‹ Une cour princière au Vatican pendant la RenaissanceChapitre 41 sur 203 · P. DESIDERIO Pasorini, Caterina Sforza, vol. 1, p · texte numérisé non relu

P. DESIDERIO Pasorini, Caterina Sforza, vol. 1, p

Les cardinaux s’inquiétèrent. Comment délibérer au Vatican sous les canons de la comtesse? Della Rovere, Cibo, Savelli, Colonna, se refusaient même, tant qu’elle serait au château, à assister aux obsèques du pape qui se célébraient chaque jour au milieu de tout ce tumulte. Le cardinal camerlingue Raffaele Riario fut envoyé auprès de Caterina, mais elle se méfiait des cardinaux, même de ceux qui étaient ses parents, et refusa de le recevoir sinon en présence d’un témoin, ce dont Riario s’offensa vivement Un contemporain nous la représente telle qu’elle était alors, grande, bien membrée, pleine d'activité, avec des traits énergiques, parlant peu comme ceux qui agissent beaucoup, portant généralement un corsage de satin avec des manches longues, coiffée d’un chaperon de velours noir à la française et ayant à la taille, une ceinture d'homme à laquelle pendait une escarcelle pleine de ducats, avec un faucon à ses côtés. Elle était alors âgée de vingt-deux ans.

L’énervement devenait extrême à Rome. Les soldats des Orsini parcouraient la ville la lance haute, la salade sur la tête, criant « Orso» et « Église » ! Chacun se barricadait chez soi ; les cardinaux avaient transformé leurs palais en forteresses et y concentraient des hommes d'armes. Les Colonna et les Savelli avaient réuni plus de trois mille partisans et, à tout moment, il en venait de nouveaux. On s’attendait aux pires catastrophes et même à un schisme à cause de l’animosité des cardinaux les uns contre les autres.

Le 22 août 1484 les conservateurs et les autres magistrats capitolins se rendirent auprès des cardinaux réunis au Vatican ; deux cents citoyens de marque les accompagnaient. Le premier des conservateurs, Vangelista de Renzo Martino, réclama l’expulsion des hommes d’armes au service des barons et des cardinaux. Il prévint même les cardinaux que, s'ils ne faisaient droit à ce vœu, le peuple aviserait. Le prieur des caporioni parla du même ton et supplia les cardinaux d'oublier leurs querelles. Rodrigo Borgia, en sa qualité de premier cardinal, le remercia de se montrer aussi soucieux des intérêts de l’Église; il reconnut que le Sacré Collège avait été fort divisé dans le passé, mais annonça que les cardinaux Colonna et Savelli venaient de rédiger, d’un commun accord, un pacte qui avait été accepté par tous les autres cardinaux, et aux termes duquel Virginio Orsini avec ses hommes et les autres barons de sa famille se retirerait à Viterbe pour un mois, tandis que les Colonna avec leurs gens s’éloigneraient également de la ville pour le même laps de temps. Giacomo Conti abandonnerait la garde du palais. En outre, il y aurait trêve pendant les deux mois qui suivraient l’élection du nouveau pontife.

Le 24 août, tous les cardinaux réunis dans Saint-Pierre promirent unanimement au peuple romain d’observer les articles contenus dans une convention qui leur fut présentée ; il s'agissait, comme toujours, de réserver aux citoyens romains, conformément aux bulles de Nicolas V, de Calixte IIT et de Sixte IV, les bénéfices romains, de respecter ad unguem la bulle relative à l’Université, de supprimer les charges à vie, et de faire en

1. PAsoLiINt, Calerina Sjorza, vol. 1, p. 149. Lettres des envoyés florentins dans BurcHaArD, éd Thuasne, vol. I, appendice. Voir pl. IV

sorte que toutes les villes et toutes les terres relevant de la commune rentrassent dans son obéissance avant le prochain carême.

Les troubles ne furent pas apaisés pour cela. Le même jour, le 24 août (1484), -un parti d’Espagnols se mit à crier sur la place Ritonna (Rotonda — du Panthéon) « Valle ! — Colonna ! » et un autre « Orso ! — Luna 1!», et l’on se battit un bon moment ; morts et blessés encombrèrent bientôt le lieu du combat. Pietro della Valle fut écrasé sous son cheval. On alluma partout de grands feux pour éclairer la ville et une foule de gens armés et agités parcoururent les rues.

Une telle situation ne pouvait durer. Les cardinaux savaient qu'ils trouveraient le comte plus conciliant que sa femme. On lui offrit donc (22 août) de lui remettre, s’il livrait le château, 7 000 ducats comptant, représentant, disait-on, l’indemnité qui lui était due pour le pillage de son palais ; il accepta.

Restait à prendre possession du château. Que ferait la comtesse? Les jours précédents, elle y avait introduit quantité de vivres et dans la nuit du 24 au 25 août 1484, cent cinquante soldats qui furent accueillis avec de grandes démonstrations de joie dont les Romains entendirent avec effroi les éclats.

Le lendemain soir, huit cardinaux se présentèrent devant le château ; l’oncle de Caterina, le jeune Ascanio Sforza, se trouvait parmi eux. Ils promirent à la comtesse qu'il ne lui serait fait aucun mal si elle rendait la place sur-le-champ. Découragée, car elle se sentait abandonnée de tous, elle se résigna et les Romains la virent, avec un grand soulagement, sortir du château à cheval, pâle et abattue, entourée de ses officiers et de ses piquiers ?.

On pouvait maintenant procéder à l'élection du prochain pape à.

1. Dans les armes des Crescenzi, qui étaient en état d'inimitié 3. L'’évêôque de Castres, Jean IV d’Armagnac, que l’on consiavec les Della Valle, il y avait trois croissants, dérait comme n’appartenant à aucun parti, reçut la charge de 2, Girolamo resut l’ordre de se retirer à Viterbe, veiller à la défense du Vatican. 2)

Page 1