CABRERA
Sir Arthur Gosford, après avoir fait tous les préparatifs' nécessaires, n’attendait plus que Lauriot et ses hommes, pour se mettre à la poursuite de Cabrera.
Sir Arthur, de temps en temps, regardait du côté de la rue Canal, puis reportait, impatienté, ses regards sur sa montre, dont l'aiguille marquait quatre heures, Deux voiturès de louage attendaient devant la porte de l'hôtel St. Charles ; Trim était assis auprès du cocher, et Tom s’étendait complaisamment sur les coussins de l’une d'elles, ayant à côté de lui deux carabines, dont l’une, remarquable par sa longueur AE
et l'épaisseur de son canon, était un présent que. RAT. . - Capitaine avait fait à Trim. à ne
—Enfin ! les voilà, s'écria Sir Arthur, en prenant une caisse de pistolets et un superbe fusil à deux coups qu’il déposa dans le cabriolet à deux places, qu'il s'était réservé pour lui et Lauriot. En effet c'était Lauriot qui arrivait, accompagné de huit hommes de choix, armés de car:bines et de pistolets.
—Monter dans ma voiture, M, Lauriot ; placez vos hommes dans celle-là, et partons, dit Sir Arthur.
—Allons, vous autres, montez vite ! nous sommes un peu en retard, nous n'avons pas de tempsà perdre, crid Läuriot à ses hommes, tout er prenant soïi siêge à côté de Sir Arthur.
—En route maintenant et fouette cocher.
Le léger cabriolet de Sir Arthur partit au grand trot de son cheval, tandis que la voiture attelée de quatre vigoureux chevaux qui suivait par derrière, ébranlaitle pavé sous le poids £e ses roues.
La distance qui sépare la Nouvelle-Orléans de Carolton fut bientôt franchie.
—Qu'allons-nous faire maintenant, M. Lauriot ? lui dit Sir Arthur, aussitôt qu’ils eurent renvoyé les voitures.
—D'abord, nous allons acheter des sndiniahe et quelques ustensiles, pendant que quelqu'un ira faire préparer une embarcation, et nous traverserons aussitôt que possible,
—C'est bien, M. Lauriot, vous êtes le chef de l'expédition, et nous suivrons tous vos ordres, répondit Sir Arthur. Voici de l'argent pour acheter tout ce qu'il faudra. Je vais aller voir à l'embarcation.
Les emplettes furent bientôt faites, et vingt minutes après, ces douze hommes débarquaient sur la rive
opposée du Mississipi, Jusque là, les difficultés
n'avaient pas élé grandes,mais ici elles commençaient,. Ils ignoraient la route que pouvait avoir pris Cabrera, . quoique tous fussent d'opinion qu’il était probable qu'il avait gagné les prairies. Il pouvait dans ce cas être passé par le bayou Latreille, qui prenait dans les cyprières, à deux lieues plus bas de l'endroit où ils étaient débarqués ; peut-être par le bayou Goglu ; ou bien avait-il poussé plus haut, pour prendre le bayou Tigyon près de la paroisse St. Bernard. Tous ces bayous sortaient des cyprières, qui se trou-
… aient en arrière de la deuxième ou troisième conces- “sion.des terres sur le bord du Mississipi. Il était
éxtrèmement difficile de pouvoir trouver la source de ces bayous à travers les bois et les cyprières, à moins de connaître parfaitement les sentiers qui y conduisaient. Lauriot connaissait assez bien le chemin qui menait au bayou Goglu, qui se trouvait presque en face de l'endroit où ils étaient débarqués, mais il ne connaissait pas les autres bayous. Ces trois bayous aboutissaient bien tous à la baie Baratarià, mais il était de toute nécessité qu'ils sussent au juste, si Cabrera s'était bien embarqué pour les prairies. IL n'était pas impossible qu’il eut monté jusqu'au bayou Lafourche.
Lauriot, ayant communiqué ces éfbxions à Sir Arthur, appela ses gens pour avoir uné consultation. La plupart étaient d’avis de se rendre de suite au bayou Goglu, qui n’était Ps plus d’une lieue de à,
—ÆEt toi, Trim, qu’en penses-tu ? lui demanda Sir Arthur,
—Moué pensé, y étez mieux de diviser nous en deux moqués, moqué pou bayou Latreille, moqué
pou bayou Goglu. Moué conné bayou Latreille ; moué savé y avé piroques là, et au bayou Goglu itou.
C'est bon, je crois que tu as raison, Trim, lui dit Lauriot : tu vas aller au bayou Latreille, et si à tu découvres quelque chose, tu viendras nous chercher, car je ne connais pas ces chemins entre les deux bayous. Si tu ne penses pas que Cabrera soit passé par là, tu viendras nous rejoindre avec les hommes qui vont l’accompagner.
Trim, Tom et quatre hommes partirent pour le bayou Latreille. Ils portaient tous à leur ceinture une paire de pistolets, un Bowie Knife, et une carabine sur l'épaule. Sir Arthur, Lauriot et les autres prirent le sentier qui conduisait au bayou Goglu.
Le soleil était depuis quelque temps descendu sous l'horizon, et les ombres de la nuit commençaient à se répandre sur la campagne. ‘Trim.se mit à la tête de son parti, et le conduisit, en suivant la rive du Mississipi, jusqu’à près d’une lieue plus bas que l'endroit où ils avaient débarqué; de là il prit à travers les champs et alla droit au grand bois. Quand ils arrivèrent au bois, la nuit était tout à fait tombée, et l'obscurité de la forêt était si profonde, qu'ils avaient de la peine à distinguer à deux pieds en avant. ‘frim s'arrêta un instant, jeta un conp d'œil rapide sur les différents arbres qui bordaient Ja lisière de la forêt, et satisfait de son examen, il s'enfonça dans le bois. Il n’y avait ni sentier, ni aucune marque qui semblât pouvoir lui indiquer son
chemin ; cependant il marchait avec rapidité, droit
en avant, sans dévier à droite ni à gauche. Tom le . suivais de près, et les autres étaient obligés de courir, pour ne pas sen éloigner. M gardaient vous un
profond silence. Après une quarantaine de minutes de marche dans la forêt, Trim s'arrêta, prit une allumette chimique, et, la frottant contre la manche de son gilet, l'alluma. {1 fit un feu de branches sèches qui, en quelques instants, jeta une assez vive lumière sur les arbres d’alentour.
—Que veux-tu faire, Trim ? lui demanda Tum.
—Moué voulé trouvé fourche des sentiers ; lui répondit Trim à demi voix, en lui faisant en même temps signe de parler moins-haut.
Trim, après avoir attentivement examiné le terrain, prit un tison et, éteignant les restes du feu avec son pied, fit signe-aux hommes de le suivre. Il marchait en tenant près de terre le bout allumé de son tison. Chacun suivait en silencé, sans trop savoir ce que Trim voulait faire. Ils ne tardèrent pas à arriver à un endroit où le sentier qu'ils avaient suivi depuis quelques instants, s'élargissait tout à coup et se trouvait coupé par dh autre sentier à angle droit. ‘Trim avançait lentement, examinant attentivement toutes les empreintes de souliers et de pieds nus, qui se
trouvaient encore fraîches sur la terre humide.
Après s'être assuré qu'aucune trace récente nie ga:
gnait dans le sentier transversal, il ft signe à Tom
de se baisser, pour examiner deux traces de bôttes, dont l’une était beaucoup plus large que l’autre, venant du nouveau sentier.
—Je vois bien deux traces, mais ce sont celles de deux hommes, il n’y a pas le pied d’une fille là, dit Tom.
—Non, pas fille ; mais vois-ti cti pied là ? y l'été pu pelit que l’autre, pourquoi l’y été plus enfoncé ? L'y portait qué chose, peut-être marnselle Sara ?
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C'est possible, Trim, inais c'est pas sdr ; qu'allonsnous faire ?
—Nous va allé droite à la cabane du vieux Laté ; son la cabane y l’é16 sur bord du ba ju Latreille.
Ce vieux Laté était un pêcheur qui avait fixé sa demeure à l'entrée du bayou Latreille. Il avait toujours quatre à cina pirogues à l’usage des chasseurs et des jeunes gens qui venaient passer quelques jours.en parties de pêche, desquels il était généreuserment payé pour l'hospitalité qu'il leur donnait ou pour les pirogues qu'il leur prêtait. Trim savait bien cela, et c'est ce qui lui causait quelques doutes, à l'égard des marques de bottes qu’il avait découvertes ; elles pouvaient être celles de quelques chasseurs ou pêcheurs, qui auraient récemment visité le vieux Late.
—Nous n’avons pas besoin de tant nous embarrasser de ces empreintes de pieds, dit Tom ; nous n’avons qu'à nous informer du vieux Laté, il nous dira s’il a vu passer par ici un homme et une jeune fille.
—Vieux Laté, pas dire rien, reprit Trim ; lui conné comment gardé son langue, quand payé pou pas parlé !
—Eh bien, nous le payerons pour qu'il parle.
—W histi continua Trim en clignant un œil, vieux Laté fin renard. Lui pas disé si Cabrera l'été passé ; non, moi conné trop ben vieux Laté, lui l'été un contrebandier.
—Dans ce cas, en avant et marchons, nous prendrons d’autres moyens.
Bientôt Trim, qui avait pris le devant et marchait au pas accéléré, s'arrêta pour donner le temps à ceux qui le suivaient d'approcher.
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—Voyez-vous tic’te lumière à travers Le bois ? c'est là été cabane du vieux Laté.
—Voici ce que nous allons faire, dit Tom à voix basse: Trim et moi nous irons droit à la cabane, dans laquelle nous entrerons; vous autres, vous vous placerez de manière à ne laisser personne sortir de la cabane ou en approcher, sans que vous puissiez examiner leurs mouvements.
C'est bon ça, continua Trim, surtout faut li veiller à les pirogues, pou que personne emmené li. Les pirogues li l’été sur bord du bayou, à la porte de la cabane.
Tom et Trim prirent ensemble les devants, marchant avec précaution pour ne pas faire craquer les branches sous leurs pieds ; les quatre autres suivaient à une douzaine de pas par derrière. Quand ils débouchèrent du bois, la cabane n’était qu’à un dérmiarpent, dans une espèce de défriché ; on pouvait la distinguer à la demi-clarté que répandaient les étoi. les, qui brillaient sur un ciel pur et serein.
—Abh! dit Tom,on peut voir ici au ‘moins ; ce n'est pas comme dans ce maudit boïs, où il fallait tâter son chemin pour ne pas se briser la tête sur les arbres.
—Chut! pas parlé si fort! il été bon nous voyé par la fenêtre si y avé beaucoup personne, dedans cabane.
Trim regarda quelques instants par la fenêtre, et après s'être assuré qu'il n’y avait que le vieux Laté et sa femm?, tous deux assis auprès d’un bon feu de Cheminée, il dit à Tom : “ entrons.”
—Bonjour, M. Laté ; bonjour, madame.
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12 vi UNE DE PERDUE
—Boujour, monsieur. Tiens, c'est toi, Trim ! etoù vas-tu donc? Asseyez-vous, monsieur, dit Laté, en présentant un banc à Tom, et montrant à Trim un quartier de bois au coin de la cheminée,
—Nous allons faire un tour à la chasse, monsieur, continua Tom; on dit qu'il y a bien des canards ?
—Mais ovi, pas mal.
— Avez-vous eu beaucoup de visites dernièrement ?
Le vieux Laté jeta un coup d'œil rapide sur Tom
-et Trim et répondit avec assurance :
—Non, nous n'avons eu Rs depuis une dizaine de jours.
—Mais si fait, ajouta la vieille avec cette indiscrétion si particulière au sexe; tu oublies ces deux messieurs qui sont venus ce matin, avec cette jeune...
Le vieux Laté lança à sa femme un regard qui l’arrêta tout court.
La vieille reconnut qu’elle avait fait une bêtise, et
croyant la réparer, elle ajouta :
—Ah ! c'est vrai, c'était la semaine passée !
Tôm regarda Trim, qui lui fit un clin-d’œil.
—Mais, s’il n’est venu personne depuis plusieurs jours, continua Tom, comment se fait-il qu'il y ait tout près de la cabane, des marques de boites encore fraîches ? |
—De bottes ?
—Oui, de bottes! [1 yen avait deux bien distinctes, l’une plus vetite que l’autre.
—Vous me surprenez, répondit le vieux Laté avec une indifférence assez bien jouée ; il faudrait qu'il fut venu quelqu'un pendant que nous étions allé à la pêche, ma femme et moi ; car je vous assure que je n'ai pas vu une âme depuis plus d’une semäine,
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—Quand donc êtes-vous revenu de la pêche ?
—Ce soir tont tard. A propos, vous me faites penser à aller chercher le poisson, que j'ai laissé dans la piroguë ; excusez-moi un instant.
En disant ces mots, le vieux Laté se leva pour
sortir, Trim tisonna le feu dans la cheminée, et y jeta quélques branches sèches. Trim, qui soupçonnait quelque chose dans la sortie du vieux Laté, le suivit
” presqu’aussitôt qu'il fut hors de la cabane. Il remar-
qua qu'il avait pris un bout de planche, qu'il traînait après lui. L'idée vint à Trim que le vieux cherchait à effacer quelque chose, à la manière particulière dont il dirigeait la planche, et rentrant aussitôt" dans
la cabane, il en ressortit avec un tison wilumé. En
deux pas il fut auprès des pirogues ; promenant son tison en l’agitant pour lui faire donner plus de clarté, il put distinguer l'empreinte toute fraîche encore d’un petit soulier de femme.
—Ah! Ah ! M. Laté, dit Tom qui avait suivi Trim, et qui avait aussi remarqué l'empreinte du petit soulier, à côté de celles des bottes, voici les mêmes traces que nous avons vues dans le bois, seulement qu'il y a aussi celles d’une femme ou d’une fille! Pourquoi nous avez vous dit qu'il n'était venu personne ?
Je vous assure que je n’en ai pas vues! et ces traces, je ne les avais pas remarquées,
— Vraiment! allons, pourquoi faire tant de mystère ? est-ce que par hasard vous auriez intérêt à cacher leur visite ? AHons donc ! ne dirait-on pas que ce sont des criminels qui se sauvent, plutôt que d’honnêtes personnes qui s’en vont à la chasse ou à la pêche? Serait-ce même des pirates, ils ne preudraient pas plus de précautions pour se cacher,
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d'amende délais er emlaerarttet ps A rpraptentanenantene eh tr 24 ” subie slt Editialis à
Tom, en prononcant ces dernières paroles d’un ton indifférent, n’en avait pas moins suivi attentivemeut sur la physionomie du vieux Laté, dont la figure était éclairée par le tison allumé que Trim tenait élevé, l'impression de surprise et d'anxiété qu'elles y causèrent.
—Ma foi, je ne sais ce que vous voulez dire“ croyezmoi si vous voulez, mais je vous jure que je n’ai vu aucun étranger depuis plus d’une semaine ; répondit le vieux Laté avec assez d’aplomb.
—Ne jurez pas, M. Laté, ne jurez pas. Sont-ce là toutes vos embarcations ? je n’en vois que trois, je croyais que vous en ayiez quatre ou cinq.
—Qui vous a dit cela ?
—C'est Trim.
—Oui ! j'en avais quatre cette automne, mais j’en ai détruit une qui était trop vieille ; vous en voyez encore les restes là, sur la côte. L
Trim s’approcha et dit quelques mots à l'oreille de Tom, et partit en courant, dans la direction du bois, par où ils étaient venus.
Le vieux Laté suivit quelque temps Trim des yeux, mais ne fit aucune question.
—Vous nous prêterez bien vos embarcations, M. Laté, continua Tom.
—]Impossible !
—Comrrent, impossible ?
—ÆElles sont toutes engagées. Elles sont louées à des messieurs que j'attends demain. :
—Mais nous reviendrons demain.
— Impossible, je vous assure. J'en suis vraiment fâché. Si vous voulez attendre jusqu’après demain matin, vous pourrez en avoir une.
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| —H sera trop tard !
. L -- Trop tard ? et pourquoi ? vous ne pensez pas que
à D tous les canarûs partiront demain ?
à x. —Qu'ils partent ou ne yartent pas, j'ai besoin de
ê | ces embarcations cette nuil mêrne, vous ne me Îles refuserez pas, j'espère ; vous pitt votre prix et je
Z- vous payerai.
u —Je vous ai dit déjà que c'était impossible.
L Oui dà ! Nous verrons....puis élevant la voix’ 3 is R de manière à être entendu par les hommes de police à de
qui s'étaient couchés à plat ventre dans l'herbe, ‘ je
Je vous dis que j'ai besoin de ces embarcations et qu'il ne faut pas que personne les touche avant moi.” | Le vieux Laté ne répondit rien d'abord, il pensa 14 en lui-même aux moyens d'empêcher Tom de s'em- cu ps parer des embarcations sans user de violence, sentant g d’ailleurs qu'il n’était pas en mesure de résister à | Tom, dont la taille annonçait une force non comde Mn mune. Après quelques instants de réflexion, pendant pe lesquels il avait arrangé ses plans pour priver Tom | L de l'usage de ses embarcations, il lui dit avec un ton x ; $
d'assez bonne humeur :
\. | —Eh! bien, monsieur, s’il vous en faut absolument une, nous allons en parler à ma vieille ; et ce qu'elle dira, décidera la question.
— À la bonne heure, M. Laté, j'aime à vous entens à dre parler raison comme ça.
—Vous voyez bien que ce n’est pas par mauvaise !
volonté, Si vous voulez entrer et fumer une pipe |
nt ! auprès du feu, vous pourrez en parler à ma femme.
ain Tenez, emportez cette brochetée de dorade; et je vous suis avec le r@te. *
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En ce moment, la marée, qui se faisait sentir jusque là, baissait depuis quelque temps, faisant un courant assez sensible daus le bayou. Tom n’eut pas plutôt tourné le dos pour regagner la éabane, que le vieux Laté poussa à la hâte chacune des embarcations dans le courant, et ne tarda pas à retourner à sa cabane, où il arriva avant que Tom se fut assis auprès d’un bon feu, qui pétillait dans la cheminée.
Quand le vieux Laté entra, sa physionomie dénotait la satisfaction qu'il éprouvait à la réussie de son stratagème.
— Tiens, ma femme, dit-il, voilà le poisson ; que dis-u si tu nous en faisait cuire quelques-uns, je me sens de l'appétit; peut-être aussi que. monsieur en mangerait ?
—Pas d'objection, répondit Tom.
—AÀ propos, mais où est allé Trim ?
Oh ! pas loin, au bayou Goglu. Y a-til loin d'ici au bayou Goglu ?
—Pas absolument ; à peu près une demie-lieue, pour celui qui connait le raccourci. Mais qu'est-il allé faire au bayou Goglu ?
—Chercher mes compagnons; et si vous n'avez pas d’objection à préparer à souper pour douze personnes, nous serons fort aise de profiter de votre hospitalité, +
—Douze ! Mais vous n'allez pas à la chasse, sûrement ?
Oui, à la chasse ; et à la chasse d'un fameux capard encore !
Le vieux Laté et la vieille échangèrent un regard rapide. e
d'ici
eue, at-il
avez
ouze otre
ûrex Ca-
gard
à de pa Lo Vies di trpit
Pendant que le scupe” se préparait, Tom fumait tranquillement sa pipe, certain que les embarcations étaient en sûreté sors la surveillance de ses hommes ; tandis que de son côté le vieux Laté n’était pas moins sûr que le courant en prendrait soin. Ainsi tous deux restèrent à fumer près de la cheminée.
Trim ne fut pas longtemps à se rendre au- bayou Goglu, où Sir Arthur attendait, avec ses hommes de police, qu’il vint les rejoindre. Ils n'avaient rien vu, à l'exception d’une vieille cabane en ruine, que son propriétaire avait abandonnée depuis longte:1ps. Trim léur eut bientô’ appris le résultat de la visite au bayou Latreille, vers lequel ils se mirent tous en route à la suite du nègre, qui leur servit de guide.
En arrivant au bayou Latreille, Trim ayant remarqué à Lauriot que les hommes, stationnés autour de la cabane du vieux Laté, étaient encore à leur poste, et eatendant la voix de Tom qui chantait une chanson de matelot, ils marchèrent tout droit à la porte et entrèrent sans plus de cérémonie.
—Bonjour le maître et la maîtresse, dit Lauriot, en déposant sa carabine dans un coin auprès de celle de. Tom et de Trim; ce qu'imitèrent ceux qui le suivaient. Ah! M. Tom, je vois que vous nous avez fait préparer un bon souper ; ce n’est pas à dédaigner, surtout quand on n’a pas mangé depuis midi. A propos, quelles nouvelles depuis que Trim vous a quitté ?
—Ma foi rien, si ce n’est que M. Laté a consenti, après bien des difficultés, à nous laisser avoir ses embarcations.
—Trim nous a dit que vous aviez découvert une
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empreinte de soulier de femme, continua Lauriot; n’aimeriez-vous pas à l’examiner, Sir Arthur ?
—QOui ! oui! allons voir.
—Allons, Trim, viens nous éclairer.
Le vieux Laté, qui craignait que le courant n'eut peut-être pas encore entraîné les pirogues assez loin, s’écria :
—AÀ table, à table, messieurs, pendant que c'est chaud ! et où sont donc les autres, vous disiez que vous seriez douze ? |
— [ls sont à la porte, dit Tom, je vais les appeler.
Tom appela les hommes et ils entrèrent tous pour prendre leur souper.
La vieille profita de l'instant de confusion, que l'entrée des nouveaux venus causa dans la cabane pour s'escuiver. :
—Où aïlez-vous donc, messieurs, si ce n’est pas indiscret ? dit le père Laté; vous n’allez sûrement pas à la chasse aux canards avec des carabines ; car, je vois que vous en avez tous des carabinies !
—Cela vous intéresse-t-il beaucoup, père ? répondit Lauriot, en fixant sur lui ses yeux perçants. Tenez, ne faites pas l’ignorant, vous le savez aussi bien que nous.
—Moi !
—Oui, vous !
—Je vous persuade…
Vous ne nous persüaderez pas. Vous en savez plus long que vous ne jugez à propos d’en dire, Il y a des pistes tout autour de votre cabane et vous ne les avez pas vues ; elles sont toutes fraîches et vous avez voulu les effacer de devant votre porte; votre femme a dit qu'il était venu deux hommes et une