‹ Une course à travers quelques prisons de l'Europe à l'occasion du CongrèsChapitre 10 sur 10 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Voici maintenant la conclusion finale que je tire de tout ce que j'ai sommairement exposé sur les résultats de ma course rapide.

Par la sympathie avec laquelle les différents gouvernements ont généralement accueilli notre invitation au Congrès et notre idée d'en faire l'occasion, non seulement de discussions théoriques, mais surtout d'une étude comparée, en réunissant sous les yeux de tous ceux qui voudront venir, le plus grand nombre d'objets relatifs au régime des prisons, j'ai vu combien on sent en Europe la gravité de la question pénitentiaire et des nombreuses questions sociales qui s'y rattachent, de sorte qu'il y a lieu d'espérer que le prochain Congrès ne sera pas sans résultats avantageux.

En même temps, j'ai été étonné de l'activité avec laquelle on travaille dans les différents Etats à la réforme des prisons, à la construction de nouveaux établissements pénitentiaires, à la création d'institutions complémentaires.

En Italie, nous ne sommes pas restés oisifs. Et, si nous regardons aux difficultés de toute espèce au milieu desquelles il fallait avancer, on ne peut pas dire que nous ayons perdu du temps.

Mais il faut reconnaître cependant qu'il y a encore beaucoup à faire, «et il ne faut pas nous relâcher, si nous voulons suffire à tous les besoins et nous tenir au courant du mouvement général.

La première condition, selon moi, est que le projet de nouveau code pénal préseuté au parlement soit bientôt discuté et devienne le plus tôt possible une loi. Tant qu'il n'y aura pas un système pénal définitif, il est impossible d'imprimer une marche régulière à la réforme et au régime des prisons.

Je crois, en second lieu, qu'à la construction du nouveau palais de justice, il faut ajouter celle d'une prison pour les prévenus, qui, par sa proximité, rende plus facile et plus prompte l'instruction des procès.

Quant au système à adopter dans les prisons, il me semble que, eu égard, soit aux lois constitutives de la nature humaine en général, soit au caractère spécial des Italiens, tout en gardant l'isolement cellulaire continuel pendant la première période de la détention (et même pendant la peine toute entière lorsqu'elle est de courte durée), il est convenable de laisser ensuite une certaine latitude aux directeurs des prisons, soit pour retenir les condamnés dans l'isolement, soit pour les placer au travail en commun, soit pour les destiner aux •différentes industries, soit pour les assigner aux travaux en plein air, selon les aptitudes et la conduite de chacun. Et je pense qu'il faut donner chez nous le plus grand développement possible au travail au grand air, puisqu'il répond aux besoins de nos conditions locales, puisqu'il influe salutairement sur plusieurs condamnés , et que les essais que nous en avons faits et en faisons sur une échelle assez considérable, donnent jusqu'ici d'excellents résultats.

Il ne faut pas non plus négliger les prisons pour les peines de courte durée. Si ces peines sont expiées dans des établissements ad hoc, il sera beaucoup plus facile d'influer heureusement sur les condamnés qui, n'étant pas de grands criminels, peuvent être susceptibles de quelque amélioration.

Mais, tout en s'occupant avec sollicitude de la réforme des prisons, il faut surtout concentrer les efforts sur les institutions préventives, soit en activant les établissements destinés aux jeunes délinquants, aux vagabonds, aux abandonnés, soit en tâchant de rendre plus efti-

cace le patronage des libérés par les moyens que j'ai sommairement indiqués ci-dessus.

Enfin, ce qui exige le plus grand soin est le choix d'un bon persuii nel, soit de direction, soit de surveillance.

Nous avons, en général, d'excellents fonctionnaires. Mais il faut tâcher d'en soutenir et d'en élever de plus en plus le niveau. Car \à les aptitudes générales d'un employé de carrière ne suffisent pas. L vie d'un directeur de prison est une vie d'abnégation et de dévouement: il faut qu'il ait l'intérêt, j'oserai dire la passion pour sa tâche obscure, mais sublime, et qu'il ait le courage d'y consacrer toute sa vie.

La loi est lettre morte, si son esprit ne s'incarne pas en celui qui doit la faire vivre dans les institutions.

Les meilleurs systèmes, les règlements les plus parfaits serviront à peu de chose avec un personnel médiocre ; les défauts des systèmes et des règlements disparaissent avec un bon personnel.

Ce serait un rêve bien étrange de croire qu'avec tout cela on parviendra à abolir le crime. Cela dépasse le pouvoir de l'homme. Mais il est sûr que, avec des efforts persévérants, réels et bien dirigés, on peut contribuer à en diminuer l'intensité et la fréquence.

DE VOTKE EXCELLENCE

Le dévoué serviteur,

Tancrède CANONICO.

Rome, le 29 novembre 1884.

Imprimerie At tinter. — Xeuchùtel (Suisse).

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