LES COURTISANS. M
dures vérités , maudire les vils flatteurs qui Tentrainaient vers Tabyme par des routes semées de fleurs.
Malgré le despotisme de rOrient,les califes aimaient ces promenades aventureuses; qu"'Henri IV est grand chez le bon Michaud ; Napoléon plus d^une fois a soulagé des infortunes dans ses excursions secrètes, on aime à le voir, aux invalides, donnant le bras à un vieux brave mutilé , et avec Duroc qui a oublié sa bourse ; cette distraction sera une bonne aubaine pour le garçon du restaurant où ils se trouvent.— Un souverain s'élève en se dépouillant de son appareil royal, en venant au milieu de ses sujets, qu'il doit considérer comme ses enfants , s'informer de leurs besoins, s'assurer qu'il n'existe pas de misère; voilà la véritable grandeur, et la simple redingote grise est alors plus brillante que le manteau de pourpre ; laissons ces vêtements somptueux aux hommes ordinaires , l'homme de génie est grand de sa renommée , la simplicité est son plus précieux ornement, ses belles actions le rehaussent plus que tout l'éclat du trône.
Désappointement général dans l'assemblée produit
UNE COL'ROINNE EiN SONGE.
par le bref exposé de ma conduite; les courtisans s''éloiguent en silence, la tête basse , leur étonnement est difficile à peindre, ce qu^ils viennent d'entendre est un songe pour eux.
UN SALON DU FAUBOURCx S.-GERMAIN.
J'ai le respect le plus profond Pour tout homme qui porte un nom.
S'il l'honore par sa conduite ; Mais un noble sans nul mérite.
Descend-il d'un Armagnac!
Je le méprise
Et je le prise
IMoins qu'une prise De tabac.
SÉDAINIC.
Me voici dans un salon somptueux du faubourg Saint-Germain , où Ton remarque çà et là d'antiques fleurs de lys. Là s'ourdit une conspiration permanente , moins secrète que celle de Cellamare et de la duchesse du Maine; srace au souvernemenl
représentatif et à la Charte, chacun donne un hbre cours à la violence de ses opinions.
Les portraits de Louis XVIII, de Charles X, de la duchesse de Berry , ornent les murs du salon. Louis XVIII, malgré son érudition et son esprit, qui ne fut pas toujours le sien, n'eut pas celui de marcher avec son siècle , ni de résister aux idées surannées des émigrés. Charles X succomba aussi sous les penchants rétrogrades et vindicatifs de ses courtisans , qui voulurent braver les vœux du pays , sans songer au péril qu'ails faisaient courir à leur Roi,n'aspirantqu''à faire revivre un passé qu'il faut, au contraire, se rappeler pour en prévenir à jamais le retour : le peuple de Juillet a écrit sur le marbre, en caractères de sang, qu'un roi n'enfreint jamais impunément ses promesses solennelles, qu'un trône n'est pas impérissable , et que la volonté du peuple est souveraine quand il combat pour la défense des lois.
Le duc de Berry eut le talent de se faire détester des soldats; ses manières tranchantes et même brutales, ses écarts domestiques et les coulisses de l'Opéra lui valurent la mort. Sa veuve ne sut point conserver