CHAPITRE IV
2iBjnUirtB bCbBsUlaa au nuiar, trsubU pw Bi ngatiriiuBCB tcrrntni. 0iamitiU MnbnpBloalquc , «u nnlétt ttt mtin 1e» bannuii, CommE qiuif trais Sn^Ufa at reoubèccnt »{ritcbl> Mut «utrtDtU qtt'llB Bi rcKtnAaicm. Si«loa«i abtil^imbli)ni tnttt dh poitt et HBt Aaile.tr'ati U titubt ûiitcnracm qut U froifil* 1*1 U Unani naftcniElU.
! E major, appuyé contre la ; cheminée, les yeux fixés sur ; la porte par laquelle George ; et Arabella venaient de dis- I paraître, resta plongé dans une méditation silencieuse et presque sombre. II tressaillit visiblement lorsque Franz t'interpella tout-à-coup pour lui demander ce qui le préoccupait si fort.
— Et c'est vous, Franz, qui me &ite$ cette question? vous qui m'avez engagé à mon insu, et presque malgré moi , dans une aventure extraordinaire dont je ne puis prévoir ni
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le développement ni les conséquences. Savezvous bien que si ce n'était ta vive amitié que je vous porte, et aussi un peu la crainte du ridicule, je prendrais à l'instant la fuite, pour échapper au réseau fiital que je sens, bien plus que je ne le vois , étendre peu-è-peu ses fils pour m'euvelopper de toutes parts !
— A qui diable en avez-vous donc , tnajor , s'écria Franz avec un air de surprise tout-àfeit exempt de feinte. En vérité, je ne vous l'econnaîs plus. Vous, habituellement si calme, si réfléchi, quelquefois même si froid, vous paraissez hors de vous même; vous êtes en proie à des hallucinations , à des craintes chimériques.... vous avez l'air de croire à quelque œmplot dirigé contre vous , et dont je serais l'un des instigateurs.
— Non , Franz, je ne vous accuse pas ; je crois même que vous ignorez entièrement la position singulièrement grave dans laquelle je me trouve placé par votre &it , position que je ne puis moi-même entrevoir encore que d'une manière confuse , mais à laquelle
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je sens déjà que toutes les puissances de ma nature sont intéressées. Quel est cet être — je ne puis trouver d'autre mot pour exprimer ma pensée — cet être mystérieux que vous appelez Geoi^e, et que vous prétendez connaître comme on connaît un ami ?
— Cet être mystérieux ! dit Franz en poutlànt de rire de la manière la plus irrévérencieuse; ne dirait -on pas vraiment que vous parlez de la sibylle de Cumes ou de la pytbonisse d'Endor? Mais George n'a ri«i de mystérieux ; c'est au contraire la nature la plus franche, la plus exempte de toute contrainte, de toute prétention, de toute dissimulation , que j'aie jamais connue. C'est un cristal de roche, majcff, un cristal qui a bien aussi ses taches et ses soufflures, mais qui ne vous cachera jamais aucun de ses défauts.
— Vous m'étonnez étrangement , Franz , et ce que vous me dites là doit vous élever d'une immense hauteur, ou vous faire descendre de tout autant dans l'opinion que je me suis formée de vous. Si réellement vous connaissez
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cette nature de manière à ce que vos regards la traversent dans tous les sens, alors vous êtes doué d'une vue surnaturelle, et je m'incline devant votre puissance. Si au contraire cet être vous semble transparent parce que vous ne voyez rien en lui de ce qu'il renferme , alors vous rentrez dans la masse du vulgaire qui ne croit qu'aux choses tangibles et palpables.
L'aigle et l'aveugle peuvent également fixer leurs yeux sur le soleil , mais par des raisons bien différentes.
— Il y a un sens profond dans vos paroles , major, un sens que je comprends sans pouvoir m'en rendre compte d'une manière bien claire : vous faites luire comme un rayon subit dans une région de mon -être, dont je n'avais, pour ainsi dire, qu'une conscience obscure. Mais expliquez-vous donc sur ce que vous voyez en George de si mystérieux.
— H fout vous dire , mon cher Franz , que depuis long-temps je me suis feit une méthode, à moi particulière, pour apprécier la capacité des honuuet avec lesquels je me
trouve ea relation. Je les sonde et les mesure dans les trois dimensions, au moyen d'une formule de haute analyse dont l'emploi m'est devenu lamilier. C'est ce que j'appelle cuber un /lomme. Quand j'ai pénétré par-dessous sa base, que je me suis élevé au-dessus de son sommet, que j'en ai lait le tour en un mot , il est à moi, je te possède; je sais ce qu'il peut et ce qu'il ne peut pas , et je l'enferme dans une sphère dont il ne franchira jamais les limites. Eh bien ! Franz, monprocédédont je me croyais sûr, mon procédé, qui jamais encore ne m'avait laissé tout-à-fait en dé&ut, échoue, échoue complètement quand je veux l'appliquer à votre mystérieux George. Jai beau plonger dans les abimes, descendre et descendre encore , je ne pui» atteindre aux extrémités de ses racines; je m'élève en vain dans les espaces du ciel , au-delà des astres , au-delà des nébuleuses et des voies lactées, toujours son œil est au niveau de mon œil.
Veux-je pénétrer dans son être par la pensée , je me heurte contre une barrière invincible :
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il semble qu'il y ait là comme une sphère inabordable pourrint^Iigence; et de ce centre, jaillissent de temps à autre des éclairs surnaturels qui éblouissent et confondent mon esprit. Comprenez-vous maintenant , Franz , toute la gravité de ma position? Je suis en Aice d'un sphinxredoutable, qui mecrie: "Devine ou tombe dans le goufifre!...» H feut résoudre cette énigme ou voir crouler mon édifice intellectuel. Elle aussi , elle comprend instinctivement le danger qui la menace ; de là cette attitude défeisive et offensive qu'elle a prise vis-à-vis de moi. Mais, confiante dans sa force, elle joue tout en combattant, et cela peut-être me donnn^ sur elle quelque avantage.
— Que le diable m'emporte, major, si je comprends la moitié de ce que vous mediteslà. Vous voyez en George des choses dtmtjene me suis jamais douté , car nos rapports mutuels ont toujours été réglés par une complète et profonde harmonie. Mais dites-moi donc franchement si vous m'avez fait l'hon-
UnE COURSE A CHAHOUHIX. S I
neur de me cuber aussi par votre méthode?
— N<Hi, Franz, je ne Faî pas même t^ilé.
Vous avez exercé sur moi, dès l'origine , une attractiou si franche et si ccouplète, que je n'ai eu ni le temps ni la voltmté de la réflexÎMi. Dès-lOTS mon àme s'est jouée librement dans la vôtre, sans jamais se heurter contre des limites, et sans aucun désir de saveur s'il en existe quelque put. Toutefois je soupçonne fort que vos radnes plongent, cosnine celles de Geoi^ , dans quelque profondeur incommensurable. Peut-être leur point de départ est-il le même , et c^ expliquerait la simplicité et la clarté des rapports établis entre vous. Si cet élément irrationnd de votre miture n'a pas donné naissance à une <^pasîti(m entre vous et moi, c'est que la pensée, qui chez vous est active et puissante, a servi d'âément conciliateur. Et maintenant, mon cher Franz, que j'ai répondu franchement 8 votre question, répondez aussi à b mienne: Qui est George?
— Quoi ! vous ne le savez pas encore ! s'é-
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cria Franz. Étes-vous donc un major de l'autre monde pour n'avoir jamais entendu parler de la célèbre- En ce moment-là des clameurs bruyantes se firent entendre dans la rue, entremêlées de devil et de goddam, en même temps qu'un rire étoufiié éclatait invinciblement dans la chambre voisine, qui était celle de George.
— Bon! la voilà qui fait des siennes! dit Franz en courant à la porte.
Le major ouvrit précipitamment la fenêtre , et vit trois Anglais qui gesticulaient violemment, se plaignant d'avoir été aspei^és d'une fenêtre qu'ils désignaient , tandis qu'ils étaient tranquillement assis à respirer l'air du soir. Us voulaient à toute force avoir raison de l'audacieux qui les prenait pour des potsà-fteurs. Franz qui survint eut beaua>up de peine à les calmer, en offrant de leur prouver que cet audacieux -n'était qu'une jolie dame qui, par étourderie, avait lancé dans la rue des fleurs dont le parfum l'incommodait. U fallut que George en personne parût à la fe-
Qètre, le vase à la main, et leur adi'essât quelques mots de politesse pour les tranquilliser.
— Croyez-vous qu'elle y ait mis de l'intention? dit le major à Franz, quand celui-ci fut de retour.
— Hum! j'en serais peu surpris. Elle déteste les Anglais.
Cet incident grotesque mit fin au dialt^ue de nos deux interlocuteurs. Franz entra chez George pour la gronder de son étourderie , et le major alla se coucher sans avoir obtenu la réponse qu'41 désirait si vivement, mais étonné de plus en plus des singuliers contrastes qui se révélaient à son observation.
Il entrait à peine dans la région des songes qu'il entendit parler à haute voix dans le silence de la nuit. U se leva et ouvrit doucement sa fenêtre. Le ciel était d'une admirable pureté, et les étoiles, versant leur lumière bleuâtre sur les flancs neigeux du Mont- Blanc, lui donnaient cette apparence de spectre-géant qui , dans ces parages , en feit le roi
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de la miit. Le major leva les yeux vers le firmament, où les astres lui parurent scintiller d'un éclat inaccoutumé. Après quelques instants decoDtemplatitm, il reconnut, à n'm pouvoir douter, que chaque étoile était un œil lumineux, et que ces milliers d'yeus flamboyants se tournaient avec une expression d'intelligence et d'amour vers un m^e point central. En suivant ces directions oonver^ntes , les regards du major tombèrent sur George qui, debout à sa fenêtre, semblait converser avec le cie). A son front brillait d'un éclat plus vif cette lueur immatérielle que le major avait cru voir déjà dans une autre occasion.
Bientôt sa voix s'éleva dans la nuit.
"Saiutl à mes astres tut^ires! Salut à toi, ma blanche sœur de la Lyre! que j'aime ton éclat si calme et si pur! FiUe de la primitive lumière ! as-tu toujours brillé de cette splendeur immaculée? Es^u sortie si belle du sein de ton créateur ; ou bien, par la libre puissance de ton principe, t'es-tu faite ce que tu es? l/e souffle impur du mal n'a-t-il ja-
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mais passé sur toi?C4'as-tu point été sollicitée par le démon de l'orgueil à te soustraire au souverain pouvoir, et à marcher seule dans la conscience de ta Ibrce et de ta beauté? Reine des nuits étoilées! les hommes de science, dans leur sagesse vaine et misérable, ne voient en toi qu'un globe de matière brillante; mais moi qui te contemple avec l'œil de mon âme , moi qui comprends la sublime poésie de ton langage, je sais que ta forme visible n'est qu'un symbole d« ton Ksence immatérielle. Réponds-moi donc! parte-moi cette langue divine des pures intelligences qui nous rapproche au travers de l'espace infini , moi pauvre atome jeté sur un globe de boue, et toi splendide luminaire de la création! «
Et V^ répondit d'une voix aussi pure que sa lumière argentée :
« A&-tu si bien compris ma nature, noble enfant de l'inspiration ?
" Dès ton berceau j'ai fait luire sur toi le rayon de la poésie.
56 UNE COURSÉ ACHAMOUHIX.
" « Et quand ton œil pour la première fois s'est élevé vers le ciel avec une naïve admiration , mou regard bienveillant a plongé dans ton âme pour y faire briller le divin talisman ; et tu as compris mon regard.
« Et l'étincelle est devenue vivante, et le talisman s'est éclairé de mille et mille reflets.
" Je vois maintenant ses feux qui scintillent au travers de ton enveloppe mortelle.
" Étoile perdue dans les sombres régions du monde matériel ! tu es des nôtres , tu reviendras à nous.
« Tu rasdit;etmoi aussi j'ai été tentée par le démon de l'orgueil , et l'esprit de vertige s'est emparé de moi.
" J'ai voulu suivre mes voies, et mes voies ne m'ont conduite qu'à l'erreur.
" Et ma lumière si pure s'estchangée en un feu dévorant, et j'ai répandu au loin la destruction et la mor,t.
H Mais ramenée bientôt à ma nature première, je me suis soumise librement au principe de tout bien.
UNE COURSE A CRAHOUHIX. 67
« Et maintenant je marche avec calme à l'accomplissement de ma destinée.
« Cent planètN magnifiques se meuvent dans la sphère de mon énergie.
» Cent natures diverses déploient leurs trésors infinis sous la féconde influence de mes ' rayons.
" Cent races d'êtres lihres et intelligents croissent et se développent sous mes regards vivifiants.
"■Et quand la pure harmonie dont je suis l'âme aura tout pénétré de sa puissance...
" Alors avec mon cortège demondes,je me rendrai devant le trône de l'Étemel , et je dirai : u Voici, Seigneur; la tâche que tu mas donnée est accomplie ! »
"Viens à moi, vieiïa coopérer à mon œuvre.
« Sur la pins belle de mes planètes je t'assignerai la plus belle domination; et je te donnerai un royaume tel qu'aucun potentat n'en rêva jamais. »
Véga se tut, et, après un moment de silence, George éleva la voix et dit :
G8 UNE GOUBSE A CHUIOUMX.
•< C'est en vain , 6 ma sœur ' que tu me Biis des ofîres à tenta- ud dieu; jamais je ne renoncerai à ma liberté chërie. Gomme l'oiseau qui chante et voltige de fleur en fleur, ainsi je veux errer d'étoile en étoile dans l'immensité des cieux. Tes planètes sont belles sans doute; mais j'en ai rêvé de plus magoiiîques peut^tre, et mon attente serait trompée.
D'ailleurs, d'aub«s astres encore partagent avec toi mon amour. Le brillant ^rius et le rouge Arcturus me lancent des regards pleins de feu et de passion; le superbe Aldébaran me sourit avec bienveillance; la pétulante Capella m'enveloppe de ses brûlants rayons; Altaïr et Fomalhaut me r^rdent avec toidresse et mélancolie. Adieu donc , 6 Véga ! accomplis tes belles destinées ; moi je poursuivrai mon pèlerinage. Peut-être un jour nous rencontrerons-nous dans les célestes espaces , toi suivie de ton splendide cort^ de planètes, et moi des âmes sympathiques que l'amour de la poésie entraînera sur mes pas. Adieu ! "
Après ces mots, George ferma sa fenêtre,
et le major r^gna son lit, fort étonné d'avoir entendu l'étoile s'exprimer si bien en français. Avant de s'endormir, il réfléchit à tout ce qui venait de se passer, et il fîit surpris luimême du calme avec lequel il envisageait tant de choses extraordinaires. Était-ce l'efïet de cet état de transition de la veille au sommeil , où les idées, soustraites au joug de la conscience, commencent à s'ébattre en liberté?
Cette supposition est très probable; car il serait bien difficile de s'expliquer sans cela pourquoi le major sentit s'évanouir à la fois et son étonnement , et sa curiosité , et ses vagues terreurs. Ce qu'il avait vu de plus étrange lui semblait maintenant très naturel; George ne lui paraissait plus inconnu depuis qu'il l'avait entendu causer avec les étoiles; et quant à cette lutte dont il avait feit à Franz un si sombre tableau , il se dit que ce ne pouvait être au fond qu'une dispute de mots , et que tout finirait par s'arranger. Le sommeil le surprit au milieu de ces pensées rassurantes.