‹ Une Curieuse Figure Du PasséChapitre 15 sur 17 · LOS · texte numérisé non relu

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relations d'occuper une place d'officier de santé du tribunal révolutionnaire. Il ne la conserve d’ailleurs pas longtemps; Cabanès a publié (1) le document suivant :

Comité de Salut public, 6 prairial an II.

Le Comité de Salut public,

Instruit que les citoyens Théry, Souberbielle et Naury, officiers de santé du Tribunal révolutionnaire, ont soigné gratuitement pendant six mois les malades de ce Tribunal;

Arrête qu'il sera payé par la Trésorerie nationale à chacun et par forme d’indemnité la somme de 1.500 livres faisant moitié du traitement

de 3.000 livres qui leur est accordé.

Le 22 prairial il est également rayé de la liste des jurés. C’est alors qu'il est nommé à l'Ecole de Mars.

Le matin du o thermidor, Souberbielle était avec Robespierre dans une des pièces retirées de l’Hôtel de Ville. Il avait, comme à l’habitude, pansé l’ulcère variqueux dont était atteint l’Incorruptible. Tout à coup, celui-ci dit à son fidèle ami :

« — Tu ne pourras pas guérir la plaie qu’ils me feront.

— Cuirasse-toi, répondit Souberbielle.

— Ce n’est pas là qu’ils me frapperont ».

Montrant sa poitrine : « C’est là, c’est là », reprit Robespierre, et, passant le tranchant de sa main sur son cou : « Ils me couperont la tête, te dis-je ! » et il prit le bras de Souberbielle, qu’il secouait avec une sorte de frénésie nerveuse.

« Il était effrayant à voir ! » ajoutait Souberbielle, qui en frémissait encore en le racontant vingt ans plus tard.

C’est du moins ce que publia, en 1850, l’Union Médicale. On verra plus loin quelles réserves il y a lieu de faire sur l’authenticité de ce récit.

(1) Les Indiscrétions de l'histoire, 3° série, p. 363.

Quoiqu'il en soit, Souberbielle n’ignorait pas le- danger imminent couru par son ami. Lamartine, dans l’Histoire des Girondins, a mentionné « l’approche de trois mille jeunes « élèves de la Nation, ces prétoriens de Robespierre, accou- « rant du Champ-de-Mars à la voix de Labretèche et de Sou- « berbielle pour inaugurer dans le sang le règne du nouveau « Marius » au soir du o thermidor.

La tourmente apaisée, Souberbielle, à son tour, s’apaisa. Sous le Directoire il ne fait pas parler de lui; très certainement, il se donne tout entier à son art et l’on perd complètement sa trace jusqu’à l’Empire. En 1813, il est nommé chirurgien-major de la gendarmerie impériale et de la garde nationale. Peu après, il sollicite de Napoléon la Légion d’honneur. Il fait valoir ses titres : il a soigné les blessés de la Bastille, leurs femmes et leurs enfants et leur a continué ses soins pendant trois ans; il a été nommé chirurgien-major de la 35° division de gendarmerie en 1792, officier de santé de l'Ecole de Mars en 1793; il rappelle l'épidémie de dysenterie qu'il eut à combattre. Enfin, et c’est sur ce document que l’on peut affirmer que la demande n’est pas antérieure à 1813, il se prévaut de ses titres de docteur en chirurgie et de chirurgienmajor de la gendarmerie impériale. A l'appui de sa demande, il se réclame d’avoir guéri le comte de Luçay, premier Préfet du Palais, l'Amiral comte Ganteaume, le comte de Ségur, « grand maître des Cérémonies de Votre Majesté ». Celui-ci reconaissant des soins qu'il reçut, lui a dédié ce quatrain :

Faire le bien est votre unique affaire, Sur les gens de ce siècle en tout vous l’emportez, Tandis qu'entre eux ils se jettent la pierre, Vous, docteur, vous la leur ôtez.

Peut-être ces vers consolèrent-ils Souberbielle de n'avoir point obtenu la croix tant désirée. On peut en rapprocher ceux que composa J. P. Brès et qui parurent en 1821 :

Disciple heureux de ce grand homme Qui, bornant le cours de nos maux, Sous le modeste nom de Côme, S'illustra par tant de travaux,

Et qui valut bien ces héros

Que pour leurs exploits on renomme; SOUBERBIELLE, j'ai lu l'écrit

Où vous armez votre génie

Contre l’affreuse maladie

Qui, dans nos entrailles, produit Cette chaux brülante et durcie,

Dont le fatal séjour détruit

Le sommeil, la force et la vie.

De l’art vous montrez le pouvoir

En multipliant ses ressources ;

Vous rouvrez les antiques sources Que fermait la mode au savoir.

La mode trop souvent, en France, À dirigé la Faculté,

Et le goût de la nouveauté

A dicté plus d’une ordonnance.

Fuir le bon parce qu’il est vieux Ne fut jamais votre méthode.

Combattez ce mal furieux,

Et vos triomphes glorieux

Vous mettront toujours à la mode,

Sous la première Restauration, Souberbielle fut étroitement surveillé par la police de Louis XVIII. Le docteur Max Billard a publié (1) ce rapport qu’il a trouvé aux Archives nationales (F7 6623, 321) :

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