UN SALON DU FAUBOURG SAINT-GERMAIN. 1 T
le touchant intérêt que son malheur inspirait, et Tindifférence, pour ne pas dire plus, devint son partage. Une autre souveraine aussi eut la folie incompréhensible d\ibdiquer un beau titre, et de répudier un nom couronné par la gloire ; triste effet de Tinconstance du cœur humain.
Je remarque dans une encoignure élégamment dorée , deux portraits qui devraient s'*étonner de se trouver ensemble ; Tun est celui du duc de Reichstadt sur son lit de mort, Tautre celui du duc de Bordeaux mettant le pied à Tétrier , et que ses fidèles du faubourg Saint-Germain ont fait représenter ainsi, s^imaginant sans doute , dans leurs illusions , qu^il partait pour le royaume de France. Insensés ! et peut-être alors la mort allait-elle le visiter, car elle n'épargne pas plus les fils des rois que le prolétaire : il nV a rien de stable que Téternité.
Et cependant dans ce salon légitimiste il est nombre de fidèles qui servent un autre gouvernement , tout en faisant des vœux secrets pour le retour prochain de leur jeune exilé. Ils n'ont pu renoncer aux places, aux honneurs, ils semblent même se dévouer
en servant , à leur manière , le pays ; mais ils appellent secrètement une troisième Restauration , malgré le serment qu'ils ont fait à haute voix d''être fidèles I . . . Ils ont prêté serment de fidélité, oui, comme ceshommes qui ont servi tous les gouvernements : ils le gardent tant que la fortune n''est pas contraire au pouvoir existant ; des défenseurs pareils sont les hommes les plus dangereux de TÉtat, ils ont toujours une pensée en réserve pour la défaite , et vienne le jour du malheur, la défection de ces caméléons du pouvoir arrive en masse. C'est folie lorsqu'un souverain veut se rallier les partis opposés; il ne doit compter que sur ceux qui l'ont élevé sur le trône, ceux là du moins tombent et meurent avec lui; ils ne trahissent jamais , car ils n'ont rien à espérer du successeur.
Henri IV mourut assassiné par les jésuites , quoiqu'il les eût accablés de faveurs, et qu'il eût embrassé le catholicisme, et il mécontenta ses vieux huguenots qui l'avaient fait entrer dans Paris. Napoléon mourut à Sainte-Hélène, sur un rocher, pour avoir aussi cherché à rallier l'ancienne noblesse et lui avoir donné des places; il reconnut sa faute aux jours des dés-