MORT D'ALEXANDRE VI ET MALADIE DE CÉSAR
tion de chacun ; il avait le teint coloré ; sa voix gardait sa belle sonorité d’autrefois ; malgré son âge, il restait alerte et songeait à entreprendre en août un voyage dans la Romagne et à pousser peut-être jusqu’à Ferrare.
Il rêvait de céder à l’Église les terres des Colonna, des Savelli, des Orsini, à condition que le Sacré Collège reconnût à César la possession de la Romagne, des Marches, de tout le pays au delà de l’Apennin et peut-être aussi de la Toscane qu'il était en si bonne voie de conquérir.
Mais l’imprévu allait entrer en jeu. César, comme il le disait à Machiavel!, avait envisagé toutes les éventualités, pensait, avoir tout prévu et pourvu à tout, mais ce fut la seule conjoncture à laquelle il n’était pas préparé qui se produisit.
En réalité, les forces du pape diminuaïent ; sa santé que ses intempérances, l’irrégu-
larité de son existence, sa mauvaise hygiène avaient épuisée, continuait à décliner. Il le sentait.
I A santé du pape était alors florissante, du moins en apparence, et faisait l’admira-
Au commencement du mois d'août, voyant passer l'enterrement de Guglielmo Rodrigo, frère du cardinal Giovanni Borgia, capitaine des gardes palatines, qui était fort corpulent, il s’écria : « Ce mois est décidément funeste aux gens gros.» Or le pape était devenu fort corpulent ; au même moment, un milan tomba mort à ses pieds.
Effrayé du présage, il se retira précipitamment dans sa chambre, murmurant : « Mauvais, mauvais !»
Le Prince, chap. VII,
Alexandre VI fut d'autant plus frappé de ces signes que la mortalité était grande à Rome en ce moment, plus encore que généralement en été ; la peste, la malaria sévissaient au point que la plupart des employés de la Curie avaient été atteints ; les décès étaient nombreux jusque dans l’entourage du pape. Alessandro Bracci, envoyé du gouvernement florentin, était mort le 7 juillet après cinq jours de fièvre. Le 1®7 août 1503, le cardinal Giovanni Borgia, neveu du pape, était mort aussi. Les étrangers s’enfuyaient.
Alexandre VI ne se sentait pas bien ; depuis quelque temps, écrit l’envoyé vénitien, il se plaignait d’être las, abattu, mal disposé ; du 11 au 14 juillet, il resta sur une chaise longue. Malgré les avertissements que lui donnaient ses médecins et la nature, il avait cependant repris sa vie d'autrefois. Quelque temps auparavant, ayant eu un ennui ou pour une autre cause, il était parti à cheval, trois heures avant le jour, sans prévenir personne et avait fait, par une pluie battante, tout le chemin de Rome à Rocca di Papa. I1 n’en était revenu que le surlendemain. Le jour anniversaire de son couronnement s'était passé « à festoyer avec des dames ». Le menu d’un repas qu'il prit vers ce temps, un vendredi, a été conservé : œufs, langouste, citrouille au poivre, confitures, prunes, tourte enveloppée de feuilles d’or. Alexandre VI goûtait beaucoup les épices !.
Le 7 août, il confia ses inquiétudes à l’envoyé vénitien, se plaignant de la réclusion qu'il avait dû s'imposer ?. Dans la nuit du 12 août, il eut un accès de fièvre, d’ailleurs léger, et des vomissements. On lui tira huit onces de sang et 1l se sentit mieux au point qu'il fit venir quelques cardinaux et joua aux cartes avec eux, mais le 14, la fièvre reprit ; il fut saigné de nouveau et l’accès se calma le 15 pour revenir assez fort le 16. Les portes du Vatican furent fermées et le médecin ainsi que le pharmacien du pape eurent ordre de ne pas sortir du palais.
Une recluse qui vivait près du Vatican, sans doute sous une des arches du couloir qui menait au château Saint-Ange, fut sollicitée de prier pour le pape ; elle répondit qu’il était trop tard et qu’il ne pouvait plus être sauvé.
Le vendredi 18 août, se trouvant plus mal, il se confessa à Nicolo Crapitz, évêque de Kulm, et reçut le viatique assis sur son lit $. Cinq cardinaux l’assistèrent. On ne lui donnait plus à vivre que jusqu’à la fin de la lunaison. Néanmoins, ses entours s’efforçaient
1. Celles qu'il préférait et dont il abusait étaient : cannelle, gingembre, noix muscade, safran, cumin, anis, moutarde (GEBHART, p. 260). Les registres pontificaux (Rome, Archiv. di Stato, Spese minute di Palazzo, an 1501) fournissent des détails sur le prix des victuailles : un lièvre coûtait 2 carlins ; une paire de pigeons, un carlin ; une paire de poulets, 22 bolognini ; quinze livres de vermicelle, 2 carlins ; un chevreau, 27 bolognini ; un veau, 2 ducats ; le vin de Calabre, 3 ducats la barrique ; celui de Fiano, qui est léger mais savoureux et qu’appréciait le pape, 16 ducats la barrique ; huit mille sardines d’Espagne, 8 ducats ; un bocal de lait, 3 bolognini ; quatre livres de parmesan, 18 bolognini (pour la collation des chantres).
Les dépenses furent, en cette année, de: 1 145 ducats en janvier, 1 780 en février, 2 193 en mars, 1 397 en avril, 1 277 en mai, 1 050 en juin, 1 470 en juillet, 989 en août, 1 254 en septembre, 1 218 en octobre, 4 232 en novembre, 4 292 en décembre ; au total
22 287. On se rappelle que le ducat valait environ 12 francs.
2. La relation la plus circonstanciée de la maladie et de la mort d'Alexandre VI se trouve dans les dépêches journalières de Giustinian. Voir aussi BURCHARD, SIGISMONDO DEI CONTI, SANUTO et PorTiGziotri; La Morte di Alessandro VI dans Kivista d'Italia, Rome, 1915.
Pasquale Villari, l'éditeur des Dépêches de Giustinian, mentionne (vol. II, p. 458) une relation de la mort du pape et du conclave qui s’ensuivit, laquelle se trouve dans l’Archivio di Stato de Florence. Elle a été publiée dans un ouvrage paru en 1667, sous le titre Conclavi dei pontifici Romani.
3. BurcHaARD, vol. II, p. 353, 5. — GiusrTiNIAN, vol. II, p. 117, parle, au contraire, de l’évêque de Carinola, Pietro Gamboa, confesseur du pape. Villari dit qu’il y a eu méprise dans la lecture du texte de Burchard, mais il convient de se rappeler qu'il fréquentait le palais et que Giustinian en était exclu.
de dissimuler la vérité ; nul n'avait accès auprès du pape ; ceux qui pénétraient dans le palais n’en pouvaient plus ressortir. Papalins et ducistes cherchaïient à l’envi à faire le silence afin de se donner le temps de préparer l’avenir.
En même temps que son père, César s'était senti incommodé, alors qu’il s’apprêétait à aller prendre le commandement de ses troupes ; il eut des accès de fièvre violents ; on le crut même plus en danger que lui.
Au mois de février précédent, il avait été atteint de diarrhée; lepape lui avait envoyé son médecin, Bernardo Bongiovanni, évêque de Venosa, maïs il s'était presque aussitôt rétabli 1. César avait, comme son père et comme la plupart des gentilshommes de leur temps, une hygiène déplorable ; il se couchait entre deux et trois heures du matin, se levait à midi au plus tôt, se mettait à table puis aussitôt au travail et était un grand débauché.
Sans force et sans volonté César s’abandonnait. Mais, tandis que l’état du pape empirait de jour en jour, la crise ne dura pas chez lui ; s’il resta néanmoins anéanti assez longtemps encore, il fut bientôt hors de danger.
Dès qu’il fut transportable, sachant son père moribond et comprenant que ses ennemis n’auraient rien de si hâté que de profiter des circonstances pour en finir avec lui, il demanda à être mis en sûreté au château Saint-Ange où il avait déjà fait conduire ses deux enfants et transporter ses trésors. Mais le gouverneur, Francesco Roccamura, bien
1. Il l’avait envoyé aussi auprès de sa fille, Lucrèce, à Ferrare, en septembre 1502, quand elle avait accouché d’un enfant mort, Bongiovanni était de Recanati. C'était le cardinal Raffaele Riario qui le lui avait recommandé. En 1502, il avait été chargé de vérifier l’authenticité des stigmates qui s'étaient révélés sur le corps de Lucia de Narni, nonne de Viterbe ; il procéda à l’examen en présence de Lucrèce, de Borgia, du duc Ercole, de Pietro Gamboa,évêque de Carinola, et conclut à leur existence réelle. Ce fut lui qui accompagna un peu plus tard, en qualité de médecin, Lucrèce à Ferrare.
Le pape eut, durant son pontificat, cinq autres médecins : Andrea Vives, qui fut également médecin de Jules II, soignait Alexandre VI in minoribus, quand il était encore vice-chancelier ; celui-ci, devenu pape, lui donna des fonctions administratives ; il était « collecteur du plomb » (comme le peintre Sebastiano et le fou de cour Mariano) et abréviateur des Lettres pontificales. — Pietro Pinto était l’auteur d’un traité sur la peste dont il avait été atteint (1499). Gaspare Torrella, Espagnol comme le précédent, était auteur lui aussi de nombreux ouvrages de médecine, surtout relatifs à la peste et à la nouvelle maladie. Filippo della Valle, Gio. Batt. Canani le soignèrent également.
Giustinian parle d’un Scipio qui fut ensuite médecin de Pie III durant son bref pontificat.
Alexandre VI eut même des médecins français, Il venait beaucoup de médecins italiens en France ; leur science et leur faconde, leur connaissance des secrets de la médecine arabe et l'abondance de leurs œuvres écrites les entouraient d’un grand prestige. En revanche, il allait peu de médecins français en Italie. Cependant, le pape Alexandre VI semble en avoir eu deux, le père et le fils, Bernard et Jean de Pontoise ; Bernard fut employé par la ville d’Angers où il résidait pendant une épidémie de peste et alla ensuite à Rome où il devint médecin du pape, Son épitaphe disait de lui :
Cy gist la fleur de médecine Qui cognoissant sans nulle envie
Graines et fleureites et racine À tous souffrans prolongeoit vye Aultant que l'art peult et assigne.
(1x0 juin 1522.)
Il fut enseveli dans l’église Saint-Michel-la-Palud, détruite au commencement du siècle dernier. Un vitrail le représentait à genoux, les maïns jointes, vêtu d’une robe écarlate, avant à ses côtés ses fils Tean en habits de religieux et Gabriel en robe violette, avec son écusson d’argent à la croix de gueules cantonnée de quatre vannets de même. En face de lui, sur le même vitrail, se voyaient sa femme et ses cinq filles dont deux en religieuses, les autres richement vêtues de robes écarlates à longues manches. Bernard avait gardé un souvenir reconnaissant du pape ; il possédait un portrait de lui dont il fit don à la même église.
Son fils Jean fut aussi médecin du pape, à ce qu’il semble; il avait peut-être accompagné son père à Rome alors qu’il était fort jeune, car il mourut en mars 1546. En 1521, il devint curé de La Jumellière et en même temps de Saint-Aubin-de-Luvigné, et encore d’Escouflant en 1525 et prieur de Juvardeil en 1528, archiprêtre de La Flèche, chanoine de Saint-Pierre, le 22 mai 1528, de Saint- Martin et de Saint-Jean-Baptiste d'Angers en 1530 ; il dut ses premiers bénéfices à la faveur particulière du pape Alexandre VI.
Son frère Gabriel, médecin ordinaire du roi et des enfants de France (1550-1554), mourut en 1559.
On donne comme la demeure de Jean, une maison qui est devenue la cure de Saint-Aubin-de-Luvigné, en Maine-et-Loire. Sur la cheminée et dans le vitrail d’une des fenêtres, se voient, à côté de ses armes, celles de Borgia. Mais le savant archiviste du département, M. Marc Saché, n’admet pas cette attribution.
CÉLesrTiIN PorT, Dictionnaire de Maine-et-Loire, Paris, 1874- 1878.— BARTHÉLEMY ROGER, Histoire de l'Anjou, Angers, 1852 — BRUNEAU DE TARTIPUNE (Angers, 1623), ms. de la Bibl. d'Angers.
qu’il fût Espagnol et une créature du pape, refusa de le recevoir, et ce fut en vain que César lui prodigua les promesses et les engagements.
La ville s’agitait; elle était, dit Giustinian, « sens dessus dessous ». Les Savelli et les Orsini rentraient animés du désir de récupérer leurs biens et se venger ; les Colonna arrivaient par bandes avec leurs partisans tout aussi exaspérés et les Espagnols commençaient à se sentir mal à l’aise. Le Borgo s’emplit de soldats appelés de partout pour défendrele Vatican ; ils étaient plus de deux mille ; au château Saint-Ange tout fut préparé pour un siège ; le gouverneur fit approfondir les puits où l’on conservait les provisions, creuser des fossés, mettre en état ses deux cents pièces d'artillerie ; le tambour battit le rappel et ordre fut donné à ceux qui étaient en état de prendre les armes, de se réunir autour du palais pontifical. Le bruit courut que, profitant de ce désordre, la populace allait mettre la ville à sac, en sorte que les plus avisés cachaient ce qu'ils avaient de précieux. La consternation fut à son comble lorsqu'on apprit qu’une troupe de trois cents lances françaises avait passé par Bologne, se dirigeant en hâte vers Rome.
Le pape agonisait. Au soir du 18 août 1503 il expira en présence du dataire et de quelques rares serviteurs, dans cet abandon qui était le lot de presque tous les papes, qu'ils eussent été bons ou mauvais.
On raconta qu'au moment où il rendait le dernier soupir, un singe vint prendre possession de son âme, et que c'était le diable lui-même qui ne voulait pas laisser échapper une si belle proie.
Pas une fois, durant sa maladie, le pape n’avait prononcé le nom de son fils ni de sa fille.
Le cadavre s’enfla avec une rapidité surprenante; il n’eut bientôt plus forme humaine; les lèvres étaient grosses comme le poing ; le visage, le corps noircirent au point que Burchard dit qu’on aurait cru se trouver en présence « d’un Maure très noir ». Le sang coulait par les oreilles, par le nez, par la bouche qui était restée béante. C'était, au dire de tous ceux qui approchèrent du lit mortuaire, un spectacle affreux, hideux, tel qu’on n’en avait jamais vu de si repoussant dans la chrétienté 1.
Cette décomposition rapide et effrayante parut la preuve que le pape avait été empoisonné, par un juste retour des choses d’ici-bas. L’envoyé vénitien émet cette hypothèse dès le 5 septembre 1503 2.
1. « El più brutto, monstruoso e orrendo corpo di morto che si vedesse mai, senza alcuna forma nè figura de omo », dit Giustinian. « Cossa bruttissima da vedere, negro e gonfiato, et per molti se dubita non li sia intravenuto veneno », dit Costabili (Arch. de Modène). — BurcHaAR», vol. IL, p. 354.
2. Voicil es sentiments à ce sujet de l’éminent médecin légiste, le docteur Paul : « On ne saurait se baser sur la description du cadavre pour dire qu'on se trouve en présence d’un empoisonnement. La description du cadavre du pape Alexandre VI avec sa face noire, ses lèvres enflées, l’aspect béant des narines et de la bouche, cadrent d’une façon absolue avec la putréfaction normale d’un cadavre d’un homme décédé en plein été et restant longtemps exposé à l’air.
« Nous, médecins légistes actuels, nous nous servons de l’expres-
sion « tête de nègre» pour décrire la putréfaction d’un cadavre qui prend, en effet, cet aspect tout à fait caractéristique et horrifiant. L'ancien, qui a parlé de tête de Maure, est plus littéraire que nous, voilà tout
« En un mot, l’aspect du cadavre du pape Alexandre VI est celui d’un « putréfié », mais cette putréfaction n’est nullement la démonstration d’un empoisonnement. »
I] a été beaucoup discuté au sujet de la cantharide, poison dont se seraient servis les Borgia. Voltaire écrit : « La cantarella, dont on prétend que le pape Alexandre VI et son bâtard, le duc de Borgia, faisaient grand usage, était, dit-on, la bave d’un cochon rendu enragé en le suspendant par les pieds, la tête en bas, et en le battant jusqu’à la mort. Un grand apothicaire m’assure que la Tophana, cette célèbre empoisonneuse de Naples, se servait principalement de
On parla d’un repas que lui avait offert le cardinal Adriano di Castello dans la vigne qu’il possédait près du Belvédère et qui passait pour un lieu de délices 1 On raconta que le pape avait voulu le faire empoisonner, maïs que l’échanson s'était trompé de verre et avait présenté au pape celui qui était destiné au cardinal, ou bien encore qu’un ennemi du pape, le cardinal Adriano, à moins que ce ne fût un autre, avait remis à cet échanson une somme de 10 000 ducats pour qu’il lui versât du poison ainsi qu’à César ?.
Cette version romanesque satisfait l'imagination et les nécessités de la justice immanente, outre que le populaire attribue volontiers les disparitions subites de personnages marquants à des causes obscures et criminelles. Mais ilconvient de remarquer qu’il s’écoula plus d’une semaine entre le repas chez le cardinal Adriano et le moment où éclata le mal. Existe-t-il des poisons aussi insidieux dont l’action reste latente, insaisissable d’abord, puis se révèle quasi foudroyante?
La simultanéité des accidents survenus au pape et à son fils peut être considérée comme un argument concluant en faveur du poison, mais c’est le seul.
Les ambassadeurs parlent tous dans leurs lettres de fièvre tierce, de dysenterie aiguë. Le médecin Scipio, « homme excellent dans son art », conclut à une attaque d’apoplexie.
Alexandre VI avait, d’après ses portraits, le cou enfoncé dans les épaules ; il était gros et sanguin ; toutefois, il ne perdit à aucun moment la parole ni l'intelligence de ce qui se passait autour de lui.
Succomba-t-il à l'épidémie de fièvre qui sévissait dans la ville?
Il a été longtemps fort dangereux à Rome de passer la soirée en plein air au mois d'août ; or le pape ne prenait aucune précaution à cet égard et il n’était pas à ce moment, on l’a dit, en bonnes dispositions ; sa résistance en était peut-être affaiblie ?.
Non seulement César avait été atteint en même temps que lui, mais aussi son hôte, le cardinal Adriani ; il eut des évanouissements, de la fièvre et sa peau tomba par lambeaux. Certains auteurs ont rapporté que tous les convives furent atteints. S'il y eut intoxication par le poison ou par des agents extérieurs, elle fut générale.
Une chanson fort grossière courut les rues ; les exemplaires s’en dispersèrent rapidement et disparurent, en sorte que longtemps elle resta ignorée; ce n’est que récemment qu’on l’a retrouvée. Elle se compose de deux feuillets in-quarto contenant trente-quatre strophes qui rappellent quelque peu celles sur la fièvre du pape.
Ces vers semblent être d'Eustachio Celebrino, médiocre poète qui avait une sorte
cette recette.» Voltaire a d’ailleurs soin d’ajouter : « Peut-être daient deux sortes de poisons: Wenenum attemperatum (lent), qui
tout cela n’est pas vrai ». (Dictionnaire philosophique.)
A la vérité, les produits préparés avec l’insecte appelé cantharide ont surtout les effets aphrodisiaques qui étaient connus À Athènes et à Rome ; ils peuvent servir de poison. Il n’est pas certain, malgré la tradition, que ce soit là le poison employé par les Borgia ; peut-être une autre piéparation avait-elle reçu ce nom (Voir Dr Jacor, Le Poison des Borgia, Angers, 1909). Les symptômes du mal auquel succomba Alexandre VI ne concordent pas avec les effets de la cantharide. On assure que les Borgia possé-
serait de l’acide arsénieux peu soluble, et Venenum atterminatum, qui serait une de ces préparations solubles de l’arsenic dont les effets sont instantanés.
1. Elle devint, après la disgrâce du cardinal, la propriété d’Annibale Rangoni, capitaine des gardes de Léon X.
2. Tout le récit de ce conte se trouve dans SanuTo, vol. V, col. 105,
3. Gino Capponi rappelle combien de personnages succombèrent en cette saison où Rome était si malsaine. G. p’Appa, Canti Stor dans Aychiv. Stor, Lombardo, Milan, 1875, p. 10.
COFFRET EN PATE BLANCHE SUR FOND DORÉ. En haut : Thisbé se donnant la mort sur le corps de Pyrame. En bas : Actéon changé en cerf. Musée du Louvre. (Phot. Giraudon.)
UNE CoUR PRINCIÈRE AU VATICAN. PI. 31, page 280.
PRET SE EU j a He ne