CHAPITRE XXX
RÉVOL x DES ESCLAVES.
Il se passait, en effet, à la paroisse Èt. Charles, des choses qui commençaient à prendre une tournure sérieuse. Les planteurs qui, dans les commencements, avai: nt traité la découverte avec indifférence, ne fureut pas lcagtemps à s’apercevoir, aux proportions menaçantes que prenaient les désertions parmi les nègres, que le danger était grand et imminent.
Deux magasins avaient été enfoncés durant la nuit. Cinquante fusils, plusieurs barils de poudre, une quantité de haches et de faulx avaient été enlevés. La nouvelle s’en répandit avec la rapidité de l'éclair, et l’alarme devint générale.
Pour première mesure de sûreté, les femmes et les
. enfants furent expédiés à la Nouvelle-Orléans, où des
exprès furent envoyés pour demander du secours,
pendant que tous les esclaves suspects furent mis
aux fers et enfermés dans les sucreries, aux portes desquelles des gardes furent placés.
Une assemblée des habitants de la côte fut immédiatement convoquée, pour délibérer sur ce qu'il y avait à faire, dans les circonstances alarmantes où ils
‘8e trouvaient. Il fut décidé de diviser en patrouille
de vingt personnes, tous ceux qui étaient en état de porter les armes. Toutes ces petites compagnies, organisées à la hâte, devaient agir séparément, mais obéissant néanmoins toutes à un chef commun qui dirigeait les opérations.
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Dans la seule paroisse de St. Charles, d'après le relevé qui fut fait dags chaque habitation, il se-trouva qu'il manquait cinq cents esclaves! Trente-cinq étaient partis de l’habitation du capitaine Pierre. Ce 1 nombre était formidable et les probabilités étaient que LE les nègres révoltés pouvaient se trouver au nombre
les de près d'un mille. Le secret avait été si bien tenu, É re À que ce n’était que ue la veille que le complot avait ce- été découvert ; et encore ignorait-on le lieu du rence, dez-vous des nègres et le temps où ils commencere raient leur œuvre de pillage et de désolation. Toute la mi jeunesse créole était allègrement accourue s’enrôler Le dans les patrouilles, et caracollait sur ses chevaux, uit. en attendant le moment où l’ordre leur serait donné une . d'aller attaquer l'ennemi. Les paroisses voisines vés. avaient été averties dès le matin, et les mesurés les air, plus promptes avaient été prises partout.
Plusieurs patrouilles furent envoyées dans les les À bois, et le long du fleuve ; des partis à pied parcoudes EE rurent les cyprières. Toutes les recherches furent urs, inutiles, on ne put trouver aucun indice qui indimis quâi le lieu du rendez-vous des nègres ; quoique parrtes tout dans les bois on eut découvert des traces évi-
dentes de leur passage.
Vers les cinq heures de l'après-midi, lorsque toutes | les patrouilles eurent fait leur rapport, l'opinion la il plus générale fut que leur rendez-vous devait être 0 quelque part derrière l'habitation de feu M. Meu- | nier. Cette opinion fut bientôt confirmée par le rapport d'un parti de chasseurs, qui avait découvert à une dizaine de vieux fusils soigneusement cachés au 4 pied du Grand Chêne Vert, dont nous connaîtrons 4 bientôt la situation. a |
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| ÿ A8 56 UNE DE PERDUË
| ‘ Il fut proposé de faire une battue générale dans
| | les bois en arrière de l'habitation de feu M. Meunier, à HE | maintenant la propriété du capitaine Pierre. Mais ke ‘TE comme la nuit s'avançait rapidement, on craignit de b 418 s'aventurer dans les cyprières où il était si difficile 4 . DE À d'éviter de tomber dans les embuscades que les p ! nègres pourraient leur tendre. Il fut résolu qu'on | <. Î demeurerait sous les armes pendant toute la nuit, ü
plaçant des gardes à chaque plantation, et conservant p
quelques patrouilles à cheval, dont le devoir serait G | de parcourir la paroisse d’un bout à l’autre, en sui- ps
vant autant que possible la lisière des bois. :
Aussitôt que la nouvelle fut arrivée à la Nouvelle-
Orléans de l'insurrection des nègres sur la rive qi | gauche du fleuve, le gouverneur donna les ordres u de | pour faire partir immédiatement deux compagnies | de | Re du corps dés carabiniers, et trois compagnies du tr
régiment louisianais. A da
Le capitaine Pierre, informé par un émissaire que pu
lui avait expédié l'économe, de ce qui se passait sur . son habitation de la paroisse St. Charles, fit à la hâte de - ses préparatifs ; il alla choisir cinquante des meilleurs tel
matelots du Zéphyr et s'embarqua avec eux à bord sa l du vapeur, que le gouverneur expédiait avec les At milices. Il aurait bien voulu avoir Trim avec lui ; : ( he: mais comme il n’était pas encore arrivé, il avait lais- dd | à sé l'ordre de le faire partir aussitôt qu'il serait de 1 à ( retour, | D 1 ul Pendant que ce secours se rendait à la paroisse St. vé ( oo; Charles, nous profiterons de ce temps pour dire un 2 ses motde l'organisation de la révolte. TT l'E Elle avait pour chef un nègre du nom de Sambo, À m«
- :: frère de T:im, qui, avec deux compagnons, s'était cu
nn in MER 2 A MR PET Lee:
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enfui de chez son maitre M. Meunier. Après avoir :
L erré pendant quelque temps dans les prairies flot-
d tantes, ils avaient fini par trouver un asile sur les | e bords de la rivière Sabine, sur le territoire mexicain. f le De temps en temps ils faisaient des excursions qu'ils à OS " poussaient jusqu'aux Atacapas, recrutant À chaque Es te voyage quelques nègres marrons. Au bout de quel-
1, ques mois, Sambo et une dizaine de ses compagnons
# partirent pour aller faire une visite à l’habitation St,
Al Charles, où il avait une vengeance à assouvir. Ils y
si arrivèrent durant la nuit, sans avoir été découverts, ,
et mirent le feu à la sucrerie.
e- L’économe et quelques-uns des planteurs voisins,
e | qu'avait attirés l'incendie, se mirent à la poursuite
es | de Sambo et de ses compagnons qui se réfugièrent
fs | dans les bois. L'économe s'étant imprudemment
Lu trop approché des nègres marrons, reçut une balle
dans le bras, dont il fut obligé de se faire faire l’amputation quelques jours après.
Pendant près d’une année, Sambo continua à demeurer sur les bords de la Sabine, cultivant !a terre avec ses compagnons, dont le nombre grossissait tous les jours, et faisant souvent des visites aux Atacäpas ainsi qu'aux Oppelousas.
Quand il vit que le nombre de ses compagnons th avait atteint le chiffre de cent, il pensa sérieusement 14 à faire révolter tous les nègres de la Louisiane contre | leurs maîtres. Du moment qu'il eut résolu de tra- L. vailler à l'émancipation de ses frères, il fit part de ses plans à ses compagnons qu'il assembla à cet effet. Tous ses projets furent vivement approuvés. De ce moment tout fut mis en œuvre pour hâter l’exécu- où | cution de son entreprise. 11 envoya des nègres dans Je
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toutes les paroisses du sud du Mississipi, qui s’introduisaient la nuit dans les habitations où les esclaves | les cachaient dans leurs cases. Mais l’œuvre était b À | difficile et dangereuse, et plusieurs années se pas- \45 sèrent avant qu'ils eussent pu parvenir à infuser HE! dans l'esprit des nègres cet esprit d'indépendance qui | fait mépriser la mort pour obtenir la liberté.
Hs | Enfin, à force de persévérance, Sambo avait tout
préparé, et le moment de frapper le coup décisif était arrivé. Il avait décidé de commencer à la re paroisse St. Charles, et la torche de l'incendie, qu’il de allait allumer à l’ancienne habitation de ses maîtres, do devait être le signal d’un soulèvement général le | | iong du fleuve. É ve | Sambo commandait à tous les nègres révoltés, vis | dont le nombre se montait à près de huit cents ; tous | de | hommes forts, robustes et animés des sentiments les se plus invétérés de haine et de vengeance contre les | la fi blancs. leu Pitre, un des anciens compagnons de fuite de k soi | . Sambo, avait été expédié, avec un parti, au bayou der Lafourche, pour y seconder le soulèvement qui 1 À devait se faire la même nuit, « par ll Le rendez-vous général des nègres était à l’lle À ma fe perdue. Ce rendez-vous avait été judicieusement P con choisi. Ceux qui en connaissaient les approches, nar ( pouvaient y arriver et du côté de la mer et du côté vai | de la terre, en même-temps qu'elle offrait une sûre en | retraite. Du haut des bananiers, on pouvait voir au san loin dans les prairies, ce qui aurait donné le temps | loir 4 . de se retirer au cas où il y durait eu danger. Toute ! enl Là | surprise était impossible, excepté qu'ils eussent été ils ! LL dans la plus coupable n égligence ; maïs sur ce point de |
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Sambo n'était pas homme à se trouver en défaut. Il y avait toujours un homme en sentinelle sur l'arbre le plus élevé de l’île,
Depuis une semaine, tous les nègres brélätent d'impatience d'aller attaquer les habitations. Tout était prêt, les armes, les provisions, les émbarcations.
On n’attendait plus que le jour qui avait été fixé au quatre novembre.
Le trois, Sambo envoya quinze nègres, en éclaireurs, qui devaient s'approcher autant que possible des habitations avec stricte injonction de ne pas donner la moindre alarme.
Les nègres, que Sambo avait envoyés à la découverte, exécutèrent les ordres qu'ils avaient reçus. Ils visitèrent durant la nuit un grand nombre de casés de nègres, desquels ils apprirent que les blancs ne se doutaient pas de l'attaque. Après avoir parcouru la plupart des principales plantations, et avoir averti leurs complices de se tenir prêts pour le lendemain soir, ils s’en retournèrent au bayou bleu, où Sambo devait se rendre.
Tout allait à merveille pour les nègres, et une partie de la Louisiane fut sans doute tombée en leurs mains, si ces quinze émissaires de Sambo se fussent contentés d'exécuter ses ordres. Mais en s’en retournant ils passèrent auprès d’un magasin, où ils savaient qu'il y avait des armes. Ils l’enfoncèrent et en eulevèrent tout ce qui leur tomba sous la main, sans qu’ils eussent été aperçus. Une demi-lieue plus loin, ils défoncèrent encore un autre magasin et en enlevèrent les armes et autres choses ; mais cette fois ils furent découverts ; et quoiqu’ils eussent le tem de gagner les bois, l'alarme fut bienti donnée. 1Ils
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prépare | 60 UNE DE PERDUE {1 | | se rendirent à l'embouchure du bayou bleu, et là D 4: | attendirent l’arrivée de Sambo, qui, vers les quatre sal 14 heures du soir, fit son apparition, suivi de tout son fut 14 tes monde. | ne 414 C'était une chose curieuse et en même temps for- C'é l midable, que de voir tous ces’ nègres débarquant de bit | leurs pirogues, armés de Bowie knives et de pisto- | ; Î lets à leurs ceintures de cuir, et portant gauchement % sur leurs épaules de longs mousquets espagnols. ss Sambo, en apprenant que ceux qu'il avait expédiés né la nuit précédente avaient été découverts, entra dans une grande fureur, qu’il sut néanmoins contenir, se I promettant bien de les punir sévèrement plus tard sue de leur désobéissance. Il sentit que cette impru- ? S | dence de leur part pouvait compromettre le succès À que | | de l’entreprise, et il résolut de-ne faire aucun mou- élai | vement ce soir là, préférant ne commencer son arr œuvre de vengeance et de désolation qu'après le cra milieu de la nuit. Il fit immédiatement préparer à pen souper pour ses gens, après quoi il donna l’ordre de soir se coucher. [1 ne leur fallait pas de grands prépa- ser - ratifs à cet effet, dix minutes après tout le monde * . dl dormait, bleu Vers les dix heures de la nuit, Sambo, après avoir pas | fait placer des sentinelles dans tous les lieux par où brui } il pouvait craindre une surprise, choisit une ving- gen: | laine de ses meilleurs hommes et partit avec eux, L d'u (l pour aller voir par lui-même ce qui se passait aux À lanc f habitations. Quand il fut arrivé à la source du bass j bayou Hleu, il laissa dix hommes à la garde des | escli à pirogues et après être convenu avec eux de certains | initi 1 signaux, il poussa droit vers un grand Sycomore qui 1 E l se trouvait sur le bord du bayou-rêne, à peu de la m LE } ” BE L |
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distance des premiers défrichements. Il sy rendit sans que rien sut retardé sa marche ; maïs quand il fut rendu là, il entendit comme un grand bourdonnement que la brise apportait des bords du Mississipi. C'était l’arrivée des milices, qui débarquaient à l’habitation de Pierre de St. Luc.
Au.bôut d’un quart d'heure, ce bourdonnement s'était peu à peu calmé, mais malgré toute son attention, Sambo ne distinguait plus rien que le murmure ordinaire de l'habitation durant la nuit.
Les milices avaient été casernées dans l'immense sucrerie et autres bâtiments de l’habitation.
Sambo savait qne l’alarme avait été donnée, et que les planteurs étaient sur leurs gardes, mais il était loin de se douter du renfort qui venait de leur arriver. Il n’osa pas avancer plus loin, dans la crainte que les chiens ne donnassent l'éveil ; il avait pensé que ce grand bruit n’était que les adieux du soir que les planteurs s'étaient donnés, avant d’aller se reposer pour la nuit de l’alerte de la journée.
11 donna sans bruit l'ordre de retourner au bayou bleu. Mais au moment de partir il entendit des pas vers la direction du chêne vert. Il écouta. Le bruit semblait augmenter. 11 fit coucher tous ses gens dans l'herbe. Peu de temps après une troupe, d'une cinquantaine de nègres, passait à quelque dislance dû grand Sycomore. Ils parlaient à voix basse. Sambo reconnut la voix de quelques-uns des esclaves de l'habitation St. Charles, qu'il savait être initiés à la révolte.
En effet c’était les nègres qui étaient désertés dans la matinée, de l'habitation et qui, après s'ètre recru-
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tés des nègres marrons ‘des plantations voisines, se rendaient au bayou bleu.
Ils eurent bientôt fraternisé.
Sambo, voyant son parti inopinément renforcé de cinquante hommes nardis et déterminés, résolut de les laisser au grand Sycomore, avec la formelle injonction d'éviter de se faire voir, au cas où quelque patrouille viendrait de leur côté. 11 partit seul pour le bayou bleu.
Quand il arriva, tout était dans le plus profond silence. Le mugissement sourd des joncs, qu'agitait la brise, se mêlait et couvrait le ronflement solennel de sept cents nègres plongés dans un léthargique sommeil. Tout dormait ; les soldats au repos, comme les senrinelles en faction ! Sambo ne put s'empêcher de remarquer combien peu il pouvait compter sur la vigilence de gens qui n’avaient aucune discipline.
Cependant comme il savait, qu’au moment de l’action, il pouvait se reposer sur leur courage, il n'osa témoigner son mécontentement autrement que par quelques reproches qu’il fit aux chefs.
I pouvait êlre onze heures de la nuit. Tous les nègres furent bientôt sur pied, Sambo les fit former en compagnies de vingt, ayant chacun leur chef, après quoi il fit distribuer des provisions froides et un verre de rum à chacun. Sambo était inquiet; il bésita même un instant, et eut envie de remettre l'attaque à un jour ultérieur ; mais quand il réfléchit que dans toutes les habitations les nègres s'attendaient à un soulèvement cette nuit même, il sentit que les choses étaient trop av.ncées pour qu'il lui fut permis de reculer.
—Le sort en est jeté, dit-il en se dirigeant vers un
ils av:
qui sé décha grand siflen
groupe qui s'était assis près des pirogues : Allons, mes amis, nous avons assez attendu ; il est temps de partir,
Et toute cette foule sombre et sinistre se leva sans bruit, et, s'étant divisée sous la conduite de leurs chefs respectifs, s'embarqua dans les pirogues. Une à une les pirogues poussèrent au large, et, comme un long serpent, elles glissèrent silencieusement sur le bayou bleu ; la tête touchant bientôt au lieu du débarquement, que les anneaux de sa gigantesque queue ondulaient encore au loin sur les eaux.
Sambo fut le premier à sauter à terre ; à mesure que les nègres débarquaient, il veillait lui:même à ce qu'ils fussent immédiatement formés en escouades régulières, les faisant de suite défiler vers le grand Sycomore.,dont chacun des chefs connaissait parfaitement la situation. La nuit était calme ; la brise qui
s'était levée au coucher du soleil s'était peu à pew
perdue en un léger zéphyr, qui soulevait à peine les feuilles de la forêt de son soufile tiède et humide. Ces nègres accoutumés à la vie des bois se mouvaient à travers les cyprières, sans s'arrêter un instant pour chercher leur route. Pas un mot ne se. faisait entendre, pas le moindre bruit pour rompre le silence
de la nuit. On eut dit une troupe de sept cents
Faunes, parcourant silencieusement les domaines soumis à leur surveillance.
Sambo s'était placé à la tête de la colonne. Déjà ils avaient franchi plus des trois quarts de la distance
qui sépare le bayou chêne, quand tout à coup une décharge de fusil se fit entendre dans la direction du grand Sycomore. Sambo fit aussitôt entendre le siflement d’un serpent, et ce signal, répêté par cha-
L ; oP ARE M LS D CE D ARR QU M Héranrepeem net d dr 4e) TA ù n NE 1h PARA Li Fr
né eser hits corner né sa rap hier mure Darren étr . prete # ï LA mere en ent Dee 9 . LUE l'en 4 AN à ! v', }
cun des chefs jusqu'au bout de la colonne, les ame: na sur le champ à une halte. Après avoir donné | quelques ordres à voix basse à l’un des chefs, il prit BE! avec lui la première compagnie et se porta en avant, ph! vivement mais sans bruit. : ( Quand il arriva, il vit un homme qui se défendait | vigoureusement contre cinq à six nègres; un peu | eu plus loin, il en vit un autre qui était prisonnier, et qu'on avait garotté.
Voici ce qui était survenu :
Pierre de St. Luc, auprès de l'habitation duquel
les milices étaient débarquées, voulant faire les hon-
neurs de sa maison aux officiers, les avait invités à
| un réveillon qu'il fit préparer à la hâte. Tout ce
| | que la cour et la basse-cour offraient de ressources | fut mis à contribution.
Il avait été décidé, comme nous l’avons déjà dit,
d'attendre au lendemain pour faire une battue géné-
| rale dans les bois; et les officiers, qui ne deman-
Î : daient pas mieux, se livraient en attendant à la dégustation des vins de l’économe.
Cependant le capitaine Pierre, ayant eu l’occasion de sortir un instant, remarqua que les chiens paraissaient singulièrement agités ; humant l'air, courant dans tous les sens, et faisant entendre un sourd hurlement. D'abord il crut que l’arrivée des milices pouvait avoir causé cette agitation chez les chiens, : mais il ne tarda pas à s’apercevoir qu'il y avait autre | chose ; les chiens allaient en dehors des cours du ; côté du bois; humaient l'air dans cette direction,
écoutaient, puis revenaient en courant vers la mai: ! son, comme s'ils eussent voulu donner à entendre ;