ALEXANDRE VI, PIE III ET LES ARTS
Alexandre VI, peut-être parce qu’il n’était pas Italien, et surtout parce qu’il avait d’autres visées, fit peu pour embellir, assainir, ou rendre plus praticable sa capitale. Ses pensées étaient ailleurs.
En mai 1409 il ordonna d'élargir certaines rues, mais on ne sait s’il fut donné
1. PASTOR, vol, VI, p. 191. 3. FORCELLA, Iscr., vol. VIII, p. 262, n. 660-661, épitaphes de 2. Il légua à l’hospice allemand 100 ducats, trois cents livres et Pie II et de Pie III. — ARMELLINI, D. 454. un calice. 4. GREGOROVIUS, Vol. IV, p. 492.
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suite à ce projet. On a vu qu’il fit percer une rue au Borgo afin de faciliter la circulation entre Saint-Pierre et le pont Saint-Ange. On ne connaît pas de travaux édilitaires autres de quelque importance.
Les seuls ouvrages qui méritent d’être signalés sont la construction de l’Université, la Sapienza, dont il ne reste rien, et les appartements Borgia, qui furent profondément modifiés au temps de Paul V.
Sixte IV avait employé à ses dépenses de guerre les revenus destinés à l'Université ; les traitements des professeurs n'étaient plus payés ou étaient grevés de taxes si lourdes que l’un après l’autre cessaient leurs cours. Sous Innocent VIII, la situation s’améliora un peu. Quand les revenus de la taxe sur les vins ne suffisaient pas aux besoins de l’Université, surtout en ce qui concernait les traitements des professeurs, c'était, malgré sa détresse, la Chambre apostolique qui parfaisait la somme ; il en fut ainsi en 1487 et 1488.
Innocent VIII aurait souhaité, en outre, remplacer le bâtiment misérable et croulant où résidait l’Université depuis Eugène IV (quartier S. Eustachio). Pomponio Leto avait protesté contre l’étroitesse des salles et le délabrement de l’édifice qui ne convenait pas, disait-il, à la gloire littéraire d’une ville telle que Rome ; mais les moyens manquèrent pour accomplir ce dessein. Ce fut à Alexandre VI qu’ilappartint de remédier à cet état de choses. Par un mctu proprio daté du 17 décembre 1497, il ordonna la construction d’un édifice plus convenable à sa destination et mit à la disposition du recteur et des« réformateurs » une somme de 1 000 ducats ; le 16 novembre suivant, il leur en allouait encore 1 000 et confiait la direction des travaux à trois commissaires dont l'archevêque de Reggio, gouverneur de Rome. Les entrepreneurs-architectes étaient Santo et Andrea. Alexandre VI déclara que la taxe imposée aux juifs y serait consacrée. En mai 1490, les travaux n'étaient pas achevés ; le pape fut les visiter. Trop activement poussée, la construction manqua de solidité, mais elle devait avoir grand air, si l’on en croit Andrea Fulvio qui la vit quelque dix ans plus tard ! ; les architectes s'étaient inspirés de ce qu'ils pensaient avoir été le plan des académies grecques ; ils avaient entremêlé les salles, les portiques, les cours, les promenoirs ; de tout cela il ne subsiste qu’une pierre avec les armes du pape conservée dans les caves du nouveau monument.
Jules IT laissa dépérir l’Université matériellement et moralement ; sous le pontificat de Léon X, des restaurations s’imposèrent ; Clément VII en commanda de plus importantes. C’est à Alexandre VII qu’on doit le monument actuel de la Sapienza ?.
Innocent VIII avait exonéré les étudiants de taxes imposées sur les denrées qu’ils consommaient ; Alexandre VI confirma ce privilège, qui datait d’ailleurs, avec des interruptions, de Boniface VIII. Ce pape avait également constitué une commission, composée d’un représentant des professeurs et des élèves et d’un représentant de la commune, à laquelle était attribuée la mission de fixer le prix de location des logis où habitaient les membres de l’Université, dontun grand nombre venaient de l’étranger ; en cas de
1. Son ouvrage Antiquaria Urbis parut en 1513. 1803. — Moront1, Dis. Eccles. — H. DENIFLE, Die Universitaten, 2. RENAZZ1, Storia del! Universita degli Studii di Roma, Rome Berlin, 1885, vol. I, p. 314. — M ÜNTZ, p. 210.
désaccord entre les deux arbitres, les professeurs en nommaient un troisième dont la sentence était sans appel !.
Quant aux appartements Borgia, Alexandre VI en entreprit la construction ou plutôt l'aménagement afin d'utiliser le bâtiment qui reliait le palais à la basilique et qui était en partie l’œuvre de Nicolas III et de Nicolas V.
Leur situation même devait donner aux pièces qui s’y trouvaient une importance capitale ; c'était l’entrée des appartements pontificaux, là que le pape recevait ceux qui avaient audience.
Il y a incertitude sur les modifications apportées par le pape à ce corps de logis ; une tour carrée, crénelée à son faîte, sorte de réduit de résistance dernière, le Torrione, est sûrement de lui ; les salles qui sont voisines ont été décorées par ses soins ?.
Ces appartements composés de six salles et qu’on appelait Ædes Borgiæe, occupent l’espace compris entre la cour de la Sentinelle, celle du Belvédère et celle du Perroquet ; ils se trouvent au-dessous des Stanze de Raphaël. Quatre sont régulières de forme et assez vastes ; les deux autres, auxquelles on accède par sept degrés, sont voisines de la grande tour. On voit sur les parois des appartements les armes d'Alexandre VI comme celles de Nicolas V et de Pie IT ; plus tard, Léon X y fit apposer les siennes.
La pièce la plus fameuse, la plus fréquemment citée de cet ensemble est la salle du Pappagallo, du Perroquét, longue de 91 palmes, large de 84 ÿ.
Pie IV la fit décorer de peintures représentant des verdures ; plusieurs perroquets s’y voyaient qu’on y avait mis à cause du nom de la pièce ; plus tard on crut qu’elle devait son nom à ces perroquets. La pièce portait cette dénomination depuis plus de cent ans, mais nul ne savait au vrai pour quelle raison 4.
On y avait établi un moment la bibliothèque.
Le nom de salle du Perroquet devint un nom commun. Le palais Saint-Marc eut une salle du Perroquet ainsi que le palais apostolique de Bologne.
Peut-être y eut-il deux salles du Perroquet, l’une supérieure, l’autre inférieure. Il en fut de même pour d’autres pièces 5.
Le Pinturicchio travailla sans doute avec de nombreux élèves (car l’œuvre est considérable et fut achevée rapidement) à décorer ces diverses salles, et ses fresques constituent un document important tant au point de vue de la peinture qu’au point de vue iconographique; du moins on ya vu, comme il a été dit, des portraits du pape, de César, de Lucrèce, de Djem; quelques-unes de ces fresques ont aujourd’hui disparu, car Léon X les fit remplacer par des peintures de Pierino del Vaga et de Giovanni d’Udine. La réprobation qui s’attacha à la mémoire des Borgia aussitôt après la mort du pape s’étendit à
1 Bulle : In suprema preeminentia, du 6 juin 1303.
2. CH. VRIARTE, Auiour des Borgia. — Münrz, Les Arts... — Le R. P,. EHRLE (actuellement cardinal), Gli A ffreschi del Pinturicchio nell’ appartamento Borgia, Rome, 1897. — Mgr BARBIER DE MonTAULT, Œuvres complètes, vol. I, p. 264. — A. ScHMARsOWw, Pinturicchio in Rom, Stuttgard, 1882. Voir Planche XXIV.