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qu'il y avait quelque chose qui n’était pas ordinaire du côté de la forêt.
Pierre de St. Luc fit appeler l’économe, auquel il fit part de ses remarques; lui signifiant en même temps le désir qu'il avait d'aller en sa compagnie examiner ce qui se passait dans les bois. L'idée d'aller seul avec M. de St. Luc, ne souriait pas fort à l'économe ; mais comme il n’y avait pas à reculer, à moins de passer pour un lâche, il accepta. Cependant, il eut la précaution de prévenir les matelots du Zéphyr avec ordre de suivre à distance sous la conduite d’un nègre fidèle qu’il leur donna pour guide.
Après s'être tous deux armés, le capitaine s’élant préalablement excusé auprès des officiers, ils se dirigèrent vers la forêt en faisant un circuit assez considérable. Ils n’eurent aucune difficulté tant qu'ils furent en plein champ; mais quand ils furent arrivés à la lisière du bois, il leur fallut avancer avec la plus grande précaution. Tout semblait aller assez bien. Le capitaine s’arrêta un instant, quand il se crut à peu près vis-à-vis du sentier qui conduisait au bayou chêne, il se trouvait alors justement auprès du grand Sÿtomore.
—Trouxillo, dit-il, je veux aher jusqu’au hereu bleu. É
—Capitaine, c'est une jpradines, répondit l’économe.
—Trouxillo, si vous avez peur, restez ici, j'irai seul.
—Mordiou! peur! moi ? Capitaine vous ne pensez pas ?
—Je ne dis pas que vous avez peur, mais que si vous avez peur...
—(C'est bien, capiinise, } je vous suis.
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Ce petit dialogue, que le capitaine et l’'économe Sa
croyaient n'avoir été entendu que d'eux seuls, avait Æ le ca]
néanmoins été entendu par une dizaine d'oreilles fait p
avides, qui cachées au milieu des ronces autour du EL —1
| grand Sycomore, n’osaient se montrer, de peur d’en- —) pri freindre les ordres positifs que leur avait dannés naître
| Sambo. NH Sais Ils laissèrent donc passer le capitaine et son com- d'un €
pagnon, quoique plus d’un nègre eut mis la main à le cap son poignard pour se venger sur le CRE des ou- toute trages de l’'économe. —M Le capitaine poussa jusqu’au bayou bleu; et, Mai n’ayani rien découvert, s'en revenait vers l’habitztion, bles, t où il se serait sans doute rendu sans accident si un nu, et des chiens ne se fut échappé. Ce chien, prenant la et de v piste de l’économe, arrivait au grand Sycomore au la fur moment où le capitaine y arrivait aussi à son retour Le c du bayou bleu. Le chien ne tarda pas à s'élancer profita sur l’un des déserteurs, qu’il saisit à la jambe. Le ceux € nègre lâcha un cri dé douleur, ei l’économe, qui Mais & reconnut la voix d’un des esclaves, s'élança, le pisto- les au let à la main, pour le faire prisonnier. En un ins tête, st tant vingt têtes se levèrent ; toute retraite fut coupée ; Des tc l’économe déchargea ses deux pistolets et le capitaine jetaien son fusil à deux coups. Mais la partie était inégale ; leurs c l'économe fut bientôt terrassé et garotté. Le capi- à l'hat taine, qui n’avait point encore repris toutes ses forces, de la c L. se défendait néanmoins avec vigueur, quand Sambo. : Un . | arriva. La lune, qui peu à peu s'était élevée au des- fusil e k . sus de la forêt, laissait tomber, à travers la chevelure JR l'attaq ; ; des arbres ses rayons qui jetaient une lumière incer- sait pa: l ne taine sur. scène quise jouait au pied du grand Cepe Sycomore. | D jour ju
put à a a ere A A Be GR opte lala y
Sambo s’élança, avec quelques-uns des siens, sur ‘
ait le capitaine qui, accablé par le nombre, fut bientôt les fait prisonnier. du ‘Mort aux blancs! cria une voix.
en —Mort au tyran ! cria Sambo, qui venait de reconnés naître l’'économe dans le premier prisonnier. M Saisissant une hacne, il s’élança sur l’'économe et DIn- d'en coup lui fendit le crâne. Puis se dirigeant vers n À le capitaine, brandissant au-dessus de sa tête sa hache ou: toute fumante de sang, il hurla :
—Mort aux blancs! | et, Mais, par un de ces revirements presque incroyaion, bles, une dizaine de ses esclaves, qui l'avaient reconun nu, et desquels il devait attendre le plus de cruauté t la et de vengeance, l’entourèrent pour le protéger contre au la fureur de Sambo.
tour Le capitaine, qui avait conservé tout son sang-froid, ñcer profitant de cette disposition, offrit le pardon à tous Le ceux de ses esclaves qui se rangeraient de son côté. qui Mais sa voix fut étouffée par les hurlements de tous isto- les autres nègres qui se précipitèrent, Sambo à leur ins- tête, sur la faible troupe qui défendait le capitaine. bée ; Des torches avaient été promptement allumées et nine jetaient une vive lumière, ne considérant pas que ale ; leurs cris et leurs torches pouvaient donner l'alarme i api- à l'habitation, sinon attirer sur eux toutes les forces | es, de la côte. | nbo. Un autre que Sambo avait entendu les coups de À des- fusil et le cri que lâcha le capitaine au moment de.
l'attaque ; et cet autre, auquel le capitaine ne pensait pas, accourait à son secours.
Cependant, Sambo n'eut pas de peine à se faire jour jusqu’au capitaine, et de Ta main gauche ie sai-
 APR Pen rqeenh ertenene et
sissant aux cheveux il agita sa hache au-dessus de sa tête, se préparant à l’ensevelir dans sa cervelle ; quand tout à coup un cri, comme le rugissement d’un lion, retentit dans la forêt; puis d'un bond, comme le bond d'un tigre qui fond sur sa proie, un homme s’élança sur Sambo et, saisissant sa hache d’une main puissante, lui cria à l'oreille : ‘ Sambo !”
—Trim ! murmura Sambo, en reconnaissant son frère, et baissant la vue malgré lui sous le feu de sa |: prunelle ardente.
| —Trim ! répétèrent presque d’une voix tous les | esclaves du capitaine.
—Mes amis! cria Trim, qu'avez-vous fait, que voulez-vous faire ? vous êtes tous perdus. Rendezvous, ou vous êtes tous morts ; les milices de la Nouvelle-Orléans sont arrivées.
—Pardon à tous ceux qui mettront bas les armes, répéta le capitaine, s’ils n’ont pas versé de sang.
Il y eut un moment de silence, pendant lequel AE
Tri, se penchant à l'oreille de Sambo, lui dit: DR lc
# Sauves-toi ; tu as tué, il n’y a pas de pardon pour dem
toi 1” resté
k En ce moment arrivaient les matelots du Zéphyr; Li
l et, à quelque distance en arrière, on entendait reten: pren
! tir la plaine sous la chûte cadencée des pas des mili: aux
| ces, qui s’avançaient au pas accéléré, | sise
k Sambo, abandonnant sa hache aux mains de Trim, Ai
(s se retourna vers ceux qui l'avaient accompagnés des
| depuis l’île perdue, et saisissant une carabine il leur | Lou l | cria : En avant ! suivez-:moi. Mourons libres plutôt faite fi que de Vivre esclaves ! ” D dl
: re 11 alluma alors. une fusée bleue, qu'il lança dans Æ ‘st
l fe les airs, C'était le signal aux colonnes qu'il avait | (4 S.
” laissées en arrière, de se presser en avant. Il suivit
un instant de l'œil la fusée qui s'éleva en droite ligne au-dessus de la forêt, et éclata dans les airs en faisant une forte détonation.
—Maintenant, marchons ! Et il se précipita aveuglement sur la compagnie des Zéphyrs qui accouraient au secours de leur capitaine. |
À ia première décharge, Sambo tomba {:appé d’une ‘ balle au cœur ; deux des siens furent blessés, et le reste tourna le dos, jetant le désordre parmi les colonnes de nègres, qui se hâtaient d'arriver, et les entraînèrent dans leur fuite.
Tous les esclaves du capitaine Pierre, qui étaient restés près de lui, hésitant sur ce qu'ils devaient faire, se jetèrent à ses genoux, pour implorer son pardon, aussitôt qu'ils virent la fuite des compagnons de Sambo.
—Retournez tous chacun dans vos cases, leur dit le capitaine, je ne connais aucun d’entre vous et demain, je ne saurai distinguer entre ceux qui sont restés fidèles et ceux qui s'étaient révoltés. |
Les nègres du capitaine ne se firent pas prier, puis prenant un détour dans le bois pour ne pas tomber aux mains des patrouilles, ils se rendirent à leurs cases. Les autres se dispersèrent.
Ainsi se termina, sans plus d’effusion de sang, une des plus menaçantes insurrections qu'’ait vues la Louisiane. Les nombreuses arrestations qui furent faites, sur plusieurs points de l’État, firent voir avec quelle vigueur la trame avait été ourdie et quelles vastes ramifications elle avait.
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