‹ Une course à travers quelques prisons de l'Europe à l'occasion du CongrèsChapitre 6 sur 10 · ÉTABLISSEMENTS VISITÉS · texte numérisé non relu

ÉTABLISSEMENTS VISITÉS

Je dois d'abord remarquer que, sauf les différences de détail, tous les édifices que, depuis quarante ans, on bâtit à l'usage de prisons ont un même caractère fondamental. Ce sont deux, trois, et jusqu'il cinq ou six ailes ou grands corridors, et même plus, entourés i chaque étage d'un balcon donnant l'accès aux cellules. Ces ailes con vergent toutes, d'ordinaire, vers une salle centrale, ce qui simplifia et facilite la surveillance. Même système pour les préaux ou promenoirs, pour l'école et pour l'église, de sorte que le prêtre et le maître d'école, comme le gardien, peuvent voir tous les prisonniers et en être vus, sans que les prisonniers eux-mêmes puissent se voir entre euxj

Là où l'on travaille en commun, tout en gardant la ségrégation nocturne, les cellules (n'étant destinées qu'à y coucher) sont pluâ petites et, d'ordinaire, grillées sur le devant. Dans les bâtiments où l'on ne peut avoir des cellules, on emploie les boœes, c'est-à-dire un système de cellules économique, constitué par une longue paroi en bois, ou en fer, coupée perpendiculairement par plusieurs autres parois. Les espaces circonscrits par ces divisions forment autant de cellules, fermées en haut et sur le devant par un grillage.

Les ateliers pour les travaux en commun sont proportionnés au nombre d'industries qu'on exerce dans chaque établissement.

Pour éviter les répétitions inutiles, je ne noterai que les différences de détail que j'ai remarquées dans chacune des maisons de peine.

Belgique.

Quant aux prisons proprement dites, je n'ai visité en Belgique que la prison cellulaire de Louvain.

C'est une étoile de grands corridors à cellules, dont la partie centrale est occupée, en haut, par la chapelle et par les écoles, qu'on y a ménagées tout autour (à système cellulaire) dans les interstices laissés vides par la divergence stellaire des ailes du bâtiment. Au moyen d'une planche mobile, placée devant l'autel ou enlevée, la même salle peut servir tour à tour d'école et d'église.

L'ameublement des cellules se compose d'un petit lit en fer qui, se repliant, sert de table de travail, d'un escabeau en bois, d'une petite étagère, où le prisonnier place sa cuvette, sa cuillère, ses livres, et

d'une latrine à pompe, parfaitement inodore. Dans la partie souterraine de l'édifice, il y a des cellules de punition, dont quelques-unes sans lumière, pour aggraver la peine disciplinaire. ! La -buanderie et la cuisine sont remarquables pour la quantité et la perfection des machines destinées respectivement à laver le linge,

à en extraire l'eau, à le sécher, à hacher la viande et à cuire la

soupe.

Les préaux sont grillés, mais vastes, et couverts en partie pour les jours pluvieux.

Cette prison est destinée aux condamnés à un emprisonnement dépassant les cinq ans. La population actuelle en est de 570 condamnés, surveillés par 36 gardiens, dont la rétribution annuelle varie de 1500 à 1800 francs.

La peine est expiée en cellule pendant toute sa durée. L'isolement est cependant adouci par les visites du directeur et du ministre du culte, par l'instruction civile et religieuse, et par l'emploi de plusieurs d'entre les condamnés aux services intérieurs de l'établisse-

ment. Le service de propreté, le pain, la cuisine, le blanchissage,

\ tout se fait par les prisonniers.

i Afin de continuer autant que possible l'isolement, même dans les , contacts occasionnés par ces services, chaque prisonnier, en sortant " de sa cellule, est obligé non seulement de garder le silence, mais de se couvrir la figure par une espèce de casque tricoté. J'ai voulu essayer un de ces capuchons : on y voit et on y respire parfaitement. M. Tho- \ nissen, maintenant ministre, m'a assuré que, par cette coiffure, — qui (selon l'expression récente d'un journaliste brillant) donne au condamné l'aspect d'un pierrot sinistre, — on a obtenu que, pendant huit ans, le père et le fils, renfermés dans le même établissement, ne se sont jamais reconnus. Franchement, je crois que ce fait doit être rangé parmi les exceptions heureuses ; car, malgré la surveillance, l'obligation du silence, l'isolement à l'école et à l'église, et les masques, jusqu'à présent il ne m'est jamais arrivé d'entendre d'aucun directeur de prison qu'on puisse empêcher les prisonniers ' de communiquer entre eux et de savoir tout ce qui se passe dans 1 l'établissement.

Les travaux des condamnés sont ceux de cordonnier, de tailleur,

y de menuisier, de relieur de livres : on y fabrique aussi les outils

pour la pêche. Ces genres de travaux conviennent, en général, au

* système d'isolement; quelques-uns, cependant (comme par exemple

ceux de menuisier), offrent l'inconvénient que, chaque condamné, ne travaillant qu'à des pièces détachées, ne peut apprendre à faire l'ensemble d'un meuble.

Dans chaque cellule est affiché un petit recueil de maximes morales pratiques, qu'on change de temps en temps. Le prisonnier peut les lire et méditer avec profit ; mais je me permets de douter qu'il le fasse fréquemment. Une des punitions disciplinaires consiste à priver de travail le condamné.

Ce qui caractérise et place la prison pénitentiaire de Louvain parmi les plus remarquables, est l'extrême propreté de chaque détail, et un soin diligent, soit pour la marche régulière de l'administration, soit pour l'amélioration morale des prisonniers.

Pour les jeunes délinquants ayant obtenu une déclaration de nonlieu par manque de discernement, il y a en Belgique trois maisons : celle de Gand, celle de Saint-Hubert, agricole et industrielle, et celle de Namur, exclusivement industrielle. Je n'ai pu visiter que cette dernière.

Le bâtiment a servi tour à tour de couvent, de maison pour les aliénés, de prison pour les femmes. Sa sévérité extérieure ne laisserait pas soupçonner l'atmosphère paisible et sereine que lui donnent à l'intérieur la grandeur des salles et des cours, ainsi que la direction intelligente et affectueuse qui y préside.

Entre garçons et filles, il y a 475 détenus. Les garçons, plus nombreux, sont partagés en trois catégories, selon l'âge, afin d'empêcher la corruption des plus petits. Pour les petites filles de huit à dix ans, on a eu soin déménager dans les murs de séparation des cellules, sur une ligne parallèle au mur qui les sépare toutes du corridor extérieur, une petite porte grillée , au moyen de laquelle la gardienne (qui couche à l'un des bouts de cette série de cellules et de portes) peut entendre pendant la nuit tout ce qui se passe dans les cellules et porter au besoin les secours nécessaires.

On donne à tous l'instruction primaire, et chacun est instruit en même temps dans le métier qui lui convient le mieux.

Excellent est le système des bancs pour l'école ; car, sans empêcher l'alignement, il rend chaque élève indépendant de son voisin.

On y exerce plusieurs industries : celles de forgeron, de menuisier, de tailleur, etc. Les filles ont le soin du linge, confectionnent et réparent les habits. Toutes s'occupent tour à tour du blanchissage et de la cuisine, ainsi que du service de propreté.

Excepté les travaux de maçon, rétablissement pourvoit, par son travail, à tous ses besoins. Le surplus est vendu par les entrepreneurs, qui sont obligés d'apprendre gratis les métiers aux enfants.

La récréation se fait dans les cours. Chaque section a une cour séparée. On discipline la récréation par le chant, par la gymnastique, qu'on fait souvent exécuter au son de la musique militaire, enseignée aux meilleurs à titre de récompense. J'ai assisté à de tels exercices , et je les crois très utiles, soit pour la santé, soit pour préparation à la vie de soldat, soit enfin pour un certain esprit d'harmonie martiale que cela introduit dans l'intonation générale.

Parfois on conduit ces jeunes gens à la promenade hors de l'établissement, sans le moindre inconvénient.

La maison coûte, en moyenne, fr. 1,25 pour chaque détenu. Dans cette évaluation sont compris les appointements et la nourriture du personnel.

Ce qui m'a frappé le plus dans cet établissement, outre la propreté, est la bonne mine et la figure généralement gaie des détenus.

Quant aux jeunes abandonnés, il y a la colonie de Ruysselède pour les garçons, et celle de Beernem pour les filles , établissements excellents et très connus, que j'ai vus il y a quelques années, mais dont je ne parlerai point, n'ayant pas pu la visiter cette fois-ci.

Hambourg.

A Hambourg, je n'ai pu voir que la Detentionshaits, et la nouvelle prison pour les prévenus. Je regrette de ne pas avoir eu le temps de visiter aussi un établissement pour les jeunes gens, à quelque distance de la ville, dont on m'a fait de grands éloges.

La Detentionshaus est une ancienne maison de peine, située dans un des quartiers les plus vieux et les plus sombres de la ville. Il y a peu de cellules : on travaille en commun, surtout dans le bois, et il y a 150 condamnés. En présence des défauts originaires de la construction et de la situation malheureuse de l'édifice, il n'y a pas à s'étonner si le nombre des malades y est considérable.

La nouvelle prison pour les prévenus, attenante au nouveau palais de justice, est un très bel édifice à système cellulaire. Il y a 220 cellules, outre des boxes en fer magnifiques. Dans les cellules, le lit se relève le long du mur. Comme partout, il y a une petite table, une chaise en bois, un petit meuble pour les effets du prisonnier; la

latrine est à pompe, le pavé est en asphalte. Le travail facultatif (car cette prison n'est pas une maison de peine) consiste à éplucher le café, le copal, etc.

Suède.

La Suède a fait, dans ces dernières années, des pas de géant dans la réforme des prisons, grâce à l'initiative vigoureuse et intelligente de l'excellent M. Almquist, directeur général des prisons, secondée par le gouvernement et par S. M. le roi Oscar, dans la famille duquel sont traditionnelles les études sur cette importante matière, ainsi que les soins pour en réaliser les fruits.

J'ai visité en Suède la prison de Malmœ, la prison départementale et celle des femmes à Gothembourg, celle de Làngholm à Stockholm, ainsi que la prison pour les jeunes délinquants, avec la colonie complémentaire de Gothembourg, et la colonie de Hall, près de Sôdertelje.

La prison de Malmœ est bâtie à système cellulaire, autour des restes d'un ancien château, dont la partie restée debout a été adaptée pour les bureaux de la direction. Elle est propre, bien entretenue, organisée comme tous les établissements de ce genre ; mais je n'y ai vu rien de spécial qu'il soit important de noter ici.

La prison départementale de Gothembourg, construite à système cellulaire, est destinée aux condamnés à une peine n'excédant point les deux ans, et aux prévenus. Elle contient 200 cellules, dont chacune a un lit à table, un escabeau, une étagère et une latrine interne, à pot mobile. On y travaille à des ouvrages de menuisier, de cordonnier, on y fait des ouvrages en crin, des boîtes pour allumettes et des enveloppes.

La prison pour les femmes, dans la même ville, renferme à peu près 80 condamnées. Elles dorment en commun. Outre les travaux domestiques de la cuisine, du blanchissage, etc., elles s'occupent à tisser, à faire des travaux en laine, et à repasser le linge. Elles excellent tellement dans ce dernier genre de travail, qu'on leur envoie du linge à repasser, même de l'Angleterre.

Ce qui est bien remarquable dans cet établissement, c'est que le produit du travail couvre à lui seul les frais de l'entretien et au delà. Car le seul travail des repasseuses (15 femmes), outre ce qui est nécessaire à l'entretien de cette section de la maison, donne un produit de 4000 couronnes par an (à peu près 4200 francs).

La prison de Làngholm, située aux environs de Stockholm, récemment bâtie par les condamnés eux-mêmes et achevée depuis peu de temps, est un très bel établissement, contenant 580 cellules.

Par une très sage disposition, les condamnés sont partagés selon

l'âge, en trois catégories : de 15 ans à 21 ; de 21 à 40 : de 40 en

sus. Il n'y a à Làngholm que ceux des deux dernières catégories;

ceux qui appartiennent à la première sont envoyés dans une maison

spéciale à Gothembourg. La peine qui ne dépasse point deux ans est

expiée, pendant sa durée toute entière, dans l'isolement en cellule :

il n'est pas possible d'établir des degrés pour si peu de temps. Il y

a pour ces condamnés une aile à part. Si la peine excède les

deux ans, le condamné en passe en cellule la première période, dont

le minimum, est de six mois, le maximum d'un an. Les cellules sont

chauffées au moyen de la vapeur, et n'ont pas de latrines; on les a

placées à l'extérieur et elles sont communes.

Après la période d'isolement, les condamnés passent au travail en commun dans les ateliers, partagés selon l'âge, comme je l'ai dit tout à l'heure; ne gardant la cellule que pendant la nuit. On apprend et on exerce les métiers de cordonnier, de tailleur, de menuisier, de charpentier, de forgeron, de tisserand, de relieur de livres; on fait des sacs, on fabrique des bouchons en liège. J'ai vu dans ces ateliers des travaux. en bois magnifiques, surtout en fait de meubles, de voitures, de traîneaux. Profitant des anciens édifices, on a pu avoir les ateliers séparés du bâtiment renfermant les cellules. Il y a un gardien pour chaque vingtaine de prisonniers. L'école est faite avec beaucoup de diligence. On tient soigneusement la biographie morale de chaque condamné.

Les condamnés qui se trouvent entre 15 et 21 ans (ainsi que je viens de le dire) sont envoyés à Gothembourg dans une maison spéciale. On y renferme aussi quelques individus plus âgés ; mais on les choisit parmi les meilleurs d'entre ceux dont le délit ne révèle pas une méchanceté profonde.

Le centre de cet édifice, situé au bord de la nier, est un ancien bâtiment servant jadis de chantier, et approprié aujourd'hui aux bureaux de la direction. Il a été considérablement augmenté des deux côtés pour y placer les cellules à coucher (cubiculi) et les ateliers. On a ajouté deux autres édifices séparés, l'un pour la cuisine, le lavage, les bains, les magasins ; l'autre pour la prison cellulaire, où doivent rester dans l'isolement, pendant six mois au moins, les condamnés à

plus de deux ans. Une longue muraille entoure tout l'établissement, laissant entre les édifices un grand espace pour la gymnastique et la promenade.

Les cellules sont excellentes. Il y a un lit à table, une chaise, et un meuble d'un très beau modèle, qui renferme dans un petit espace tout ce qui est nécessaire au prisonnier.

Les ateliers sont sains, spacieux, bien éclairés. Une grille en bois les sépare d'un large corridor latéral, d'où les gardiens peuvent parfaitement surveiller les condamnés, sans être en contact immédiat avec eux.

J'ai assisté à l'école religieuse, à l'école primaire et à celle de dessin, et j'ai été enchanté de la manière dont l'enseignement est donné, de la bonté et de la patience des maîtres, de l'attention des élèves, de la régularité de leur écriture, de la propreté des cahiers, de la correction du dessin chez la plus grande partie. On peut dire en vérité que c'est un bon établissement.

Une fois que ces jeunes gens ont fini leur peine, le gouverneur (préfet) a la faculté d'ordonner, s'il le croit nécessaire, qu'ils restent encore, pendant un certain temps (qui ne peut se prolonger au delà de l'âge de 21 ans), sous une direction éducative et disciplinaire.

Ils passent alors dans une colonie agricole et industrielle, qu'on vient d'ouvrir, il y a à peine quelques mois, tout près de la prison ; là, ils finissent d'apprendre leur métier et peuvent aussi s'adonner aux travaux d'agriculture et de jardinage , car la colonie embrasse seize hectares de terrain. Dans cette colonie, les jeunes gens dorment en commun, mais surveillés. A côté de chaque dortoir il y a un large corridor, avec des pieux numérotés, où les garçons doivent le soir déposer leurs habits et leurs chaussures; là aussi, ils se lavent le matin.

Les délinquants au-dessous de treize ans ne sont pas punis, mais on les envoie à la colonie de Hall.

Cette colonie, située dans un endroit très salubre et ayant un terrain de 800 hectares, a été fondée par l'initiative privée. Elle reçoit maintenant du gouvernement des subventions considérables.

Destinée à l'agriculture et à l'industrie, elle possède déjà, outre l'édifice pour la direction, trois maisons, dont chacune est capable de contenir 50 garçons. On en bâtira bientôt une quatrième, et on construira une. église. A côté de ces maisons sont les bâtiments pour

Les bestiaux, les chariots, les instruments d'agriculture, et pour les produits agricoles.

Les garçons travaillent eux-mêmes à la construction des bâtiments, à leur entretien, aux champs, aux différentes industries, selon leurs aptitudes respectives. Ils reçoivent en outre l'instruction religieuse et civile.

Dans un registre est exactement noté le degré de profit de chacun. On y place aussi, pour chacun, une double photographie : l'une est faite à son entrée, l'autre à sa sortie de l'établissement. Ceux qui s'appuient sur l'influence incontestable de l'organisation dans la direction morale de l'homme pour lui nier le libre arbitre, pourraient voir ici d'une manière frappante combien une bonne direction et une sage discipline, en modifiant les tendances morales, peuvent modifier aussi l'organisation chez l'adolescent.

A la sortie de l'établissement, on cherche à placer ces garçons convenablement, et on a déjà obtenu de très bons résultats.

Les jeunes gens abandonnés sont placés dans des institutions privées soutenues par le gouvernement , de même que ceux qui sont détenus pour correction paternelle. Les plus indisciplinés d'entre eux peuvent aussi être envoyés à la colonie de Hall; et cela est peut-être mieux que le système suivi en Belgique, où les détenus pour correction paternelle sont enfermés dans les prisons cellulaires avec un traitement plus doux. La colonie de Hall a le bonheur d'avoir trouvé un bon directeur, entouré d'un excellent personnel subalterne. L'aspect de cette petite ville naissante et de sa jeune population, qui se suffit à elle-même, réjouit le cœur.

Il y a aussi en Suède des sociétés de patronage. Leur œuvre est facilitée par une émigration assez considérable des libérés, dont une centaine par an se rend en Amérique, surtout à Chicago, où, en général, ces malheureux se conduisent assez bien.

Norvège.

Parmi les prisons de Norvège, il ne m'a été possible que de jeter un coup d'œil sur celles de Christiania. Elles sont au nombre de quatre : deux ont été construites récemment pour usage de prisons, les deux autres sont des anciens bâtiments qu'on a adaptés à ce service et qu'on améliore toujours.

Des deux premières (toutes les deux à système cellulaire), l'une est destinée aux prévenus, et j'ai admiré la variété des travaux qu'on y exécute, chose bien remarquable dans une maison où le travail est facultatif et par conséquent difficile à organiser. On y fait de? boîtes pour allumettes, des souliers, des sculptures sur bois, etc.

L'autre, destinée à l'expiation des peines n'excédant point les troi> ans, peut contenir 250 condamnés. Elle est très bien bâtie, saine e: proprement entretenue. Les lits sont des hamacs, qu'on suspend aux murs de la cellule et qu'on roule pendant le jour. Les latrines sont à pot mobile. Deux choses m'ont frappé dans cette prison : le fini avec lequel les travaux sont faits, surtout les meubles et les sculptures sur bois, et la bonté du directeur, M. Petersen, qui est pour les prisonniers un véritable père.

Pour les condamnés à plus de trois ans, on a adapté une ancienne forteresse, à laquelle on ajoute peu à peu de nouvelles constructions. Il n'y a pas de cellules ; on commence à y introduire des boœes. Son intelligent directeur fait tout ce qu'il peut pour remédier aux difficultés provenant de la nature de l'édifice. A chaque étage il y a une bouche à eau pour les incendies, précaution indispensable là ou le bois entre pour deux tiers dans la construction. On a adopté pour la cuisine des chaudières à double paroi, système excellent pour la cuisson régulière de la soupe et pour l'économie, quand le personnel à nourrir est nombreux. Outre les travaux qu'on fait ordinairement dans toutes les prisons, on y scie et travaille le marbre, on construit des machines en fer. La sculpture sur bois, pour laquelle le > Norvégiens ont beaucoup de goût et de talent, y a aussi une pa4 considérable. On y fait des meubles très beaux. Il y a ici, comme dans la prison cellulaire, différents modèles de lit, qu'on nous en verra pour notre exposition carcéraire et qu'il sera utile d'étudier.

La prison des femmes, unique pour toute la Norvège, est aussi un ancien édifice approprié à cette destination. Les vices organiques du bâtiment ne permettent point d'y trouver tout ce que les derniers progrès exigent dans une prison. Mais elle est entretenue avec soin et il y règne une grande activité.

Prusse.

Je irai vu en Prusse que quelques prisons de Berlin.

J'y ai revu d'abord la prison de Moabit (autrefois dans les environs

ïe la ville et maintenant enclavée dans son enceinte, a cause du développement énorme que cette capitale a pris depuis quatorze ans) 3t celle de Plôtzensee; j'y ai visité ensuite la prison pour les prévenus, récemment bâtie. Les deux premières sont trop connues pour qu'il soit nécessaire d'en parler longuement.

On sait que la prison de Moabit, à système cellulaire, qui fonctionne depuis quarante ans, est destinée aux condamnés à la réclusion et contient 500 cellules. Elle a maintenant 425 prisonniers. Je noterai seulement qu'on y simplifie à présent le système de ventilation: car on a observé que les anciens appareils, assez coûteux, accumulent dans les tuyaux une poussière contenant des substances nuisibles à la santé. On les remplace donc par deux simples petites ouvertures, pratiquées Tune en bas, l'autre en haut de chaque cellule, dans le mur qui la sépare du corridor. Le petit courant d'air qui perce toujours à travers les fissures de la croisée suffit pour y établir une ventilation parfaite, ainsi que je l'ai essayé moi-même au moyen d'un flambeau allumé, placé devant chacune de ces deux ouvertures. Les latrines, internes, sont à pot mobile, qu'on enlève chaque jour du dehors. On peut disputer sur la bonté de ce système ; mais, par la forme du pot qu'on a adoptée, il est certain que. moyennant deux cuillerées d'eau placées dans «ne rainure qui sillonne le bord sur lequel s'emboîte le couvercle, on rend l'appareil complètement inodore. Cela a l'avantage aussi d'une économie considérable, car chaque appareil ne coûte en tout que dix ou onze francs environ.

On fait usage dans cette prison des montres à contrôle, par lesquelles on peut reconnaître si le gardien, pendant la nuit, a fait régulièrement son service.

La prison de Plôtzensee, qui occupe avec ses dépendances dix hectares de terrain, a un dehors imposant et présente l'aspect d'une ville, car elle renferme un ensemble de plusieurs édifices, séparés les uns des autres. Sur le devant, et hors du mur d'enceinte, sont les maisons pour le directeur et les bureaux pour les employés et pour les gardiens. Dans l'intérieur, la prison cellulaire est séparée par des murs des autres édifices. Il y a des bâtiments destinés aux cubiculi (cellules pour la nuit seule) ; il y en a d'autres pour les ateliers, pour les écoles, pour l'église, pour la cuisine, pour le blanchissage, pour l'infirmerie, pour les magasins. Et, comme la prison renferme 1200 condamnés et peut en contenir 1500, elle exige un personnel nombreux d'employés et de gardiens, qui, avec les familles respec-

tives, constitue une véritable commune. Aussi, sur le sol même de l'établissement, mais en dehors des murs, on a établi une école pour les enfants.

Cet établissement est essentiellement destiné aux condamnés à des peines correctionnelles. Les condamnés n'y demeurent, er: moyenne, que quelques mois. 11 dépend du directeur d'assigner les uns à l'isolement continuel en cellule, les autres au travail en commun pendant le jour, selon qu'il juge plus convenable pour chacun l'un ou l'autre système. Pour chaque prisonnier il y a un cahier où l'on note, jour par jour, toutes les phases de sa vie de prison. Une table à chiffres mobiles indique chaque jour le mouvement d'entrée et de sortie des prisonniers.

Il y a pour tout l'établissement un seul directeur général. Mais. comme il lui serait impossible de suffire à tous les détails, on a partagé la maison en sections, dont chacune a un directeur spécial.

Les travaux sont très variés. On a donné beaucoup de développement à la fabrique des cadres en bois doré et des fleurs artificielles. Cette dernière industrie, très productive, a l'avantage de se subdiviser en une grande quantité d'opérations différentes, qui permettent d'occuper les différents degrés de capacité, et qui, toutes, forcent l'ouvrier à une certaine concentration.

Ce qui est admirable à Plœtzensee, c'est la perfection et la propreté des machines pour le blanchissage et pour la cuisine. Ici aussi on emploie, pour cuire la soupe, les chaudières à deux parois, entre lesquelles passe la vapeur. Le pavé de la cuisine, en briques très-cuites, très-dures et profondement sillonnées, donne à l'eau un écoulement facile et contribue à la propreté. Mais je ne cacherai pas que, à côté de l'admiration qu'éveille un établissement si considérable et si régulièrement entretenu, deux questions se sont présentées à mon esprit. Une prison si multiple et si nombreuse pourra-t-elle (malgré la division en sections) être toujours suffisamment surveillée? Et, pour les condamnés qui n'ont que quelques mois de peine à subir, peut-on sepérer un profit réel en les mettant (ainsi qu'on le fait pour la plupart d'entre eux) à travailler en commun? N'y a-t-il pas à craindre que ce court stage collectif ne serve qu'à rapprocher les coquins et à préparer de nouveaux délits? Je ne prétends point me prononcer sur ces questions : il me suffit de les poser.

Non loin des prisons de Moabit et de Plœtzensee, mais moins éloi-

*née du centre de la ville, est la nouvelle prison pour les prévenus, sontiguë au palais de justice récemment achevé.

Cette prison, à système cellulaire, est une étoile à cinq rayons. Les cellules sont excellentes : les latrines à pompe, inodores, se lavent i* elles-mêmes, par une simple pression après usage. Les pavés des corridors sont en asphalte peint à l'huile, les autres en briques sillonnées.

Pour la promptitude du service judiciaire, le gardien qui se tient au milieu de la salle centrale a devant lui un téléphone au moyen duquel il reçoit et transmet Tordre d'amener devant les juges tel ou tel prévenu, qui paraît ainsi une minute après, sans que le gardien quitte sa place.

Un compartiment spécial est destiné aux femmes, dont les unes sont en cellule, les autres en commun, selon que le directeur le juge le plus convenable.

L'administration centrale des prisons, qui est partagée en Prusse entre le ministère de l'intérieur et celui de la justice, travaille très activement à construire et améliorer les maisons de peine. Il y a maintenant deux établissements en construction : à Francfort et en Silésie. D'autres encore sont en projet. On m'en a montré les plans avec beaucoup de bonté. On y suit le système de construction que la Société des prisons de Bruchsal a reconnu le meilleur, c'est-à-dire, de' construire les édifices destinés aux cellules, à l'infirmerie, à la cuisine, à l'économie domestique, aux écoles, à l'église, isolément les uns des autres, dans l'intérieur de l'enceinte ; et les maisons pour la direction, pour les employés, pour les gardiens, séparément aussi, niais à l'extérieur, et pas de souterrains.

Russie.

La Russie travaille beaucoup dans ce moment à la réforme des prisons, de même qu'à celle de sa législation pénale.

J'ai visité autant d'établissements qu'il m'a été possible dans les limites du temps dont je pouvais disposer. C'est ainsi que j'ai vu à Saint-Pétersbourg la prison pour les prévenus, la maison pour les condamnés à des peines de police, la prison destinée aux peines correctionnelles n'excédant point une année, celle pour l'emprisonnement d'un à quatre ans, la maison de détention provisoire pour ceux qui doivent être transportés en Sibérie ou internés dans les communes,

et enfin la colonie correctionnelle pour les jeunes délinquants, situ* à quelques kilomètres de la ville. Dans le royaume de Pologne, j'a vu deux prisons à Varsovie, et la nouvelle colonie de Studzienie* pour les jeunes délinquants.

Je vais donner un aperçu sommaire de chacun de ces établisse ments.

La prison pour les prévenus, construite à Saint-Pétersbourg depui ; neuf ans, tout près du palais de justice, est à système cellulaire t: contient trois cent quatre-vingt-trois cellules.

J'ai entendu critiquer la construction de cette prison. Mais, si l'c: tient compte des difficultés inhérentes à la localité où elle a dû ète bâtie, on doit reconnaître au contraire que ces difficultés ont été, au tant que possible, heureusement surmontées.

Etant forcé de construire cette prison dans l'intérieur de la ville. on n'a pu, faute d'espace, lui donner l'étendue désirable, et elL n'a pu être bâtie à système stellaire. On a donc cherché à gagner er. hauteur (en multipliant les étages) ce qu'on ne pouvait avoir en largeur. Etant forcé de donner à l'édifice la forme carrée, on a pourr aux nécessités de la surveillance en plaçant un gardien a chaque coii du corridor, qui longe d'un côté les cellules et de l'autre côté la paroJ interne du mur extérieur. Deux côtés et demi du carré sont occupépar les cellules : le reste est destiné à des dortoirs et à des ateliers ei. commun, ainsi qu'aux pièces nécessaires pour le service de rétablissement. Le local destiné à la direction est complètement à part. Lecellules sont très propres. Les closets sont parfaitement inodores, grâce à l'abondance de l'eau qu'on y fait couler.

Le travail, naturellement, n'est pas obligatoire ; mais ceux qui le désirent peuvent travailler. On y fait surtout des boîtes pour les cigarettes, ce que peuvent apprendre facilement même ceux qui ne doivent rester en prison que quelques jours.

Il va sans dire que la partie destinée aux femmes, ainsi que les cours pour la promenade, sont complètement séparées de celles pour les hommes.

Les murs sont peints à l'huile jusqu'à la hauteur d'environ deux mètres, ce qui facilite beaucoup la propreté remarquable de cette prison.

A quelques minutes de là, il y a un vaste terrain ceint de murs, où , l'on occupe pendant le jour des prisonniers aux travaux de jardinage.

\j* établissement destiné aux peines de police est un superbe édifice 311 croix, récemment bâti, et contenant cent soixante cellules, très castes, peut être même trop vastes, puisque les détenus ne sont pas obligés d'y rester pendant le jour. Le travail n'est pas obligatoire, mais ceux qui veulent travailler raccourcissent par là leur détention. 11 v a des ateliers de menuisiers, de cordonniers et de relieurs de livres.

La cuisine, la buanderie, les bains, sont d'une propreté admirable. Les habitations du directeur, des employés, des gardiens, sont tout-à-fait séparées, quoique tout près de l'édifice destiné aux prévenus. Les bureaux sont placés à l'entrée de rétablissement.

La prison pour les condamnés à une peine n'excédant point l'année est, jusqu'à présent, une vieille prison commune située au bord de la Neva, près du nouveau pont Alexandre. Il est inutile de parler de cette prison, puisque le gouvernemant la démolit peu à peu, et la remplace sur le même endroit par un magnifique établissement pénitentiaire. Il est cependant à remarquer que," malgré les défauts de toutes les anciennes prisons, il y a là des ateliers assez actifs, entre autres celui où l'on fabrique ce qu'on appelle les chaises de Vienne, dont l'établissement ne reçoit que le bois courbé et sans polissure.

La nouvelle prison pénitentiaire, dont la construction est déjà très avancée, aura deux édifices cellulaires distincts, formant une croix de trois étages, outre les souterrains, et contenant chacun quatre cent quatre-vingts cellules. Par un corridor, ces deux édifices communiqueront avec l'école et l'église, qui sont bâties à part.

D'autres bâtiments séparés servent à la cuisine, au blanchissage, aux besoins de l'économie domestique, et à l'infirmerie.

Les infirmeries, construites solidement en bois, au moyen de troncs de sapin superposés horizontalement et parfaitement enclavés les uns dans les autres aux quatre coins, sont destinées, non seulement aux malades de cette prison, mais à tous les prisonniers malades de la ville : de même, toutes les prisonnières malades de Saint-Pétersbourg sont concentrées dans les infirmeries d'un autre établissement. Les cellules ont vingt-cinq mètres cubes d'air chacune. Pour gagner de l'espace, autour de la salle centrale, au point où les quatre ailes commencent à diverger, on a ménagé dans les intervalles huit cellules par étage, à l'exception de l'étage supérieur, où elles sont remplacées par des fenêtres, afin d'avoir plus de lumière. Dans la partie extérieure au mur d'enceinte, sur le quai longeant

CANON ICO

la Neva, sont (outre le petit édifice du milieu qui sert d'entrée) les maisons de la direction, des employés, du ministre du culte, et de> gardiens.

Toutes ces maisons, ainsi que les infirmeries et Tune des croix contenant les cellules, sont déjà construites. J'ai été étonné en apprenant que cette dernière bâtisse, qui est maintenant couverte, n'a été commencée qu'au mois de juin, et qu'ainsi elle a été élevée jusqu'à la toiture en cinq mois seulement. Elle sera achevée et habitable avant la fin de 1885. L'autre croix sera commencée aussitôt qu'on pourra faire passer les condamnés dans la première : car alors seute ment on pourra finir d'abattre la vieille prison où ils demeurent encore provisoirement, et sur remplacement de laquelle doit surgir le nouvel édifice.

Par les plans et les dessins, que j'ai soigneusement examinés, et par la partie considérable qui existe déjà, on peut dire dès à présent que cet établissement pénitentiaire seral'undes premiers de l'Europe.

La maison pour les condamnés à un emprisonnement d'un à quatre ans, était anciennement une caserne, ayant servi ensuite pour des bureaux de l'administration. On y expie la peine en commun, et il y a plusieurs ateliers.

A cause de la construction primitive de l'édifice, il serait trop difficile d'y pratiquer des cellules pour la nuit. Mais on travaille activement à réformer cette prison, autant que possible, au moyen de la séparation des parties de l'édifice destinées aux bureaux et au logement du personnel des autres parties destinées aux condamnés, par l'isolement complet du quartier des femmes, la substitution de grilles aux portes des dortoirs (ce qui augmente la circulation de l'air et facilite la surveillance) , l'amélioration des lieux d'aisance, qui se lavent par la simple pression.

Dans les dortoirs on a adopté un système de lits économique et utile à la fois. Le lit consiste en une espèce de grille en bois, qui se relève verticalement contre le mur par son côté le plus long, et dont le pied, mobile et indépendant, peut servir d'escabeau au prisonnier pour le dîner.

Dans la maison où demeurent provisoirement ceux qui doivent être transportés en Sibérie ou internés par mesure administrative, on ne peut (à cause de la population continuellement flottante) organiser un travail régulier. Les détenus y ont des dortoirs communs. On a tâché d'en améliorer les conditions, en séparant les bureaux et les

logements du personnel de la partie de l'édifice destinée aux détenus, et en introduisant plusieurs autres perfectionnements de détail.

La colonie correctionnelle pour les jeunes délinquants (qui sert aussi pour les abandonnés) est située à quelques kilomètres de Saint-Pétersbourg, dans un endroit charmant. Elle a été fondée par initiative privée sur le système de la colonie de Mettray, et reçoit des subventions du gouvernement. Les cent et quelques garçons qui la constituent sont partagés en familles, ayant chacune une maison séparée. L'habitation du directeur, l'église, le logement du prêtre, la buanderie et les bains, la cuisine et la salle à manger forment aussi autant de petites maisons à part. Il y a plusieurs ateliers, et les travaux des champs. Quoique la colonie possède quatre cents hectares de terrain, les travaux agricoles n'ont pas de grandes proportions : car, d'abord, une grande partie de l'année ne se prête pas à de tels travaux ; ensuite, le sol est marécageux en plus d'un endroit, et abondamment couvert de sapins, qu'il importe d'entretenir pour le bois de chauffage et pour réparer les maisons, construites en bois.

Ces maisons ont l'avantage d'être plus saines et moins coûteuses ; mais il faut de plus grands soins pour y entretenir la propreté.

Les garçons dînent tous ensemble. Une seule école, où s'alternent pour les leçons les escouades d'élèves, suffit à toute la colonie. Les garçons ont. en général, l'air gai et dégourdi: on sent que la direction est bonne. Mais la colonie coûte beaucoup et ne rapporte rien. Peut être aussi la manière dont on a disposé les maisons se prète-t-elle à éluder parfois la vigilance du directeur; car, de chaque maison, on peut le voir chaque fois qu'il sort de chez lui. Quelques arbres suffiraient pour remédier à ce petit inconvénient. Cet établissement est remarquable : et, avec quelques modifications qu'on projette déjà, il peut s'améliorer considérablement.

Outre les maisons visitées à Saint-Pétersbourg, grâce à l'exquise courtoisie de la direction générale des prisons, j'ai pu voir dans tous leurs détails les dessins et les plans des nouveaux établissements, pour cinquante-six et pour trente détenus, qu'on va construire dans les chefs-lieux des provinces. -

Ces édifices, destinés aux prévenus et aux condamnés, ont pour base la séparation des habitations du personnel de direction et de surveillance, ainsi que des bâtisses pour l'infirmerie et pour les services économiques, de la prison proprement dite. Ils ont la figure d'un Y, dont les ailes qui constituent la bifurcation (ayant trois

étages outre les souterrains, où Ton place les cellules de punition el les calorifères, en laissant libre le corridor du milieu) sont destinées exclusivement aux condamnés expiant la peine dans l'isolement. L'autre partie, après les logements du personnel, qui sont sur le devant, contient la salle pour le juge d'instruction, le parloir, et ensuite les dortoirs et les ateliers pour le travail en commun, l'école et 1; chapelle. Le quartier des femmes est complètement séparé de celui des hommes.

Des deux prisons que j'ai visitées à Varsovie, l'une est celle destinée aux prévenus, l'autre est pour les condamnés à un emprisonnement ne dépassant point les quatre ans.

Cette dernière prison, pouvant contenir six cents prisonniers, es dans un vieux bâtiment ayant servi autrefois d'arsenal, qui par cou séquent présente par sa construction plusieurs inconvénients, aux quels il serait difficile de remédier sans de grandes dépenses.

L'industrie principale est le tissage : les ateliers sont excessive ment peuplés.

La prison cellulaire pour les prévenus, par contre, a été bâtie, il y a à peu près trente-cinq ans, expressément à l'usage de prison. Quoi que les deux ailes de l'édifice ne soient pas convergentes, mais constituent une longue ligne droite, ce qui rend le corridor un peu sombre, les cellules sont saines et spacieuses. Les occupations, pour ceux qui veulent travailler, sont assez variées.

Les lieux d'aisance sont communs. Pour les rendre inodores, on a adopté récemment un système aussi simple qu'ingénieux. Il consiste en un courant d'air entretenu par des becs de gaz continuellement allumés dans la partie supérieure d'un tuyau en fer, qui emportf toute émanation désagréable et nuisible 4 .

La colonie agricole et industrielle de Studzieniec, située à quinze kilomètres environ de le station de Ruda Guzowska, sur la ligne qui va de Varsovie à la frontière autrichienne, est destinée aux jeunes délinquants.

C'est une institution essentiellement polonaise. Fruit de l'initiative privée, elle a été ouverte en 1876 par la. Société des colonies agricoles et asiles industriels, qui ne compte pas moins de deux mille niem-

1 Ce système (qu'on rencontre aussi dans d'autres établissements d'Europe) avait déjà été adopté a Varsovie par M. le sénateur Vilouyeff, dans l'hôpital dont il est curateur. M. Ivulwiec emploie avec succès comme désinfectant, dans l'hôpital qu'il dirige, la tourl* blanche en poudre (sphagnnm palustre), et on commence aussi a s'en servir dans la prison d'enquête a Varsovie, pour les bassins de nuit.

bres, et qui la régit par un comité de direction, sous la surveillance du gouvernement. Gomme il ne peut y avoir là des condamnés dépassant Fàge de dix-huit ans, on n'y reçoit que les garçons de dix à seize ans, afin qu'ils puissent y rester au moins deux ans, sans quoi toute éducation serait impossible.

M. le président de Moldenhawer, qui en est l'âme, a soigneusement étudié les principales maisons de ce genre qui existent en Europe, et on a ainsi pu profiter de l'expérience de toutes.

La colonie compte actuellement cent trente-quatre garçons, et elle peut eu contenir deux cents. Ils sont partagés en familles de quinze, dont chacune a une maison, ou du moins un quartier tout-à-fait séparé. Il y a sept maisons, outre celle du directeur, l'église et les dépendances, c'est-à-dire, les bâtiments nécessaires aux services de l'agriculture et ceux destinés aux familles des gardiens et des desservants.

Les dortoirs* spacieux et bien éclairés, servent en même temps d'école. Car les lits, en fer, complètement isolés, se relèvent contre le mur aux deux tiers de leur longueur et laissent ainsi libre un grand espace, au milieu duquel est une longue table, que les garçons (assis sur le même escabeau qu'ils ont la nuit près de leur lit) entourent pendant la classe.

Outre les travaux agricoles, il y a les industries de forgeron, de charpentier, de menuisier, de sculpteur sur bois, de tailleur, de cordonnier. Le service de la maison et de la cuisine est fait par tous à tour de rôle.

Dans les ateliers, on fait parfois chanter ces jeunes gens en chœur pendant qu'ils travaillent. Les punitions consistent dans les avertissements en particulier, dans les réprimandes en présence de toute la colonie, dans la privation des visites des parents et de la faculté de leur écrire, dans la cellule disciplinaire. Les récompenses, dans la faculté de recevoir des visites et d'écrire plus fréquemment, d'apprendre la musique, dans la promotion à une classe supérieure, dans le passage à la première famille de la colonie, dont le meilleur membre a, seul, le droit de porter le drapeau de l'établissement.

L'endroit est salubre, sympathique, et proprement entretenu. A l'ordre extérieur correspond la direction et la vie intérieure de la colonie. J'ai visité en détail chaque atelier ; j'ai assisté à tous les exercices, à toutes les leçons, et j'ai admiré la précision des travaux, la bonté des méthodes pour l'enseignement de la lecture et de l'écriture,

de \\ géographie, de la religion, ainsi que la patience des maîtres. On sent qu'ils font cela par conscience et non par métier. Et en effet selon la dernière statistique, sur cent vingt-cinq garçons sortis de l'établissement, on n'a constaté que quatre récidivistes.

Je suis revenu de cette colonie avec une profonde satisfaction. Je ne parle point de l'accueil, vraiment touchant, que j'y ai reçu, grâo? aux bienveillants soins des autorités de Saint-Pétersbourg et de Varsovie, ainsi que de l'excellent M. de Moldenhawer, qui a eu la bonté de m'y accompagner et de me donner tous les renseignements. Il serait seulement à désirer qu'une route meilleure et plus courte rendit la surveillance centrale de l'établissement plus facile et plus commode.

Si l'on regarde l'étendue considérable de l'empire russe, on pourrait dire que, jusqu'à présent, la réforme pénitentiaire ne se manifeste encore que dans des proportions relativement minimes. Les hommes du gouvernement eux-mêmes avouent qu'il y a encore beaucoup à faire. «

Mais 1 si l'on tient compte des grandes difficultés qu'il y a à surmonter, si l'on considère que depuis peu d'années seulement on a repris et poursuivi cette réforme, que, depuis cinq ans à peine, l'administration des prisons est réunie dans une direction centrale unique, on doit bien reconnaître qu'on n'a pas perdu de temps, et que les excellents fonctionnaires qui ont préparé cette réforme, et ceux qui y travaillent maintenant sous la direction générale de M. Galkine-Wraski, méritent les plus grands éloges.

Bavière.

Je regrette de n'avoir pu visiter en Bavière d'autres établissements que la prison de Munich pour les condamnés aux travaux forcés. Le bâtiment était jadis un couvent. Il contient cinq cents condamnés, qui travaillent en commun et couchent dans de vastes dortoirs. Il y a cinquante cellules, où les condamnés restent dans l'isolement au commencement de la peine.

Cette prison, quoique très bien entretenue, a les inconvénients, pour ainsi dire constitutionnels, de toutes les maisons de détention pour lesquelles on a été forcé de se servir d'édifices destinés jadis à d'autres usages. Mais ce qu'il y a de remarquable, c'est la variété des

travaux qu'on y fait. L'industrie principale y est la fabrication des draps. On y voit la laine entrer à l'état de matière première, et passer successivement par toutes les opérations, jusqu'à ce qu'elle sorte de la prison en tissus complètement apprêtés, et même en habits confectionnés.

Wurtemberg.

La prison pour les prévenus, à proximité du nouveau palais de j ustice, et celle pour les condamnés à plus de sept ans de détention : voilà les deux prisons que j'ai visitées à Stuttgart.

La première (où l'on expie aussi les peines ne dépassant pas six semaines) contient quatre-vingt-deux cellules: celles destinées aux hommes ont trente-deux mètres cubes d'air; celles pour les femmes, vingt-deux. Les latrines, à pot mobile, ont cela de particulier qu'elles restent cachées dans l'épaisseur du mur au dessous d'une espèce de cheminée, qui porte en haut les odeurs, et qu'on les fait pivoter au dedans ou au dehors de la cellule, selon le besoin. Tout y est extrêmement propre. Les pavés sont en asphalte ou en ciment: on trouve que ces derniers sont meilleurs. On emploie aussi pour la cuisine les chaudières à double fond; par leur forme hémisphérique et par leur grandeur moindre, elles sont plus facilement maniables que d'autres que j'ai vues ailleurs.

Les travaux, facultatifs pour les prévenus, consistent dans l'épluchement des denrées coloniales et autres petits travaux semblables, pour lesquels il ne faut pas un long apprentissage.

La prison pour les condamnés à plus de sept ans, pouvant contenir deux cents prisonniers, est une prison mixte : il y a soixante-quatre cellules et trois grands dortoirs. La règle est le travail en commun. L'isolement n'a lieu que comme punition disciplinaire, ou bien pour ceux qui le préfèrent.

Les lits sont en bois, les cellules spacieuses. Pour les lieux d'aisance, même système que dans la prison des prévenus.

L'établissement est remarquable en ceci que, tout en étant très propre, il n'a pas la moindre apparence de luxe, ni dans l'architecture ni dans le matériel d'ameublement et de service; tout porte le caractère sévère que doit avoir une maison de correction.

Baden.

Dans le grand-duclié de Bade, j'ai visité Ja prison pour les prévenus, à Carlsruhe, et deux maisons de peine à Bruchsal.

La prison pour les prévenus (où Ton enferme aussi les vagabonda: est à système cellulaire, très propre, et présente à peu près les mêmes caractères que celle de Stuttgart.

A Bruchsal, il y a trois établissements. L'un est destiné aux travaux forcés, dans l'autre on expie les peines ne dépassant point une année d'emprisonnement: le troisième embrasse, en sections séparées, les récidivistes, les vieillards et valétudinaires, les jeunes délinquants, les femmes.

La prison pénitentiaire destinée aux forçats (la renommée en est européenne) est un magnifique édifice stellaire, contenant quatre cent quatre-vingts cellules et des dortoirs en commun. Pendant trois ans, l'isolement est obligatoire; après cette période, le condamné ne reste plus en cellule que par punition, ou par son choix. On remarque que ce sont toujours les meilleurs qui demandent de continuer dans l'isolement. On conserve dans cet établissement l'usage des masques, non pas en tricot, comme à Louvain, mais sous forme de casquette, dont la visière allongée a des trous pour les yeux.

Les pavés des cellules sont en pierre; ce qui les rend plus propres, mais qui est peut-être moins sain pour le prisonnier qui doit y rester jour et nuit.

Les latrines sont à pot mobile. Les médecins ont attribué à l'usage de Peau dans les latrines le développement du typhus qui s'est manifesté dans d'autres prisons. Je rapporte le fait sans le juger, car je ne suis nullement compétent dans ces matières.

Pour les effets du prisonnier, il y a dans chaque cellule et dans un coin une petite étagère, dont les compartiments sont très bien distribués, de manière à suffire à tout, en occupant la moindre place possible.

J'ai aussi remarqué un système de table très utile. C'est un assemblage de deux planches, se repliant l'une sur l'autre contre le mur. La planche qui sert de pied quand la table est baissée, sert de table noire pour les dessins et les calculs nécessaires h l'exercice du métier, lorsque l'appareil est replié contre le mur,

La. prison complexe contient environ quatre cent soixante coula innés ainsi partagés :

récidivistes 140

vieillards et valétudinaires 40

jeunes délinquants ... 80

femmes k 200

Presque les deux tiers des condamnés sont eu cellule : les autres dorment et travaillent ensemble. Les pavés sont en bois. Il n'y a pas ici l'usage des masques.

L'établissement est placé dans un édifice ancien : ainsi il n'a point tous les perfectionnements modernes. Mais il est entretenu avec soin, et, comme toutes les prisons que j'ai vues dans l'ouest de l'Allemagne, ►il y a tout le nécessaire, mais le strict nécessaire, sans cet éclat qui éblouit le visiteur, mais qui ôte beaucoup à l'esprit d'austérité que j'aime toujours à voir dans une prison.

La nuit survenue m'a empêché de visiter encore la maison destinée aux peines de courte durée.

M. Jagemann, qui dirige au ministère de la justice l'administration des prisons, m'a montré avec beaucoup d'obligeance les plans de la nouvelle prison pénitentiaire àFribourg enBrisgau. Elle est destinée aux condamnés à une peine d'un à quinze ans. C'est un édifice stellaire à cinq ailes, contenant trois cent dix-huit cellules, ayant les maisons pour la direction, pour les employés, pour les gardiens, pour l'infirmerie et pour l'économie domestique, séparées du bâtiment qui renferme les prisonniers.

Le gouvernement badois tourne maintenant son attention sur les prisons destinées aux peines de courte durée; sentant la nécessité d'arrêter, autant que possible, la criminalité à sa source.

Suisse.

C'est avec un véritable regret que, faute de temps, je me suis vu forcé de renoncer, en passant par la Suisse, à y revoir ses excellentes prisons, ainsi que les institutions pour les jeunes gens abandonnés, dont ce pays, si remarquable pour son activité intelligente, est abondamment pourvu. J'ai appris avec beaucoup d'intérêt, par l'honorable

président de la Confédération, qu'on essaie, depuis quelque temps, k travail agricole pour les condamnés, et que cela donne des résultat* excellents.

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