OI
chirurgien et de Reine Lambert son épouse, rue du Chevet-Saint-Landry- Parrein Nicolas Cannet Danvilé marreine Marie-Charlotte Frachou
femme de Henry-Nicolas-Firmin Cannet et ont signé le père présent.
Quatorze mois après naquit la cadette :
L'an mil sept cent quatre-vingt-et-un le cinq février fut baptizée Jeanne-Joséphine née d’hyer fille de Joseph Souberbielle, chirurgien et de Reine Lambert, son épouse, rue du Chevet-Saint-Landry. Parrein Jean-Charles Lefebvre. Marreine, Jeanne Lambert, femme du parrein qui
seule n’a point signé, le père présent.
Y eut-il d’autres enfants ? C’est contestable. Cependant, M. Durieux, s'appuyant sur des documents conservés aux Archives nationales (classement des vainqueurs de la Bastille) a dit que Souberbielle avait deux fils et une fille. Eutil vraiment deux fils ? Les Archives du département de la Seine sont muettes à leur sujet. Quant aux deux filles, il n’est pas possible d'admettre que l’une d’elles mourut tout enfant et ne pouvait être mentionnée sur les registres relatifs aux vainqueurs de la Bastille : l’aînée épousa un pharmacien du nom de Couture et décéda à cinquante-huit ans; la seconde survécut à son père. L'une d’elles (1) eut pour gendre le docteur Denis Génie Belmas, qui travailla longtemps avec Souberbielle et dont on connaît un Traité de la cystotomie suspubienne (1827).
Une tradition de famille veut que Souberbielle ait épousé une Autrichienne. Est-ce Reine Lambert ? Ou bien, devenu veuf de bonne heure, convola-t-il avec une Autrichienne en secondes noces ? Ce n’est pas impossible, mais rien ne permet de l’affirmer. Toutefois, la même tradition base sur cette
(1) Probablement l’aînée.
union les relations d'amitié que Souberbielle entretint avec Hahnemann, le célèbre créateur de l’homæopathie. Nous verrons cependant qu'il a pu le connaître d’une façon très difé-
rente.
Le 14 juillet 1789, nous retrouvons Souberbielle en tournée « pour affaires » dans le quartier Saint-Antoine. De loin, il aperçoit la foule, il entend les cris de la populace, la fusillade. Il accourt sur les lieux et se rend utile; il panse les blessés; une vingtaine d’entre eux sont transportés dans :’église des Minimes de la place Royale (actuellement place des Vosges). Souberbielle « passa deux jours et trois nuits à leur prodiguer ses soins. Il continua de les voir pendant trois ans » (1).
L'année suivante, il a déjà pris fait et cause pour la révolution. On ne s’étonnera donc pas de le voir signer une adresse de citoyens de Paris réunis pour célébrer l’anniversaire du 17 juin 1780, date à laquelle les Etats-Généraux s’étaient constitués en Assemblée nationale. Voici cette adresse :
Messieurs, les Etats-Généraux étaient convoqués : trois corps devoient, disait-on, en former le monstrueux assemblage. Les Représentants des Communes de France se sont constitués en Assemblée Nationale. Alors les distinctions que repoussoit la nature; que proscrivoient même les premiers principes de l’ordre social; ces distinctions, nées de l'orguail et de l'ignorance, ont disparu et tous les François sont devenus des citoyens et des frères.
Jusqu'à cette époque on n'avait vu en France que des
(1) DURIEUX : Près de la Reine Marie-Antoinette.
— "gd
esclaves et des tyrans : parmi les premiers, quelques-uns s’agenouillaient devant les autres pour tyranniser à leur tour. L'Assemblée Nationale s’est constituée : alors plus d'esclaves, plus de tyrans, maïs des hommes. C'est le 17 juin 1789 que s’est opérée cette sublime métamorphose : ce jour a disposé de l'avenir var cette seule délibération qui a établi les bases de la constitution. En nous révélant nos droits, vous nous avez donné l'énergie nécessaire pour les défendre : il ne vous restoit plus qu'à élever sur ces fondements inébranlables l’égalité et la liberté, l'édifice immortel dont vous vous occupez encore. Chaque pas que vous avez fait est une conquête pour la philosophie, un bienfait pour le genre humain.
Des hommes, des frères se sont réunis pour célébrer l'anniversäire de ce jour mémorable, et quelque chose manqueroit à leurs transports si ce jour même ils n'exprimaient devant vous leur reconnaissance et leur respect. :
Hommage aux Libérateurs de la France ! Hommage aux Régénérateurs de l’ordre et des mœurs ! Hommage à nos frères qui, en prononçant l'égalité civile, politique et religieuse ne nous enchaînent que plus sûrement jpar l'amour et la gratitude que nous transmettons à nos neveux avec le tableau de nos malheurs et de vos bienÿaits !
Il s'agissait d'offrir une plaque en bronze pour commémorer l'événement. Un discours fut prononcé, le 19 juin, « Sur le monument à placer au Jeu de Paulme » :
Messieurs, trois habitans des Alpes, réunis sur les bords du lac des quatre Cantons, jurèrent de rendre la Suisse libre ; et la Suisse fut libre. Leurs noms sont gravés sur les rochers, leurs vertus sont devenues la leçon des siècles, et le lieu où leur serment immortel est écrit, est encore aujourd'huy le
point de ralliement et l'objet de la vénération de tous les peuples libres.
Des Français ont fait graver sur le bronze le serment que leurs représentants ont prêté dans le Jeu de Paume : üls le présentent à l'Assemblée Nationale, commune offrande jfaite aux peuples et aux siècles. Demain, l'anniversaire du jour où il a été prononcé, ils le porteront religieusement et le placeront dans le lieu que vos vertus ont consacré.
Souberbielle est alors lié avec les principaux personnages de l’époque, Marat, Danton, Robespierre surtout. On connaît son aversion pour Danton. « Au contraire, disait-il à la « fin de sa vie, j'aurais donné ma vie pour sauver Robes- « pierre, que j'aimais comme mon frère. Personne ne sait « mieux que moi combien son dévouement à la République « était sincère, désintéressé, absolu. Il a été le bouc émissaire « de la Révolution; mais il valait mieux qu'eux tous. On ré- « pète dans toutes les histoires qu'il était l'amant de la fille « de Duplay. Comme commensal habituel de cette maison « dont j'étais le médecin, je fais le serment que c'est une ca- « lomnie. Ils s’aimaient beaucoup, leur mariage était arrêté; « mais il ne s’est rien passé entre eux qui pût faire rougir « une vierge. Sans affectation et sans pruderie, Robespierre « évitait, arrêtait même les conversations libres. Ses mœurs « étaient pures. Enfin, après plus de cinquante ans, je re- « trouve dans mon cœur le souvenir de cet homme et la vive « affection qu'il m'avait inspirée. Les efforts que je fis pour « le sauver me compromirent gravement, et je fus forcé de « me tenir caché pendant plusieurs mois » (1). Il doit à ses
(1) POUMIÈS DE LA SIBOUTIE, Souvenirs d'un Médecin de Paris.