‹ Une cour princière au Vatican pendant la RenaissanceChapitre 17 sur 203 · NicozA DELLA TuccrA, Chronica di · texte numérisé non relu

NicozA DELLA TuccrA, Chronica di

Viterbo, Florence,

l’enchérissement, ce fut tout le contraire qui advint pour celui de Sixte IV 1».

Cependant, le pape avait pris des précautions ; il avait recommandé aux princes et aux républiques d'empêcher que les voyageurs ne fussent exploités ou molestés ; il leur demanda d’adoucir pour eux les tracasseries des douanes ?. À Rome, il avait fait entreprendre d'importants travaux : outre la reconstruction du pont Sisto, il remit en état l’hospice de S. Spirito situé à l'entrée des Borgo ; il prit soin d’y faire représenter, pour l'instruction des pèlerins, divers épisodes de sa vie; une inscription ampoulée, comme elles l’étaient toutes à cette époque, commentait ces fresques. Le 17 janvier 1475, un manifeste du pape annonça aux chrétiens que de grands travaux étaient en cours et promit des récompenses à ceux qui bâtiraient des maisons.

Presque au début, le roi de Naples vint (16 janvier 1475) ; il dut attendre quelques jours à Marino, car les préparatifs de son entrée et de son installation n'étaient pas achevés. Les habitants de Marino eurent à quitter leurs maisons pour y loger la suite du roi ; les femmes durent s'éloigner « pour sauver leur chasteté», et tous les milans du pays furent tués par les faucons du roi. Les cardinaux Borgia et Della Rovere étaient allés au-devant de lui jusqu’à Terracine.

Le roi fit son entrée dans Rome le 4 février 1475, escorté de soixante-dix seigneurs à cheval, vêtus de costumes magnifiques, couverts de perles et de diamants, portant des chaînes d’or au cou; ils allaient deux par deux. Tous les cardinaux s’avancèrent à sa rencontre, excepté Estouteville, car le roi Ferdinando avait détrôné ou plutôt empêché de régner le prétendant angevin. L’écuyer qui devait conduire par la bride le cheval du roi reçut 32 florins pour s'habiller de neuf. On fit suivre au cortège un itinéraire qui n’était pas habituel; il passa par le Transtévère, par la portes. Spirito et à travers le Borgo.

Quand il eut achevé ses devoirs religieux, on mena le roi dans la salle du Consistoire où le pape l’attendait assis sur son trône et revêtu des vêtements pontificaux ; il s’avança de deux pas à sa rencontre et le fit asseoir. Après l’audience solennelle, Sixte IV l’emmena dans une autre pièce où ils causèrent seul à seul près de deux heures.

Bien des raisons imposaient aux deux souverains une action commune, le besoin d'arrêter les Turcs, le désir du pape de constituer pour son neveu Riario une principauté en Romagne. Il fallait aussi contenir les Vénitiens qui devenaient envahissants.

Le roi se fit montrer les curiosités de la ville, entre autres les deux colonnes trajane et antonine qui frappaient, semble-t-il, plus particulièrement l'imagination des contemporains. Lorsque, après cette visite, Ferdinando s’entretint de nouveau avec le pape, il lui exprima sa surprise de voir subsister dans sa capitale tant de venelles dégoûtantes, d'impasses favorables aux embuscades. Quelques femmes, lui dit-il, y arréteraient facilement les soldats les plus déterminés. Les balcons qui surplombaient les rues lui parurent

1. ANGELO DE TUMMULILLIS dit pourtant qu'i vint quantité 3. On y voyait les miracles de son enfance, saint François d’Assise de pèlerins ; il y eut effectivement affluence à certains moments. et saint Antoine de Padoue apparaissant à sa mère, la fondation

2. Une bulle fut publiée à cette fin le rer janvier 1475. THEINER de l’hôpital, la restauration des églises, la visite des souverains vol. IT, p. 480, n° 407. qui étaient représentés agenouillés devant le pape.

un grand danger. Ces paroles confirmèrent, sans doute, le pape dans son intention de transformer sa capitale 1.

La reine de Dacie (Danemark), Dorothée, veuve du prédécesseur de Christian, vint également, suivie de quarante cavaliers vêtus de costumes marbrés?. Puis arrivèrent le roi de Bosnie, Antoine de Bourgogne, le Grand bâtard et Charlotte de Lusignan.

Le 11 novembre 1475 mourut Leonardo della Rovere dans son palais de S. Pietro in Vincoli ; son frère Giovanni lui succéda comme préfet de la ville.

Versla fin de l’année, le Tibre déborda à tel point que les pèlerins durent se rendre en barque à certaines églises?. Leur nombre diminuait rapidement, car le bruit s'était répandu que les routes devenaient mal sûres. En conséquence, afin de priver le moins de chrétiens possible du bénéfice du jubilé, Sixte IV décida qu’il en accorderait les avantages à ceux qui se rendraient l’année suivante à Bologne et y visiteraient quatre églises ; il concéda même cette faveur aux fidèles qui accompliraient, sans sortir de leurs villes, certains devoirs pieux, à la condition toutefois qu’ils envoyassent à Rome de l'argent pour les fonds de la croisade.

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