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Y 2 K 2 % % “ D) bé > d hotographi . P ; IC EET ? Sciences 2HHREE Corporation
On plaça les gages dans un sac, Hermine, mettant la main au fond, dit d’un grand sérieux ‘ gage touché, gage tiré, celui à qui appartiendra le gage fera ce que Mademoiselle Gosford ordonnera,” et elle tira un canif.
—J'ordonne que celui à qui appartiendra le gage écrive un couplet dans l’album de Mademoiselle Asile, continua Miss Clarisse.
—C'est à M. de St. Luc.
—Deux couplets ; il y a deux gages, crièrent plusieurs personnes.
—ÆEh bien ! deux couplels pour les deux gages, reprit Clarisse.
—AÀ une condition, dit St. Luc.
—Laquelle ? laquelle ?
. C'est que Mademoiselle Asile les chantera.
—Oui, oui, répéta-t-on de tous côtés.
‘St, Luc prit une plume, se recueillit quelques instants, pendant que, pour ne pas leldistraire, toutes les jeunes filles suivirent Madame de St. Dizier dans les appartements voisins, où l’on avait servi le café avec des gâteaux.
Quelques minutes après, Stk Luc avait terminé tant bien que mal ses deux couplets et rentra dans la chambre à dîner où on lui servit une tasse de café,
—J'en avais besoin, dit-il, après qu’il l’eut bu, il y a longtemps que je n'ai accompli une aussi rude tâche ; vous né me prendrez pas de sitôt à jouer aü vendeur de plomb, Mademoiselle Hermine.
Voyons les couplets, dit Clarisse, 1
—[1 faut qu'Asile les chante. Oui, oui ! il ton À
: qu’Asile les chante, répétèrent les jeunes filles
DEUX DE TROUVÉES. br
tant —Maissur quel air ? demanda Asile en s'adressant tou : à M. de St. Luc et baïissant la vue, après avoir lu les fera # vers.
elle : —Essayez sur l'air de “ Mon âme à Dieu, mon ET cœur à toi.” gage | Asile fit signe à sa sœur 2e s'approcher d'elle et de Asile, jouer l'accompagnement ; et elle chanta d'une voix émue :
. Mon âme inquiète est troublée,
t plu- | Craint et désire, tour à tour, Que l’ardeur, dont elle est comblée, Soit l'amitié plus que l'amour.
ages EH , Je m'interroge en vain, j'ignore
? Si mon cœur t'aime ou s’il t'adore]
Dis-moi, Asile, ob! par pitié ! bi Est-ce l'amour, (bis) ou l'amitié ? } d
Quand tu chantes, ta voix si tendre Agite mes sens tout émus ;
En t'écoutant, je crois entendre L'écho des concerts des élus.
elques Cesses-tu, mon âme ravie
Nage encore dans l'harmonie !
toutes Dis-moi, Asile, oh ! par pitié ! bi rdans : Est-ce l'amour (bis) ou l'amitié ? } ” A ecalé à
—Encore, encore, crièrent plusieurs jeunes filles. Asile, dont la voix tremblait en commençant,
rminé | s'était rassurée peu à peu ; elle se remit gracieusement adans | au piano et recommença le premier couplet. Sa voix . e café, | admirable, d’un timbre ravissant, d'une flexibilité u,ily et d'une justesse parfaites, donnait aux paroles du i rude ! couplet une si profonde expression d'anxiété que
Clarisse fut obligée de passer dans la chambre voisine pour ne pas laisser voir des pleurs qui lui perlaisnt , Aux paupières, et l'émotion qui la dominait. - ’ … Personne n’avait fait attention à ce petit incident, | et quelques minutes après, Clarisse revenait, sou-
PORN AE E "4
Vis
9e gr FE ja
riante, reprendre sa place sur le sofa auprès de
Madame de St. Dizier.
Comment trouvez-vous ces couplets, Mademoi-
selle Gosford ? demanda H. de L......, ; votre débiteur a bien racheté ses gages et payé généreusement ses dettes, n'est-ce pas ?
—Très-bien, très-bien ! répondit Clarisse, en s'ef-
forçant de donner à sa voix une assurance qu'elle *
n'avait pas. La pauvre enfant se sentait le cœur gros ; elle eut donné tout au monde pour qu'on ne l’eut pas interpellée. Mais avec cette force de volonté que possèdent si bien les femmes, elle dompta ses émotions, et reprit avec un accent de gaieté :
—Tirons les autres gages.
Hermine prononça la formule, en retirant un gage.
—C'est celui de ma sœur, dit-elle ; à quoi la condamnez-vous, M. de St. Luc.
—Je laisse cela à Miss Gosford, dit-il, elle sait si bien
s’en acquitter, qu elle voudra bien ‘ordonner pour
moi.
—C'est juste, c’est juste ; reprit Mademoiselle H..
de L.....…, qui, sans le vouloir, contrariait fort Clarisse. Celle-ci se prêta néanmoins de bonne grâce, et dit en riant :
— Puisque M. de St. Lac désire si ardemment savoir , !
à quoi s'en tenir sur les sentiments que lui inspire celle qui a si bien chanté ses vers, j'ordonne que celle
. à qui appartient le gage fasse un couplet, en FépoRM
à ceux du poète amoureux.
. —Oh! mais, je ne sais pas faire de vers, moi répondit Asie, en rougissant vivement, é | rent les jeunes Ales
-Vorûre est 3 s'écriè
ti ve
il n'y a pas de réplique : bien ou mal il faut faire le couplet.
noi- —Je vais l'aider, dit Hermine à sa sœur, en la ébi- prenant par la main et l’entraînant dans la chambre use- voisine.
Elle prit une plume et écrivit :
s'or- 4 Dans le doute, vaut mieux se taire elle Sur ces vieux sentiments d’un jour !
rOS : S? je jugeais, il peut se faire >»
PH Que je me trompass£ à mon tour.
l'eut Mais pourtant ?.…… Dans cette tendresse, que Dans cette ardeur, dans cette ivresse, ina Quand je sens mon cœur de moitié.
—Qu'écristu donc là, Hermine ? crois-tu que je
vais donner ces vers-là ? c’est absurde de parler ainsi.
gage —Que tu es prosaïque ! c’est ce qu’il y a de mieux. C'est ce qui s'appelle préparer l’antithèse. Suis la
ds gradation : d’abord je t'attendris, tendresse : tu t’exhicd altes, ardeur ; puis tu arrives jusqu’à livresse et pour quand tu es bien ennivrée,; je te fais tomber, paf ! sur la vulgaire amitié. C’est là une chute !
Le H —T'u es folle.
ne —Pas du tout, au contraire ; ; je suis poëte et culps tive l’ellébore, voilà le secret. Ecoute le dernier
vers Ça doit bien être (bis) l'amitié !
—Vois-tu, continua Hermine, ce n’est que de l'amitié tout simplement ; c’est bien le moins que tu puisses avoir pou lui, après ce qu’il a fait pour toi celte après-midi. Et d’ailleurs ce n’est qu’une chan- son! Toutes les thansons parent d'amour, sans | que l'on y fasse aïtention ; l'amitié peut bien y à trouver sa place.
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POEL
ir Me me cet He dou A LAS WP) Mani DUR
—Si.tu veux dire que c'est toi qui en es l’auteur, je n'ai pas d’ objection.
—Oui, oui, j'en prends la respoutébtitié.
C'est bien.
—Mais je dirai que je traduisais tes pensées.
—Oh ! non, oh ! non ; etelle s’avança pocr arracher | la feuille de papier. Mais Hermine se hâta de ren- | trer dans le salon, et se mettaut au piano, elle chanta la réponse, sans que sa sœur put l’en empêcher.
Le reste de la soirée se passa joyeusement, cor-
dialement. St. Luc partit enchanté de sa veillée et de l’amabilité des familles canadiennes de la bonne ville de Québec.
Quand la société se fut retirée; Hermine prit les couplets et les chanta de nouveau ; puis se tournant vers sa sœur qui, sérieuse et pensive, l'écoutait le front appuyé dans ses deux mains, au bout du piano:
—Sais-tu bien, que cet air ne convient pas aux parales. .
--Peut-ètre ; mais c'est l'air qu'il aime le mieux, répondit Asile, en laissant échapper un.soupir qu’elle s’efforça en vain de comprimer.
—Prends garde, lui dit celie-ci, en la. regardaat, avec espièglerie, j'écrirai à Elmire que son lion l'a blessé au cœur. 1
—Oh ! mon Dieu, je serais trop heureuse, pensait leur bonne mère ; si c'était nossible !
Clarisse, en s’en retournant, se tronvait seule dans Ja voiture: avec St. Luc. Tous deux étaient plongés dans une profonde rêverie. St. Luc éprouvait un
« doux bonheur; Clarisse était triste. Ils allaient re et ni l'on ni l’autre n'avaient. encore pro
1 na mt a rs Ta» Mon
—Vous me boudez, Miss Clarisse ?
ns —-Non, non ! je pensais.
—À quoi pensiez-vous donc ?
—Que je voudrais bien être à la place de Mademoiselle Asile, répondit Clarisse d’une voix si faible que cher St. Luc put à peine l'entendre. RE Cette réponse fut pour,gcelui-ci un trait de lumière, anta : ° | CHAPITRE XL, corée el onne DE SOREL A ST. DENIS.
it les La nouvelle s'était répandue à Québec, que le nant district de Montréal était en pleine révolte ; que le ait le Dr. Davignon et P. P. Desmarais avaient été forcélang ment enlevés aux autorités, sur le chemin de Chamsa - 1 bly. Qu'àprès l’emprisonnement d'André Ouimet, nn George B. de Boucherville, F. Tavernier, Côme S. leu, D: Cherrier, L. M. Viger, A. Simard et plusieurs autres w'elle pour haute trahison, les chefs des Fils de la Liberté, : qui n'avaient paint été arrêtés, s'étaient réunis dans dot D le village de St. Denis, et se préparaient à marcher sur Montréal.
tranquillement à l'hôtel, après son déjeûner, on vint
lui apporter une lettre, marquée au timbre de la
bôste de St. Denis. Il s'empressa de l'ouvrir et lut : “ Mon cher M. de St, Luc, :
“ Vous avez sans doute appris par les journaux, | qu'un mandat d'arrêt a été lancé contre les chefs des
Pendant que St. Luc était à lire les journaux,
Mis de la Liberté, pour haute trahison. J'ai été
MR Er ne,
APS AN id 11 SA me AMEN mate DA pre fe À sie A ï Hp
FANS Ut Li
obligé de fuir de Montréal pour n'être point arrêté. Je suis arrivé ici ce matin, où j'ai rejoint plusieurs de mes amis de Montréal, impliqués comme moi, dans l'affaire des Fils de la Liberté où, Dieu merci, nous avons rossé le Doric Club d'importance.
“ Nous pensons gagner les Etats-Unis; le Dr.
Nelson et quelques autres disent: ‘“ qu’ils n’ont point commis d’acte de tfahison, qu'ils resteront, mais ne se laisseront point arrêter, parce qu'ils ne sont point coupables.” Si nous étions certains d'avoir un jury juste et consciencieux, nous n'hésiterions pas un instant à nous rendre ; mais avec l’animosité qui anime les autorités contre nous, il n’y a pas de justice à attendre. Ainsi il faut ou passer les lignes ou se battre, si l’on nous attaque. Si mes amis restent, je resterai ; sinon je partirai avec eux. Nous avons été obligés de nous Cacher pendant trois jours avant de nous rendre ici.
Vous comprendrez maintenant pourquoi je ne
puis aller vous rejoindre à Québec, comme vous me
le demandiez dans votre note du 15 courant, que j'ai
rèçue juste au moment où je partais de Montréal. Je :
viens de voir Meunier, qui doit partir cette aprèsmidi pour Maska ; il me dit qu'il est sûr que Madame Rivan vit encore ; qu'elle a été vue à Montréal, ily a une couple de mois, prenant passage pour descendre
à Sorel: 1l croit qu’elle demeure en quelque part.
sur la rivière Chambly ou à Maska. J'ai examiné
tous les noms inscrits sur les feuilles de route de bateaux qui vont à Sorel, et n'ai pu découvrir aucun :
nom qui correspondit au sien.
“ Meunier äit qu’il est sûr que c'était elle, d'après. n ses renseignements. Dans tous les cas il est certaine. .
Se. hu ne 2 2 ee
rôté.
eurs moi, erci,
Dr, n'ont roni, ls ne avoir rions 10sité as de lignes stent, avons avant
jene
us me
ue j'ai al. Je aprèsadame al, ily andre e part aminé ute de aucun :
ment dans l'erreur en disan, que c'est une grande dame, et riche, car j'ai pris toutes les informations possibles auprès de mes amis et des dames de mes connaissances à Montréal ; et aucune ne se rappelle avoir connu une dame de ce nom là. Ainsi si elle a demeuré à Montréal, comme le dit Meunier, elle devait vivre fort retirée. Mais encore, je crois que j'en aurais entendu parler.
“Je vous en écrirai d'avantage, si j'apprends —. que chose de nouveau.
«Tout à vous, “ Roporpne DESsRivières."
DÉUX DE TROUVÉES.
“ Je rouvre ma lettre pour vous dire que Meunier est à mes côtés, et me dit qu'il vient d'avoir des informations positives que Madame Rivan, connue sous le nom de Madame Rives, demeure à Maska. J'aurais voulu l'envoyer de suite, mais il ne peut partir avant deux ou trois jours. Vous feriez bien de venir vous-même. Le temps est détestable et les chemins affreux. Prenez un bon cheval à Sorel.
St. Luc, après la lecture de cette lettre, monta à sa chambre pour préparer ses malles, résolu de partir par le prochain bateau-à-vapeur.
Il se rendit ensuite chez le Gouverneur pouf lui présenter ses respects ainsi qu’à Sir Arthur, et leur annoncer son départ,
—Eh bien ! M. de St. Luc, lui dit le Gouverneur, Vous avez appris sans doute que le district de Mont-
téalesten insurrection ; et que les suivre sont * ouvertement bravées,
—Je crains, Milord, que ce ne soit malheurement | que trop vrai. É
—Les rebelles se sont retranchés à St, Denis et à ( ‘ St. Charles. Aujourd'hui même les troupes sont : expédiées de Montréal pour les réduire. Le Jon l
Bull doit partir dans une demi-heure avec un régi-
ment que j'envoye à Montréal. d
—Milord, je désirerais partir au plus tôt ; des nou. n
velles de la plus haute importance viennent de D
| m'arriver par la malle. Je suis à la recherche de ma d’
3 mère, comme Sir Arthur vous en a informé; et n
| j'apprends qu’elle vit et qu'elle demeure dans un po village appelé Maska.- Pourrais-je monter à bord du
1 John Bull ? So
IE: we + Certainement; je serai heureux de vous féliciter br
sur le succès de votre voyage en Canada ; cependant so
ne vous flattez pas trop d'avance. A propos, vous dites qu’on vous informe qu'elle vii À Maska, autre ment appelé St. Hyacinthe ; mais c’est justement dans le foyer de l’insurrection ! Il sera difficile de vous y rendre sans vous exposer à être arrêté et peutêtre maltraité par les rebelles, —Je ne crains pas cela, Milord ; je craindrais ta davantage les autorités militaires ; et c’est pour éviter nu ces désagréments que je vous demanderai un permis 4] A de passer.
4 ne —Avec le plus grand plaisir. Je vous l’enverrai porter à bord du bateau-à-vapeur, avec ordre de vous recevoir et de vous débarquer soit à Montréal, soitÀ Borel, si vous l’aimez mieux.
—Merci, Milord. Permettez-moi, Sir Arthur, de vous prier de présenter mes amitiés à Miss Clarisse, Je vous quitte pour quelque temps seulement ; et
j'espère que sous peu de jours vous me reverrez le plus heureux des hommes comme le plus affectueux
s et à des fils. Adieu, Milord ; adieu, Sir Arthur. ; ps: —Au revoir ; soyez pradent, et écrivez-moi, oi Sir e John Arthur.
a régi- Le temps est froid et désagréable. Un fort vent du Nord-Est, accompagné de pluie, soufllait depuis le snou © malin. Si Luc chaussé de grandes bottes à la Suwarow nt de portait une casquette en drap bien ouattée et couvert de ma d'une toile cirée, et un gros surtout d'étoffe de pilot né ; et noire boutonné haut. Ilse promenait à grands pas ns un pour se réchauffer, sur le pont du John Bull. ord du Il était huit heures du soir quand il débarquà à Sorel. Trim tenait par la bride un cheval anglais, éliciter brun, aux jambes fines, sèches et musculeuses,. que vendant son maître avait acheté à Québec.
3, VOUS La pluie qui était tombée par torrent depuis , autre l'après-midi, s'était changée en une espèce de neige stement D mouillée. St. Luc se rendit chez le père Toin. cile de Le village ue Sorel était dans la plus grande agitaet peut: tion ; six cents hommes des 66e et 32e régiments, commandés par le colonel Gore, étaient arrivés de Lindrais Montréal, avec une pièce de campagne et un dêtar' éviter chement de cavalerie. L'on ne savait pas si les troupermis pes partiraient pour St. Denis durant la nuit, ou si
elles attendraienit le jour.
St. Luc demanda une chambre, ôta son surtout, et se jeta tout habillé sur un lit. ‘Il avait recommandé à a, soità À Trim de voir à ce que son cheval fut bien soigné ; et
| | donna ordre qu’on leréveillât aussitôt que les troupes aur, de « mettraient en marche, à quelqu’heure de la nuit ! | que ce fut. 1l désirait arriver avant elles à St. Denis. : ent # M l'avait prié Toin de lui trouver un guide au cas où il.
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partirait durant la nuit. S'il n'eût consulté que ses aises, il eût attendu le jour ; maisil craignait qu'une fois les troupes à St. Denis, il ne lui fut pas possible d'entrer dans le village, où il y aurait certainement un combat dans lequel DesRivières et Meunier pour: raient bien se faire tuer ; et il voulait absolument les voir.
Son sommeil fut agité, plusieurs fois il fut réveillé en sursaut par le bruit que faisaient des personnes qui, dans l'étage inférieur, parlaient haut, ouvraient et fermaient les portes avec violence, Une fois il
. crut entendre la voix de Trim dans la cour, sur laquelle donnait sa chambre où il était couché. Il écouta ; c'était bien T'rim. Il se leva, regarda par la fenêtre, à travers les vitres ; mais il ne put rien distinguer, si ce n’est la lumière d’un fanal. En même temps, il entendit le bruit de plusieurs voix menaçantes. Il ouvrit la fenêtre, appela Trim qui, armé d’une fourche, défendait l'entrée de l'écurie cornitre trois à quatre hommes qui semblaient vouloir y pénétrer de force.
—Qu'y a-til, Trim.
=-Voulé prendre cheval à li,
St. Luc descendit promptement. Au bas de l'es calier il rencontra le père Toin, que l’on venait (le réveiller, et qui montait avec une chandelle.
— Mossieu, dit-il, en voyant St. Luc, on veut presser . votre jval. RE TRES |
, Comment, presser. ti}
Oui, Mossieu, c'est l'colonel qui a donné l'ordre de prendre l'meilleur jval, qu’on pourrait trouvéf, | pour un officier, qu’y a une dépêche ; y arrive dl |
ville, et le s'ien est morfondu. J’allais vous averlin |
Où est cet officier ?
des —Dans la bar. !
: pu La bar, salle où l'on débitait les boissons, était | 19 . pleine de monde. Une personne sans aucune marper que dans son habillement qui dénotät qu'il fut mili- 4 taire, séchait ses hardes auprès d’un grand poële en sie fonte, dans lequel brûlait de gros quartiers d'érable. éveillé St. Luc, en l’apercevant, reconnut le lieutenant Weir, qu'il avait rencontré à Montréal au bal de Madame AR de M... , et auquel il avait été présenté. Il alla Sym il droit à lui et, lui tendant la main :
*. sd En vous portez-vous, lieutenant ? lui itil.
a : —Chut! ne m’appelez pas lieutenant; je ne voujen dit drais pas être connu ici. Voyez toutes ces tuques n méme bleues. 4 à moll —Vous êtes déjà connu. L'on vient de me prévenir ï soil qu'un officier, chargé de dépêches, veut prendre mon Re atré Due Je suppose que c’est vous qui cherchez un | | 4 cheva sa pt —Oui, c'est moi. J'arrive de Montréal par terre, . hi mon cheval est sur les Aents, et il faut de toute ; nécessité que je voye le colonel au plus tôt. Le ÿ: ae tes MR ‘olonel Gore est parti avec les troupes, il y a Fil enaitét | Lg de deux heures; je n’ai pas de temps à per- si re. : M 1 L presser | —Je vous prêterais volontiers mon cheval, mais il
faut aussi que je parte à l'instant même.
—Où allez-vous donc ? si ce n’est point une indis-
crétion de vous le demander
—Pas du tout; je vais à St. Denis.
-—Je vais dans la même direction, nous ferons route ensemble, jusqu’à ce que j'aie ga trou-
pes, elles ne doivent point être rendues bien loin, à
une lieue ou une lieue et demie tout au plus; le
* temps est mauvais et les chemins doivent être affreux.
—S'il n’y a que deux heures qu’elles sont parties,
nous les aurons bientôt trouvées. Votre cheval
a eu le temps de se reposer, il pourra vous porter
facilement.
l Dix minutes après, St. Luc et le lieutenant Weir EE | étaient en selle et galopaient sur la route de St. Ours en suivant la rivière, | Le vent avait changé dans le cours de la nuitet |
soufflait du sud, de manière qu'ils l'avaient dans la figure. Une neige, mêlée de pluie, les empêchait de distinguer à dix pas devant eux.
En quittant Sorel, le terrain sablonneux avait permis à leur monture de prendre une allure assez vive, St. Luc pensait au bonheur de retrouver sa mère ; le lieutenant était inquiet, prêtant l'oreille au moindre VAN ; bruit et cherchant à pénétrer l'obscurité pour voir LU s'il n’apercevrait pas les traces. du passage des troupes.
—Nous äevons avoir fait du cuemin depuis que nous sommes partis ; je crains que nous n’ayions manqué la route. Nous eussions dû rejoindre les troupes avant ce moment-ci. Connaissez-vous la roule, : M. de St. Luc ?
Fe, —Je la connais jusqu'à St. Ours ; nous ne l'avons | re pas manquée ; voilà la rivière ; j'entends le bruit des | lames. | —Mais on ne voit pas de traces du passagedt | roupes PR 4 Se
oin, à us ; le tre af-
arties, cheval porter
it Weir st. Ours
. nuit et nt dans npèchait
ivait perssez vive.
mère ; le moindre jour voir sage des
ppuis que n’ayions
pindre ls Æ s la roule, :
he l'avons | ; bruit des. !
pu ARE pi “ep
—La neige les couvre. Poussons encore, nous ne devons pas tarder à les rejoindre.
Et ils se remirent au galop. Le terrain devenait de plus en plus difficile ; les chevaux avaient de la peine à continuer une course aussi rapide. Celui du lieutenant avait butté deux ou trois fois.
—Mon cheval n’en peut plus, dit le lieutenant, il faut que je le mette au pas. ,
—J'aperçois une lumière; nous allous entrer.
Pendant que nous prendrons des renseignements, nous laïsserons souffler nos chevaux. Qu'en ditesvous ?
Je n'ose entrer. Je crains d’être reconnu.
—Et qui voulez-vous qui vous reconnaisse ici ? vous dites que vous n'y êles jamais passé.
R habitants viennent souvent à Montréal, ils
it probablement vu. Dans ce moment-ci, tout étranger leur est suspect.
—Et ne suis-je pas étranger aussi ? 2
. —C'ést vrai ; mais vous parlez le français, et vous
n'avez pas de mission importante et pressée ; je pour-
rais être arrêté.
—Vous avez peut-être raison. Attendez, je vais entrer seul; s’il n’y à pas de danger, je vous appellerai ; s’il y en a, je vous avertirai.
de vais rester à cheval au milieu du chemin.
St. Luc s’'approcha de la maison, attacha son cheval, par la longe de son licou, à un poteau qui était près de la porte et entra.
Un homme d’un certain âge, en chemise dé jt, tuque bleue sur la tôté, pantalons gris d'étoffe du
Dâys, était assis sur un pêtit bané de bois aû-dévant
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de la porte du poêle, et fumait dans une vieille pipe, courte etnoire. :
—Me permettez-vous d'entrer un instant, pour me réchauffer, monsieur ? dit St. Luc. | —Certainement, certainement ; répondit l'habitant en se levant et approchant une chaise. Y fait une mauvaise nuit; chauffez-yous.
St, Luc, voyant que cet homme était seul, appela P nb | le lieutenant. ”. ve La | —Otez-donc vos capots, pour secouer la neige, dit
; l'homme à la tuque bleue en s'adressant au lieute- À : nant et apportant une seconde chaise. J'suis bien cl | curieux, mais y’ou allez-vous donc de c’pas là ? | Al
—Parler pas français ; répondit le lieu .enant.
F Pi | —Ah ! Mossieu est anglais! very gout, very gout; [En c'est vous prendre whisky ? bonne pour di estoflac! Fi en prendrez-vous, Mossieu, dit-il, en se retoufiiint [HE | vers St. Luc et lui présentant un verre et un flacon, LE ps qu’il avait pris sur un buffet.
—Ca ne se refuse pas, répondit celui-ci. A votre santé.
—À la vote. J'suis bein curieux ; mais y’ou alle Te RE un vous donc ? | Ho —Monsieur va à St. Ours; et moi, jé me reuds jus A sur \ qu’à St. Denis. A propos y a-til longtemps queles RE sons troupes sont passées ? coup —Les troupes ! quelles troupes ? min, —Des troupes qui vont à St. Ours.
—J'n’en ai pas vu. A moins qu'elles aïént passé pendant qu'j'e dormais, car j'viens de m'lever. —Y evil un autre chemin pour aller à St. Ours ? —Non, c'est l'bon ; vous y arrivez ; n'y a Lis M
de AE els oi. sis We Jhiéi
> pipe,
ur me
ibitant ait une
appsla
ige, dit lieuteis bien ?
at.
ry gout; stotiiac !
ou ni n flacon,
A votre ou aller
p uds jus ; que Îles
garçon qui entrait.
ne p'tite demi-lieue. Mais les troupes vont-elles jusqu’à St. Denis, pou prendre Papineau et Nelson ?
—Je n’en sais rien; je suis arrivé de Québec cette nuit même.
—Ah ! et Mossieu ?
—Je l'ai rencontré à Sorel.
—Dites donc, voulez-vous que j'fasse donner une portion d'avoine à vos chevaux? Ces pauvres Dètes vont avoir frette à la porte.
—Merci, nous arrêterons à St. Ours.
—Vous n'trouverez pas d’auberge d'ouverte à cl'heure-ci. On va toujours les mettre sous la r'mise. Allons! pti gas, continua l’homme à la tuque bleue, en secouant un grand garçon de dix-sept à dix-huit ans qui dormait dans un banc-lit, lève toué !
Le jeune horhme so leva lentement, en baillant et se frottant les yeux.
— As-tu entendu passer les troupes ? Ces Mossieux disent qu elles sont gagnées St. Ours.
—Je n'ai rien z'enténdu.
—Tu vas aller mettre les chevaux d’ces Mossieux sous la r’mise ; tu leu donn'ras anne poignée d'foin. Tentends ?
| St. Luc avait Ôté son surtout imbibé, l'avait placé sur une chaise. Le lieutenant Weir séchait ses chaus-
sons, ayant Ôté ses bottes, remplies d'eau. Tout-àcoup ils entendirent le galop de chevaux dans le chemin. Weir courut à la porte et regarda à travers les vitres ; mais il ne put rien voir.
—Pourvu que ce ne soit pas nos chevaux qui se
| soient échappés, dit-il en englais.
Quels sont ces chevaux ? demanda St. Luc au
Ce | CAUATE CPE RES ae
—C'est trois hommes à jval, qui vont comme si l'diable les emportait.
St. Luc, ayant interprété à Weir ce que le garçon venait de dire, celui-ci regarda à sa montre :
—Il est deux heures moins un quart, partons. Je crains que ce ne soit quelques cavaliers que l’on envoie pour m'arrôter au village de St. Ours. Il faut ou rejoindre les troupes, ou du moins passer le village avant que l'alarme ne soit donnée. fl y a quelque chose que je ne comprends pas.
—Je ne comprends pas trop, uon plus. Si vous voulez partir je suis prêt. :
je —Vous feriez bien micux d'attendre l’jour, reprit : at l'habitant.
ru —Merei, mon brave homme, dit St, Luc; ce Mon-
sieur veut partir de suite ; et j'aime autant continuer. ë Nos chevaux sont un peu reposés. Je vous remercie de votre obligeance. Combien vous devons-nous ?
—Comment ?
—Combien vous devons-nous, pour nos chevaux et ce que nous avons pris ?
—Mais rien! Et si vous voulez rester, vous êles
. les bienv'nus.
He —Merci bien des fois. Adieu.
pi —Que le bon Dieu vous conduise. Vas avec l’fanal, je les éclairer, p’ti gas.
. Quand ils furent sortis, Weir dit à St. Luc d'inter. | roger le garçon pour tâcher de savoir quelles étaient Ro les personnes qui venaient de passer. St Luc ne put rien obtenir, sinon qu’elles étaient an nombre de trois et qu'elles allaient très-vite.
Ils sautèrent en selle et prirent le galop. Ils n'eu- | rent pas fait une couple d’arpents qu'ils entendirentà |
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leur gauche, de l’autre côté de la clôture, le bélement d'un mouton. Weir rêna subitement son cheval.
—Qu'est-ce que cela? dit-il.
—C'est un mouton ! dit St. Luc, venez donc.
En ce moment ils entendirent distinctement le galop de chevaux, à cinq ou six arpents en avant ; le vent leur apportait le bruit de leurs pieds dans la boue.
—Tenons-nous à cette distance d'eux, dit Weir; quand ils entreront dans le village, nous passerons aussi vite que possible, si les troupes n’y sont pas.
Ils prêtèrent l'oreille attentivement ; mais bientôt ils n'entendirent plus le galop des chevaux.
—Ils se sont mis au pas, dit Weir; mettons nous au pas aussi.
—Poursuivons, poursuivons,dit St. Luc ; ils ne sont que trois, je ne crois pas qu'ils cherchent à nous arrêter. Je ne vois aucun signe de révolte, dans cette partie de la paroisse du moins; tout dort.
Ils continuèrent au trot pendant quelques minutes,
arrivèrent en face d’une grande maison, à leur droite ; quelqu'un cognait à une porte et des chiens aboyaient, .
—Je crois qu'ils sont arrêtés ici, dit Weir; il me
. semblé entendre parler. Ecoutez...
—Qui, j'entends. C’est ici le Manoir.
—Le Manoir Seigneurial de M. de St Ours?
—Qui.
—Alors, nous n'avons plus que quelques arpents
‘d'ici à l'église. Si lés troupes sont arrivées, ellés doit
vent être là. Mais voyez donc, il yaune illumination dans le village, sie
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204 UNÉ DE PÉRDUÉË
Le village était en effet éclairé. A chaque maison il y avait des chandélles dans les fenêtres; mais le village était tranquille ; toutes les portes des maisons étaient fermées ; on n’eatendait pas d'autre bruit que le sifflement du vent et le hurlement de quelques chiens; on ne voyait personne dans les rues. Îls passèrent devant l'église ; ils traversèrent le village, rien.
Ils firent encore environ deux lieues, quand tout-àcoup le cheval de St. Luc se cabra, fit un saut, et celui de Weir tomba; au même instant ils entesdi rent un bêlement, comme si le bruit qu’avait fait le cheval eût effrayé quelques moutons.
—Vous Ctes-vous fait mal? demanda St. Luc qui était descendu de cheval pour aider à son compagnon à se relever.
--Non, mais je crains que mon cheval ne soit blessé. Voyez-donc, c'est un petit pont qui traversait le chemin ei dont on a enlevé les planches.
—Votre cheval n'a pas de mal; rémontez et continuons.
Ce pont m'inquiète.
—Comment ça ?
—[l a été défait par malice ; on nous guette; je crains une embûüche. Les troupes ne sont pas passées par ce chemin ; il doit y en avoir un autre.
—Je crois aussi. Qu'allez-vous faire ?
—Et vous? 4
—Moi, je continue. Je n’ai rien à faire avec les troupes ; vous, c'est différent.
—J'ai envie de retourner. Mais, pourtant à quoi bon? Je ne pourrais les retrouver. Mes ordres sont
. de donner mes dépêches et d'aller jusqu’à St. Denis, ;
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où elles doivent se rendre ; et elles s'y rendront, si ce n’est par ce chemin ce sera par un autre : ainsi, tout bien considéré, je continue. Seulement, comme nous ne devons pas être loin du village, et qu'il n’est guère plus de trois heures et demie, je vais continuer au pas. Quant à vous, M. de St. Luc, il est inutile que vous m'attendiez ; votre cheval ne parait pas trop fatigué, vous pouvez prendre les devants. Si vous rejoignez le régiment, veuillez prier le colonel d'envoyer quelqu'un äu-devant de moi.
—Je ne désire pas vous laisser. Si vous retourniez, je continuerais vers St. Denis, parce qu'il faut que je m'y rende ; mais puisque nous faisons route du même côté, j'aime autant aller le pas avec vous.
—Que ce ne soit pas pour moi; car, à vous dire le vrai, je n’aimerais pas trop à approcher du village, Si vous preniez les devants, je pourrais à peu près calculer le temps qu’il vous faudrait pour Ÿ arriver ; et si je ne voyais personne venir au-devant de moi, ça serait un signe que le régiment ne s'y est pas rendu. Dans ce cas, au lieu d’avancer je retournerais sur mes pas ; ce qui vaudrait bien mieux que d'aller me jeter dans la gueule du loup.
—Si vous le préférez, je prendrai les devants.
—dJe le préfère. |
St. Luc partit au galop Au même instant, on entendit encore le bêlement d’un mouton qui, cette fois fut répété de distance en distance, à mesure que St. Luc avançait,
Quand il-arriva dans le village de St. Denis, il remarqua une grande agitation ; dans presque toutes les maisons il y avait des lumières, et du monde de-
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bout. 11 y avait plusieurs personnes dans les rues . Qui parlaient un instant et disparaissaient pour aller 0 un peu plus loin. Il demanda à un homme qui portait un fanal, s’il pourrait trouver. un logement et y une bonne écurie pour son cheval. « —A l’autre bout du village, lui répondit-on.
Après assez de difficultés, il trouva enfin ce qu'il si cherchait.
Il apprit bientôt que l'on savait que les troupes ss Li étaient en marche sur le village, et qu'on se prépa- se Le rait à leur résister. Il s’aperçat aussi que plusieurs L il personnes le regardaient d’un œil soupçonneux et ë | Î même malveillant, surtout quand il eut dit qu'il ve- en EE nait de Sorel, et qu’il avait marché toute la nuit. Il ; IA s'était fait donner une chambreafin d'éviter les ques- :
1 tions que chacun venait lui faire sur la marche des bia k : troupes, leurs. desseins, leur nombre. | Il y avait à peine dix minutes qu'il était dans sa Rte chambre, lorsqu'il entendit frapper doucement à sa Er de porte. [l ouvrit à une jeune fille qui lui dit bien Dore bas: 8 —Monsieur, on parle de vous arr ôter comme 6spion ; sauvez-vous. Merci, ma belle, dit St. Luc ; dites-moi donc qui est-ce qui commande dans le village. qui —C'est le docteur Nelson.
——C'est bon, ne t'occupes pas, je vais aller le voir; y a-til ici quelqu'un pour me conduire ?
Poe à (Jui, mon frère ira avec vous. DB dis it —Dis-lui de se tenir rèt, je vais descendre. Quand on apprit que le Monsieur voulait voir le docteur Nelson, ceux qui désiraient l'arrêter dirent
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sisterons ; et je crois que c’est là l'intention des | autorités militaires, à moins que les dépêches qu'ap-
qu'ils ne seraier ! zatisfaits que quand ils l’auraient vu entrer chez le docteur ; mais qu'ils l’y suivraient.
St. Luc parut bientôt, et demanda si quelqu'un voulait bien lui montrer la maison du docteur Nelson.
—Nous allons aller avec vous, répondirent pe sieurs personnes.
Rendu chez le docteur, il fut introduit dans une salle où deux à trois habitants, en capols d'étoffe et en tuques bleues, attendaient. Bientôt le docteur Nelsonentra. C'était un homme d'me haute taille, d'une figure sévère, mais franche et loyale, où se peignaient la hardiesse et la décision.
—Bonjour, M. de St. Luc, dit-il en lui présentant la main.
St. Luc fui surpris de voir qu'il était connu du docteuY, qu'il n'avait jamais vu. Comment savait-il son nom ? Q
—Vous avez eu une mauvaise nuit, continua le docteur, et de vilains chemins de Sorel ici. Quelles nouvelles apportez-vous de Québec ? Je crois que vous êtes monté hier, dans le John Bull? Savait-on à Québec que les troupes marcheraient sur St. Denis cette nuit ? du
—Je crois que l'on s’y attendait, répondit St. Luc, qui regardait le docteur fort étonné.
—Ah !.. Etl'on espère nous réduire sans difficulté sans doute ?
—Je ne sais, mais l'on dit à Québec que tout le district de Montréal est en insurrection.
—Pas tout-à-fait; maissi on use de violence nous
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porte le lieutenant Weir ne comportent des instruc tions différentes.
, St, Luc était de plus en plus surpris.
—Pourtant, c'est peut-être heureux qu'il n'ait pu rejoindre les troupes, qui, au lieu de prendre la | route la plus courte, celle que vous avez prise vous avec le lieutenant Weir, sont passées par le Pot-aubeurre : vous’ étiez en mauvaise compagnie pour venir au milieu des rebelles.
—Mais, docteur, vraiment vous m'étonnez, comment savez-vous tout'éela ?
—J’en sais bien d’autres! Je sais aussi que vous avez un permis de passer, de la part de Son Excel- L 1k | lence, signé de sa main et contresigné par son secré- h 11 taire privé.
Ceci me surpasse. Je pensais que personne autre que moi ne savait cela, C’est vrai, j'ai un sauf-conduit que j'ai demandé au Gouverneur avant de partir en cas d’accident, parceque je voulais venir dans ces endroits, pour affaires privées; et je craignais d’être
ee inquiété par les autorités, si elles apprenaient mes [ia | excursions dans une partie du pays révolté.
re a —Vous avez bien fait ; je sais les raisons qui vous
amènent dans nos endroits. Mais vous ferez bien
d’avoir soin de vos papiers.
—Ils sont dans mon portefeuille, dans ma poche
d'habit...Ah! s'écria St. Luc, en mettant la main
à la pocke de son habit, j'ai perdu mon portefeuille.
rue Cest curieux, je ne me suis pas déshabillé depuis
HN que je suis parti de Québec, hier matin,
EL —N'avez-vous pas logé, chez un nommé Toin, à
Sorel ?
—Oui.
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truc —Vous en êles parti vers minuit, avec le lieute-
nant Weir. |
—Oui.
it pu —N'êtes-vous pas arrêté chez un habitant à une | | re la demie-lieue avant d'arriver au village de St. Ours ; L 1h vous et, au moment où vous en partiez, n’avez-vous pas fi ot-au- entendu le galop de trois chevaux qui gagnaient du pour côté de St. Ours.
(C'est vrai.
, COM- . Savez-vous qui étaient ces trois personnes ? : —Non. 1 à VOUS —Eh bien ! c'étaient M. Juchereau Duchesnay, ! Excel- Député-Shérif chargé d’un warrant contre moi pour secré- haute trahison, et de onze autres warrants pour arrê- | ter Messieurs L. J. Papineau, O. Perreault, G. E. Car- F autre tier, E. E. Rodier, Dr. Kimber, T. S. Brown, R. Des- k uf-con- Rivières, aussi pour haute trahison. L'un de ceux x “al partir qui accompagnaient le Député-Shérif était P, E. # ë ins Ces Leclerc, magistrat de Montréal ; et l’autre était un L s d’être M.Ragg. Ils se sont arrêtés à la maison de M. de ; mes St, Ours, où vous les avez passés.
—C'est comme vous dite.
i vous —N'avez vous pas continué votre route ensemble, bz bien le lieutenant Weir et vous, environ une couple de lieues ; le cheval du lieutenant ne s'est-il pas abattu poche près d’un petit pont, dont quelques planches avaient main été enlevées, et n’avez-vous pas alors poursuivi votre feuille. route seul jusqu’ici, sans être inquiété ? ? depuis | —Oui, je n’ai vu personne si ce n'est dans le village. ‘Tout me semblait plongé dans le plus profond ï Toin, à sommeil ; et j'étais surpris de cet état de sécurité,
quand les troupes étaient en chemin; à moins qu’on n'en fut parfaitement ignorant.
nids dit Hit li “de ST AT Le der {lune de RL EC Hinete a e < F Î
—Vous voyez que nous n'’ignorons pas ce qui se | passait d'ici à Sorel. Les troupes sont parties vers ( dix heures hier soir ; elles sont au nombre d’à peu près huit cents hommes, avec de l'artillerie et de la cavalcrie ; elles ne sont plus qu’à deux lieues d'ici, [
Püis se tournant vers un des habitants qui était dans la salle au moment où St. Luc y était entré : n'est-ce pas, Siméon, dit-il, en s'adressant à l’un d'eux, que
veuillez bien me dire comment vous connaissez mon TEE nom, et comment vous savez que j'avais un sauf-con- 9 duit de la main du gouverneur.
| —Oh ! c'est bien simple. D'abord M. R. Deshinu vières, que je viens d'envoyer chercher, m’a dit qu'il vous attendait ; puis la lettre qu’il vus a écrite ginsi que le sauf-conduit du gouverneur étaient dans votre portefeuille que ion m'a apporté et que voici, dit:il en le lui présentant. Vous me pardonnerez d'en avoir usé ainsi ; sans cela, ignorant qui vous étiez, je n'aurais pu donner les ordres de vous laisser passer; et vous eussiez été exposé à des désagréments, comme l'officier qui vous accompagnaîit et que l'on amène prisonnier à cet instant.
—Le lieutenant Weir est prisonnier ?
Fi =Ïf a voulu faire des menaces, ils ont dû l'arrêter; s'il n’en eut pas fait et s’il eut livré ses papiers, on n6 lui eut rien fait. Mais, M. de St. Luc, examinez votre
+ c'était près du pont de l’Amiotte que les troupes D L étaient ?
| —QOui, mon général, répondit l'habitant sans quit- “
i ter sa place. à hf —Vous voyez bien, M. de St. Luc, que nous sommes ‘ | au fait de tout ce qui se passe.
| Eur . —Vous êtes admirablement bien informés. Mais a f à
qui se s vers 'à peu t de la ; d'ici.
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dit qu'il ite ginsi ns votre ici, dit-il en avoir je n'auisser ; et , comme n amène
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portefeuille pour voir s'il ne manque rien ; j'ai compté mille piastres en billets de la banque de Montréal et cinq pièces d'or.
St. Luc regarda pour voir s'il ne manquait aucun papier, puis remit le portefeuille dans sa poche.
—Vous ne comptez pas l'argent?
—Vous l'avez compté ;—ca suffit,
—Mais en quel endroit avais-je donc pu perdre ce portefeuille ?
—Vous l'avez laissé tomber chez cet habitant, où vous vous êtes arrêté cetle nuit; n’avez-vous pas remarqué le signe qu'échangèrent le père et le fils au moment où celui-ci soytit.
—Docteur, je vous suis très-reconnaissant, J'ai un service à vous demander : je suis veau pour vous prier de me donner un permis, qui puisse me mettre
àl'abri de dangers d’arrestation ou àc violences ;'*
car à l'auberge, où je suis descendu, il était question de m'arrêter.
—Bien volontiers, vous n’avez rien à craindre. Le docteur prit un morceau de papier et écrivit :
W Laissez passer le porteur, M. de St. Luc; aidez-le au besoin.” uN'
Il prit ensuite un bouton de cuivre, dont la partie intérieure était creuse, y fit couler un peu de cire rouge et y appliqua lé cachet d’un anneau qu'il portait au doigt.
—Tenez, dit-il en présentant le papier et le bouton
à St, Luc, quand le papier ne suffira pas, vous mon- *
trerez le bouton. -