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duite vis-à-vis de moi jeudi dernier m'autorise à vous confier un secret que je ne pouvais vous dire l’autre soir, mais que les circonstances me permettent, me forcent même de vous révêler en ce moment, Je dois aussi vous ôter de l’idée ce mauvais soupçon que vous avez manifesté il n'y a qu'un instant. L'un de ces chefs, qui sont ici cachés, est mon frère. (C’est lui que. je vais voir, pour lui porter des provi«ions et l'avertir de ce qui se dit et de ce qui se passe dans la ville. Voilàmes rendez-vous ! En êtes-vous jaloux ?
—Noble et généreuse sœur, je vous admire autant que je vous aime ; pourquoi ne m'avez-vous pas dit cela plus tôt? j'aurais peut-être pu vous être utile ?
—Ce secret n'était pas le mien seul, hier.
—E£t aujourd'hui ?
—Aujourd'hui je puis vous le dire, parceque l’on m'y a autorisé ; je sais qui vous Ôtes, vous ‘28 M. de St. Luc, ne soyez pas surpris, si je vous nomme; je vous connais mieux que vous né pensez, mais Ce n’est point ici le lieu d’en parler. 1l suffit de vous dire que jeudi soir, après que vous m'eûtes sauvêée des mains des bandits, je racontai à mon frère et à son compagnon ce qui m'était arrivé, le danger que j'avais couru, votre généreux secours ; je lui fis la description de votre personne, ainsi que de ce gros nègre qui accourut au premier coup de sifflet, “Je le connais, me dit mon frère, c'est M. de St. Luc ; tu peux avoir toute confiance en lui et tout lui dire.” “ Non, reprit son compagnon, il vaut mieux ne pas le faire pour le moment ; si quelque circonstance rend plus tard cette confidence nécessaire, elle pourra la faire.” Voilà comment j'appris votre nom. Depuis, j'ai aussi entendu parler de vos par une autre
personne que je ne vous nommerai pas, car c’est une belle jeune fille qui vous porte beaucoup d'intérêt. Eh bien ! M. de St. Luc, la circonstance qui m’autorise à vous confier mon secret et la retraite de mon frère est arrivée.
—Quelle circonstance ? Qu'est-il donc arrivé ?
—On a découvert le lieu où ilest caché. Je viens de l’apprendre et je cours l’en avertir. Dans quelques instants il sera peut-être trop tard !
— Vous m'avez donné une marque de confiance ; je ne conuais pas le nom de votre frère ; sans doute vous me le cachez pour que je ne sache pas le vôtre ; n'importe. Vous ne croyez pas à mon amçCur ? Eh bien ! ordonnez ce que vous voudrez, je vous jure que Je ferai ce qui sera humainement possible
—Mais vous allez vous compromettre ; et vous venez de me dire que vous ne voudriez pas vous compromettre pour des rebelles !
—Ce ne sera pas ponr eux, mais pour vous, ce ne sera pas pour un rebelle, mais pour un frère. Je n'hésite pas.
—Je vais vous mettre à l'épreuve. Nous voici rendus au clos de bois ; je vais aller seule trouver mon frère. Restez ici, je crains que l'on ne vienne à chaque instant nous surprendre ; si je vous appelle, venez à MOI.
—Mais où pourrai-je ‘ou. trouver dans ce labyrinthe de piles de planches ? Ne vaudrait-il pas mieux que j'allasse avec vous ?
— Vous avez raison, venez.
Peñdant qu’elle le conuuit, regardant à droite et à gaucho, écoutant le moindre bruit, montons un
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instant dans l’espece de grenier, qui se trouve dans la brasserie de M. Daubreville.
Il fait noir ; il n’y a pas de lumière. Une paillasse est dans un des coins du grenier ; deux robes de buflles, jetées sur la paillasse, servent de couverture à deux hommes qui sont couchés et dorment. Leux paires de pistolets chargés, sont sur un baril, à portée de leurs mains ;. deux poignards, espèce de bowie-knives affilés et tranchants, sont sous l'oreiller de plume, sur laquelle reposent leurs têtes. ls se sont couchés tout habillés, comme ils l'ont fait depuis huit jours qu’ils sont dans ce méchant réduit. Ils ont leurs casques sur la tête ; il fait froid, plus froid que dehors ; car l'atmosphère renfermée n’a point étéréchauffée par les rayons du soleil. Ils dorment tous deux le jour, parceque la nuit ils sont obligés de veiller pour attendre les nouvelles qu'on peut leur communiquer et se tenir’ prêts à toute éventualité, ainsi que nour recevoir les provisions qu'on doit leur apporter.
Bientôt l’un d'eux se réveille. Il écoute uu instant puis il pousse son compagnon.
—Entends-tu ?
—Quoi ?
—Écoute.
--Ce n’est rien ; ce sont les rats qui rongent le papier dans lequel j'ai laissé le fromage.
—Levons-nous.
—Pourquoi ? je n’attends pas Henriette avant neuf
heures ; tu sais qu'elle doit s'informer, avant de venir, si Chénier a tout arrangé pour demain.
—Dis donc cette nuit ; car si les homraes sont prêts,
il faut partir cette nuit pou’ être rendus avant le jour à la Côte des Neiges.
—Tu as raison, c’est demain lundi ; c’est le jour où l'artillerie va exercer les chevaux en faisant le tour de la montagne. Te rappellestu combien il y a de canons ?
—Onze, et autant de caissons. Quatre chevaux à chaque voiture. Quatre hommes par voiture ; deux à cheval, deux assis sur la voiture, point armés, en tout quatre-vingt huit hommes pour les voitures ; et quatre cavaliers à cheval. Voilà ce que nous écrit Chénier.
—Où as-tu mis la note ?
—Je l'ai déchirée.
—J'entends du bruit.
—Moi aussi ; ça m'a l'air du signal d'Henriette ?
—Levons-nous? je vais aller regarder par la lucarne. Oui ; c’est ta sœur. Va ouvrir, Non, arrête, il ya un homme, il s'éloigne. Qu'est-ce que cela veut dire ?
—Peux-tu le distinguer ?
—Non.
—C’est peut-être Chénier ?
—Ou St. Luc ?...J’entends encore le signal. Elle parait pressée, vas ouvrir.
Quand le verrou fui tiré, Henriette se jeta dans les Lras de son frère, et lui dit :
—Sauvez-vous, votre retraite est découverte.
—Quel est l’homme qui est dehors ?
—M. de St. Luc.
—Ce n’est pas de lui que tu as peur ?
—Non ; les volontaires, M. Edouard et un autre, fls vont venir !
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—Penses-tu qu’ils seront plusieurs ?
—Je crois qu'ils ne seront que deux; je lui ai entendu dire qu'il fallait s'assurer d’abord que vous fussiez ici, enfin de ne pas s’exposer à une bévue, et ensuite pour partager à eux deux seuls la récompense.
—As-tu entendu parler de Chénier ?
—Non ; je dois voir sa cousine ce soir à huit heures.
—Je vois M. de St. Luc qui avance, dit tout bas celui qui était posté à la lucarne ; il a l’air inquiet.
—Va voir ce qu'il y a, Henriette, ma chère et sainte sœur,
Pendant son absence, ils tinrent conseil et décidèrent de ne pas quitter leur retraite avant d'avoir su, au juste, où était Chénier, et l'endroit ainsi que l'heure où ils devaient le rencontrer. Ils résolurent aussi, s’il ne venaitque deux hommes, de tâcher de s'en emparer et de les enfermer dans le grenier.
—d'ai vu un homme, dit St. Luc à Henriette, il est seul et semble ne pas bien connaître les lieux.
—Ne vous laissez pas apercevoir et veillez là. Je vais aller avertir mon frère. Je vous en prie, ne vous montrez pas, à moins que je ne vous appelle en frappant dans ms mains; vous ne devez pas vous compromettre.
Elle courut avertir son frère qu'un homme, probablement M. Édouard ou le volontaire, avançait,
—Cache-toi, lui répondit son frère, nous allons tâcher de l’empoigner. Si nous pouvons réussir, ant mieux ; nous attendrons l'autre ici, et nous lui en ferons autant, Pendant ce temps-là, tu iras chercher des nouvelles de Chénier ; tu nous retrouveras
ii, Vois-tu cette planche, ditil, en approchant de
NPC ET RM genre ns 5 rm pt cote poeme
la clôture qui divisait le terrain vacant du clos de bois, si elle est à terre c'est que nous serons dans le grenier ; et si elle est mâtée de ce côté-ci de la elôture, c’est que nous serons cachés derrière quelqu’une des piles de planche du clos ; si au contraire elle est mâtée de ce côté-là de la clôture, c'est qu'il y à du danger et que nous nous sommes sauvés. —Et si vous vous êtes sauvés, où vous trouverai-je ? —Dans la petite rue derrière l’église des Récollets : pourrais-tu nous procurer un sleigh avec un bon cheval ; pauvre Henriette, il faudra que tu le mènes toi-même, car nous ne pouvons nous fier à per-
sonne.
—Je le nmiènerai—silence ! j'entends marcher. Je me sauve.
En effet un homme, en redingote grise, une canne à la main, s’avançait lentement, jetant, de temps en temps, un coup d'œil en arrière et sondant avec sa canne dans les interstices des piles de planches. fl était seul Tout à coup, en arrivant-au bout d’une des allées, formées par ces piles de planches dont le Ph clos était couvert, il fut saisi et jeté à terre avant Put qu’il eut le temps de lâcher un cri ou de faire la ST | moindre résistance. Son casque lui fut rabattu sur les yeux, et ses mains attachées derrière le dos avec HE sa cravate. L'attaque avait été si Soudaine, qu'il ne
| put savoir s'il avait eu affaire à deux ou à «n plus grand nombre de personnes.
-—Si tu ne fais pas de résistance et si tu ne cherches | pas à t’échapper, lui üit-on, 4 ne te sera pas fait de 3 ee mal; sinon, prends garde.
Un | —Je ne suis pas venu pouv vous pvendve, ditil d’un ton piteux.
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DEUX DE TROWVÉES. 2738
—Oh ! faut prendre l'ours avant de vendre la peau, lui répondit-on.
—Pas vendve ; pvendve.
—Nous fendre ? ça ne se fait pas si aisément.
—Non pas fenive ; pvendve.
— Nous allons te pvendve sous une tonne, marche !
Il fut conduit dans le grenier où on le mit sous une tonne vide, que l’on assujettit fermement par le moyen d’une barre de bois, que l’on plaça en travers sur le dessus.
—Je ne crois pas qu’il puisse bouger, dit l’un des deux jeunes gens.
—Il est bien là. Qu’allons-nous faire maintenant ? Il y en a encore un autre qui doit venir. Nous allons guetter à la même place, où nous avons empoigné celui-ci.
—Je crois que je ferai mieux de veiller celui-ci ; veille l’autre. Tu m'avertiras, si tu le vois venir.
—Regarde de temps en temps à la lucarne de devant, car on pourrait venir par la rue du collége.
St. Luc, entendant le signal que donnait Henriette, se rendit près d’elle.
—Nous allons maintenant partir, M. de St. Luc, lui dit-elle, en lui prenant le bras. Vous avez subi noblement votre première épreuve.
—Je suis prêt à en subir une seconde, pour vous plaire. +
—Bien vrai?
—Qui, bien vrai; essayez! Il lui serra affectueusement la main.
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—J'obéirais, dit-il, en riant.
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—Æ£t si je vous priais de me procurer,une bonne voiture avec de bonnes robes, bien chaudes, et, surtout, avec un bon cheval ; pourriez-vous le faire ? vous voyez, continua-t-elle, en riant à son tour, que je mets considérablement votre amour à contribution.
—J'ai justement ce qu’il vous faut, je serai moimême le conducteur. A quelle heure la voulez-vous? A quel endroit vous trouverai-je ?
—Disons à huit heures précises, au coin de la rue McGill et St. Joseph.
—Où je vous ai vu la première fois ?
—Justement : ce sera le lieu du rendez-vous. Nous y arrivonñs.—Maintenant, séparons-nous jusqu’au revoir.—A tantôt.
Voici-comment M. Edouard se trouvait seul, dans le clos de bois, lorsqu'il fut arrêté.—Quand le volontaire lui eut confié tout ce qu’il avait pu apprendre concernant la retraite des chefs patriotes, il résolut de profiter de ces révélations pour gagner seul la récompense. Il lui dit donc avec un air d’indif. férence :
Mon chev ami, vos venseignements me pavaissent assez bons ; mais comme je vous l’ai dit, il faut de la prudence et de la discvétion. IL faut que je sovte un instant; dans une heuve ou deux je sebvai de vetoufv,—venez à huit heufv. Si je né suis pas ventvé, vous m'attendvez jusqu’à neuf beufv ; alov nous ivons ensemble. Si je ne suis pas vevenu, Vous febvez ce que vous voudvez, c’est que je ne pouivez pas veveni.—Tachez d'être ici à huit heuves; je viendvai juste à cette henve-là. Il faut absolument les pvendve cette nuit, En m’attendant vous pven-
s bonne }] et, sure faire ?
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