C'était aussi la mode 4 Rome
et des confiseurs demeuraient ouvertes comme naguère sur la place Saint-Marc à Venise. C'était une fête éternelle ; « cependant il ne se produisait rien de répréhensible, carchacun respectait son prochain», dit Münzer. Peut-être subsistait-il dans le caractère des Valencins des vestiges du contact et peut-être de la fusion du sang juif et maure. « Ames tendres et passionnées, esprits vifs, dit un contemporain, ils étaient amoureux de danse et de gaîté. » On était volontiers lyrique. Durant tout le xv® siècle où Valence fut sous la constante domination des Borgia qui s’y succédèrent comme évêques ou archevêques, de 1429 à 1512 !, l'abondance et la joie régnèrent.
Rodrigo était alors un brillant gentilhomme aux cheveux bruns, aux manières élégantes, parlant avec facilité, doué de cette beauté qui était coutumière dans cette famille, montant fort bien à cheval, exercice qu’il aima toujours à pratiquer, capable et désireux de jouir de tous les plaisirs qui s’offraient à lui en nombre. Il contracta évidemment alors des goûts et des habitudes qu’il conserva et pour lesquels il avait du reste un vif penchant.
Mais, à dix-huit ans, il lui fallut abandonner cette attrayante existence ; son oncle Alfonso, devenu cardinal en 1444, le réclamait (1449). Il vint donc en Italie avec son frère Pedro Luis qui y fit une si brillante et si courte carrière, laquelle rappelle par plus d’un côté celle de César Borgia.
Rodrigo se rendit tout d’abord à Bologne pour y compléter son instruction. Cinq ans plus tard, le 8 avril 1455, Alfonso devenait pape sous le nom de Calixte III. Aussitôt les honneurs et les bénéfices s’accumulèrent sur la tête de son neveu ; dès le 10 mai il devenait protonotaire, le 3 juin chanoine de l’église de Jativa sa patrie, le 20 février 1456 cardinal (il ne fut publié que le 17 septembre), il avait vingt-cinq ans ; le 31 décembre de la même année, il était nommé légat à Ancône, le 17 mai 1457 vice-chancelier, à la mort de Francesco Condulmer, commandant des troupes pontificales, légat dans les Marches, en Castille, en Portugal, commendataire administrateur des églises de Carthagène et de Majorque, abbé de Subiaco, le 27 mai 1457, recteur de l’église de Cullera. Rarement vit-on en si peu de temps autant de faveurs conférées à une même personne. Calixte IIT mit le comble à son népotisme en accordant à Rodrigo l'évêché de Valence ; le roi de Navarre, Juan II, le voulait pour son fils naturel don Juan d'Aragon ; il en avait averti les jurés de Valence qui avaient écrit dans ce sens à son ambassadeur à Rome à la date du 14 mai 1455°. Aussi le pape hésita-t-il jusqu’à la veille de sa mort ; il désigna son neveu le 30 juin 1458 et mourut le 6 août ?. Le cardinal Rodrigo, qui avait retrouvé en Italie toutes les satisfactions que lui offrait sa patrie et bien d’autres encore, ne comptait nullement aller gérer personnellement son archevêché ; il délégua donc ses pouvoirs le 1€T juillet 1458 à Juan Llanzol, chanoine et vicaire capitulaire de l’église de Valence‘. Cependant cette nomination allait le ramener dans son pays.
1. Alfonso, 1429-1455. — Rodrigo, 1458-1492. — César, 1492- 3. Valence fut érigé en archevêché par Innocent VIII le 9 juil- 1498. — Giovanni, 1499-1500. — Pietro Lodovico, 1590-1512. let 1492. 2. Cartes missives, Archivio de. Ajuntamiento, Valence. 4. Rodrigo devint évêque d’Albano en 1471 et de Porto en 1476,