‹ Une de perdue, deux de trouvée [microforme]Chapitre 20 sur 72 · oo · texte numérisé non relu

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—Ma boune Marie, dit le capitaine en souriant, tu ne vaux pas $#1200 non plus. Voyons ce que l'on t'a estimée. Ah! ou ne t'a estimée que $#150, ma bonne vieille ; ainsi, pour toi, au lieu de $100 qu'il faut à Pompée pour racheter chacune de ses douze heures majeures, il ne te faudra à toi que douze piastres et demie. Tu vois que tu pourras racheter ton temps aussi vite que lui, avec tes deux escalins par dimanche; car deux escalins te feront, au bout de l’année, douxe piastres et demie.

—[l en sera ainsi à peu près pour tous vous autres ; car l'estimation de chacun est en raison du montant d'ouvrage qu’il peut faire par jour. Oui, mesenfants, au bout de cinq ans, à compter de ce jour, vous pouvez tous être libres, pouvu que vous travailliez bien, et surtout que vous vous comportiez bien,

— Mais, dans cinq ans je serai morte !

—d'espère bien que non; dans tous les cas, tu

pourras donner à qui tu voudras l’argent que tu aurais gagné.

La vieille Marie se mit à pleurer de joie ; ét tous ces nègres qui, sans comprendre exactement encore la portée des explications et des calculs de leur maître, entrevoyaient une perspective plus ou moins prochaine de liberté, se jetèrent à genoux pour remercier leur maître. La scène qui s’ensuivit, l’expression à la fois grotesque et délirante de,bonheur qui animait toutes ces figures d'êtres, tout à l'heure écrasés sous le joug d’une perpétuelle servitude, et maintenant relevés à la hautsur de l'homme par la

perspective de la liberté, fit sur Sir Arthur et sa fille :

une impression qu'ils eurent de la peine à maîtriser, Le prie rit était ému. Il appela l'économe tee

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de lui et le chargea de leur expliquer de nouveau ce qu'il venait de leur dire et de tâcher de leur faire comprendre.

Parmi les esclaves, il y en avaient cinq à six qui s'étaient tenus à l’écart, ne partageant pas l'enthousiasme général; parmi eux on remarquait le père Tobie.

—Pensez-vous, dit un des planteurs au capitaine, que votre plan réussira ?

—Pourquoi pas ?

D'abord, parceque les nègres sont défiants, ils ne voudront pas donner leur argent dans la crainte d’être trompés ; ensuite, ils ne voudront pas travailler pour gagner une liberté qu’il leur semblera impossible de réaliser, ils sont trop paresseux ; il n'y a que le fouet qui puisse les faire travailler. |

—Mais n'avez-vous pas vu leur enthousiasme ?

combien ils avaient l'air heureux!

—Oui, oui! tout cela c'est bon pour un moment, mais quand il leur faudra payer, vous verrez. Quant à moi, je ne demande pas mieux que de les voir refuser de gagner leur liberté; car si vos calculs sont corrects, et ils me paraissent assez raisonnables, sauf les dépenses de nourriture que vous n'avez pas pris en compte, il ne me parait pas juste que cinq ans de travail partiel puissent leur gagnér leur liberté,quand

nous avons droit à les garder toute leur vie. Si nous adoptions votre plan, qu'arriverait-il, en supposant que Jes nègres voulussent en profiter? Au bout d’une dizaine d’années il n’y aurait plus d'esclaves dans la Louisiane. Bel état de choses, vraiment!

teraient en friche ; fl 7 aurait plus de culture pos-

Une classe de paresseux, de voleurs! Les terres res- ]

sible. Nous serions tous ruinés. Vous, Mr. de St. Luc, vous êtes riche, vous désirez affranchir vos esclaves, c’est bien ; nous n'avons rien à dire. Vous espérez le faire, en tâchant d’in‘éresser les esclaves à leur rachat; ce. serait encore mieux si vous pouviez y réussir, mais je ne le crois pas.

—Qui, c'est vrai, dirent à la fois plusieurs des planteurs, les nègres ne voudront "as travailler et donner leur argent., Ils voudraiez .a liberté ; mais comme don, et non comme le fruit de leur travail ; et c'est bien heureux, car si votre plan réussissait et

que nous l’adoptassions, tous les nègres seraient

libres avant dix ans et l'Etat serait ruiné.

—Permettez-moi, mes amis, de laisser au temps à décider si les esclaves voudront travailler à leur rachat ; quant à la crainte que vous manifestez de voir le pays ruiné et nos terres en friche, si les nègres obtiennent une fois leur liberté, je crois qu'elle est exagérée. Par de sages et justes lois de police, les nègres seront obligés de travailler, comme les serviteurs blancs sont obligés de le faire dans les autres pays. Sir Arthur,qui revient des Antilles anglaises,où deux ans d'observations l’ont mis à même d'apprécier l'effet du Bill d'émancipation et &u système d'apprentissage qui y est mis en opération, pourra vous dire ce qu’il en pense. Qu'en dites-vous, Sir Arthur ? —Les craintes des plus affreux résultats de l’émancipation des noirs dans les possessions anglaises, répondit Sir Arthur, avaient engagé plusieurs des planteurs des Iles à s’expatrier; d'autres avaient envoyé en Angleterre leurs femmes et leurs enfants. Ceux qui restèrent ou du moins la plus grande partie offraient en vente leurs plantations pour presque

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rien. Ils ne trouvaient pas d'acheteurs. L'idée générale était que les nègres, une fois libres, ne voudraient plus travailler. Cette idée, fondée sur l’expérience de la parésse naturelle de l’esclave, qui ne travaille que sous la surveillance du commandeur et la crainte du fouet, paraissait correcte et sans réplique. Mais on ne faisait pas la réflexion qu’en traitant l’esclave comme une brute on le rendait semblable à la brüte; il était assuré de son pain et de son vêtement, quel intérêt avait-il à travailler ? Aucun ; il n'en rétirait aucun profit. La peur de la punition seule pouvait, comme elle était la seule, qui dût le faire travailler. Quel est le blanc qui travaillerait, s’il ne devait pas retirer un profit de son travail? Si l’on compare le travail des esclaves avec l'ouvrage que font les ouvriers, les journaliers et les artisans de l’Europe, l’on verra que ces derniers travaillent bien plus, plus longtemps et bien mieux ; et souvent pour un salaire qui suffit à peine à leur entretien et celui de leur famille.

Plusieurs des habitants des Iles, néanmoins, qui avaient eu occasion d'employer à gages des noirs libres, préféraient les employer que de se servir d'esclaves; d'autrés, qui avaient employé des noirs libres à la pièce ou à l’entreprise, s'étaient aperçu que, de cette manière, ils obtenaient plus d'ouvrage

et faisaient plus de profit, qu'ils n’eussent pu en faire avec un nombre plus grand d’esclaves. Aussi ces:

personnes, profitant de la panique, achetèrent:ils à

“vil prix de superbes plantations, qu'ils exploitèrent

par des nègres à gages ; et ils firent des fortunes. La première année, néanmoins, au temps de la rou-

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laison, plusieurs nègres refusèrent de s'engager; ce :

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de l'exécution de votre mode d'émancipation, sera,

n'était pas tant par paresse que parcequ'ils savaient que les planteurs seraient forcés de leur donner un plus haut prix, et ils l'obtinrent. La seconde année, on adopta le système de faire travailler à l’entreprise ét à la part, c’est-à-dire que l’on accordait au nègre une quantité de sucre proportionnelle à la quantité d’arpents de canne qu'il avait cultivés: et la récolte de l’année fut presque le double de ce qu’elle avait été la précédente année. On a attribué à la paresse et à l’indolence des nègres l’effroyable diminution de la récolte qui suivit les premiers essais de l’émancipation ; c'était une erreur, car les mêmes plantations qui furent travaillées avec un moindre nombre de nègres, produisirent de plus grandes récoltes qu'elles n’en avaient jamais produit avant. La di. minution dans le total de la récolte doit être attri- : buée à l'état de désorganisation complète, et à l'abandon d'un grand nombre de plantations par leurs propriétaires. .

On commence maintenant à s'apercevoir aux An. tilles que le planteur peut exploiter ‘une plantation, avec plus de profit pour lui et avec plus de satisfaction pour les noirs, en intéressant les travailleurs dans le produit de la récolte, que par le système de l'esclavage.

Les planteurs ne uneasist pas partager l'opinion de Sir Arthur.

Quand ils furent she: Sir Arthur dit au capilaine :

—Courage, vous faites une belle et bonne action ; mais je crains bien que vous ne trouviez pas beaucoup d'imitateurs à la Louisiane. La facilité même

Polars. 52 VRAIES (UT RUS Al CRAN VO TT AT Ay FAREMIAEES Up er PL AOYENNS RC r A A A ed ae aq

108 UNE DE PERDUE pour eux, justement le plus grand. obstacle à son

adoption. Ces plänteurs ne savent pas ce qu'ils préparent de pers et de misères à leurs enfants!

CHAPJYTRE XXXIV,

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