à cause des persécutions d'Alexandre VI.

le commencement de cette série de fêtes pompeuses qui se succédèrent durant toute la durée du règne (fin avril 1472). Peu après, Leonardo dut se rendre à Todi. La ville, lasse de la domination de Gabriello Catalani, s'était révoltée ; le pape y envoya son neveu avec deux cents cavaliers que la commune dut entretenir à ses frais, ce qui lui coûta 70 florins (6 octobre 1472). D'autre part, comme Leonardo avait eu besoin de médicaments, le trésorier de Todi eut à lui remettre, de ce chef, « 50 florins dans une main et 40 ducats pontificaux dans l’autre 1». Qu’on ne s’étonne pas de cette formule ; dans un acte rédigé à la même époque, on ordonne au trésorier de la Chambre apostolique de verser à quelqu'un « tant dans la main droite, tant dans la main gauche, tant dans les autres ».

Comme préfet de la ville, Leonardo recevait 1 000 florins par an.

Le 23 juin 1472, Sixte IV confirma les statuts de la ville rédigés en 1469 et approuvés par Paul IT.

La question turque avait joué un certain rôle au conclave ; Sixte IV se devait de songer à la croisade. Pendant une trentaine d'années encore, on parlera prodigieusement de cette question à laquelle quelques personnes vouèrent leur existence ; ceux mêmes qui comprenaient l'impossibilité d'aboutir étaient tenus de se montrer partisans d’une tentative. Sixte IV y songeait-il sérieusement? Tout de suite, il proposa la réunion d’un congrès, mais il voulait qu’il siégeât au Latran, tandis que l’empereur d'Allemagne tenait pour Udine. On ne put s'entendre. Alors, le 22 décembre 1471, il décida d'envoyer Bessarion en France, en Bourgogne et en Angleterre ?, Rodrigo Borgia en Espagne, Barbo en Allemagne, en Hongrie et en Pologne, Carafa à Naples, afin d’y quêter des appuis, d'y réunir de l'argent et d’y réconcilier les princes. Ils échouèrent. Barbo parvint à vendre des indulgences et à percevoir des dîmes en Allemagne, non sans y provoquer des protestations ; en France, Bessarion reçut du roi Louis XI, tout occupé à reprendre les villes de la Somme, un accueil peu favorable. Ce fut au retour de ce voyage qu’il mourut à Ravenne, le 18 novembre 1473. Son abjuration avait pesé sur toute sa carrière ; 1l eût été pape à cause de ses hautes qualités, de la droiture de sa vie, de l’autorité dont il jouissait, il eût, en tout cas, joué un rôle plus important si l’on n’avait toujours suspecté quelque peu la fidélité à sa foi. Quant à Borgia il réussit, comme l’on verra, non pas assurément à entraîner les souverains d’Espagne à participer à la croisade mais à procurer des subsides au Saint-Siège ÿ.

Le 28 mai 1472, Sixte IV serendit à l’église de Saint-Paul-hors-les-murs puis au bord du Tibre pour y inspecter la flotte qu’il aait armée en vue dela croisade. Seuls, la ville de Venise et le roi de Naples étaient prêts à joindre leurs navires à ceux du Saint-

1. Div. Camer, vol. XX XVII, fol. 132. La pacification de la ville 2. Il ne partit que le 20 avril 1472. Barbo partit le 20 février, ne fut pas bien complète, car le pape dut y envoyer, deux ans après, Rodrigo le 15 mai. Giuliano della Rovere qui sévit durement. Notizie storiche della 3. Sur la légation du cardinal Rodrigo Borgia en Espagne, citià di Todi. Todi, 1843. VOÏr P. 143.

Siège. Le pape donna sa bénédiction aux équipages, promit l’absolution aux combattants et leur remit cent étendards aux armes de l’Église et aux siennes propres : d’azur au chêne arraché d’or.

Le cardinal Oliviero Carafa reçut le commandement de l’expédition ; c'était un homme de grande science, un théologien et un jurisconsulte éminent, mais totalement ignorant des choses de la guerre. Il revint le 23 juillet suivant (1473) sans avoir rien accompli, ramenant, pour tout butin, vingt-cinq Turcs et douze chameaux qu'on promena en triomphe par la ville !.

Depuis cette époque, on vit constamment à Rome des Turcs libres ou esclaves.

L’armement et la réparation de six des galères avaient coûté 8 900 florins ; aussi le pape, d'accord avec la Chambre apostolique, décida-t-il, en 1474, de « modérer la dépense trop lourde et extraordinaire » causée par la croisade. En même temps, le pape réduisait partout ses dépenses militaires, car ses caisses étaient vides ?. Il voulut que ses sujets réduisissent de même leurs dépenses.

Le 16 août 1473, Sixte IV confirma l'ordonnance somptuaire de 1469 * destinée à modérer le luxe des femmes et les dépenses faites à l’occasion des mariages et des enterrements. Les dots ne devaient plus dépasser 80 florins # ni les frais et les achats de bijoux et de cadeaux, 600 florins. Chose assez peu fréquente, cette ordonnance fut appliquée. Le chroniqueur Gaspare Pontani raconte qu'il se vit condamné avec les membres de sa famille pour en avoir violé les prescriptions (21 août 1483). Mais, d’autre part, le pape ne s’opposait pas, loin de là, aux manifestations d’un luxe extravagant dont ses neveux commençaient à donner l'exemple. Le 1€ février 1473, le cardinal Pietro Rüiario offrit un banquet auquel assistèrent quatre cardinaux, les envoyés des princes italiens, Girolamo et Antonio Basso, neveux du pape, le préfet Leonardo della Rovere ; bref, les principaux de la jeune cour. À chaque service, le majordome se présentait à cheval dans un nouveau costume, conduisant les serviteurs ; le repas dura trois heures. Ensuite, il y eut des divertissements ; comme dans les sociétés qui tendent vers la décadence, on se plaisait à montrer des spectacles exotiques ; des nègres dansèrent, puis parut un ambassadeur turc avec son drogman qui déclara qu’il venait se plaindre du cardinal Riario parce qu'il avait attribué au roi de Macédoine un royaume qui appartenait aux Musulmans. Le lendemain eut lieu un tournoi sur la place SS. Apostoli, dans lequel le champion de l'ambassadeur turc rendit les armes au champion du roi de Macédoine 5.

Le spectacle plut et fut renouvelé le 4 mars suivant (1473). Rome devait en

1 L'expédition dut aller à Chios, qui appartenait alors à une onze boutons en or, des franges et une tunique qu'il devait remettre société financière génoise ; ily fut, en effet, envoyépar Gênes, pour à ce même Cernovick. Un rubis, provenant du même fonds, pesant

le compte du pape, 1 772 livres de nitre. 15 carats et estimé 150 florins fut confié à un orfèvre afin qu’ilen 2. Le 8 août 1474, le camerlingue écrit à la banque Pazzi de verser fit une bague pour l’envoyé de Césène.

à Leonardo de Vernazzi, marchand florentin, 48 florins provenant 3. Publiée à la suite des Statuts de 1469

de la vente de quelques bijoux «de la croisade» déposés chez eux, 4. Voir THEINER, vol. III, p. 475, n° 405.

en payement d’une coupe d'argent doré avec son couvercle, des- 5. Une longue description de ce banquet se trouve dans une

tinée à Jean Cernovick, comte d’Albanie, dont le concours pouvait lettre de Ludovico Genovesi, médecin de la cour de Mantoue, en être utile dans l'affaire de Scutari. En même temps, il était remis date du 2 mars 1473 ; elle a été publiée pour les noces Vigo- 15 florins, toujours sur le fonds de la croisade, à un Vénitien pour Magenta, Rome (Forzani), 1885.

Page 1