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CHAPITRE XLIV, FOURBERIE PUNIE

La loi martiale avait été proclamée, et la rébellion supprimée dans le Sud. Les chefs étaient en fuite ; de fortes récompenses avaient été offertes, par les autorités, pour leur appréhension. L’effroi que causait la proclamation était exagéré par l’idée que, sous la loi martiale, l'on exécutait sans forme de procès tous ceux qui étaient arrêtés les armes à la main,ou même que l’on soupçonnait seulement d’avoir pris les armes.

Les bureaucrates étaient om slitod et se vantaient hautement que têhs les rebelles allaient être pendus. La terreur parmi les Canadiens était extréme dans la ville.

La nouvelle s'était répandue que trois des chefs, qui avaient commandé les rebelles à St. Denis et à St. Charles, étaient arrivés dans la ville. Des visites domiciliaires furent faites dans toutes les maisons où l’on avait le moindre soupçon que l’un d’eux pût être caché.

C'est à cette époque que l’on vit de grands actes de courage et de dévouement parmi les femmes canadiennes de Montréal. Plusieurs s’exposèrent à des dangers graves pour porter des secours et des consolations. On vit de jeunes femmes timides cher: cher l'obscurité de la nuit afin de n'être point découvertes, braver le mauvais temps, s’exposer aux it sultes pour porter de la nourriture à des maris om À

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des frères qui n’osaient sortir des lieux où ils se tenaient cachés.

Les sommes offertes pour l’appréhension des chefs rebelles, qui étaient entrés à Montréal, étaient considérables. Il devenaiten conséquence de la plus grande urgence que leur retraite ne fut pas connue, même de leurs amis, de crainte qu’une imprudence, une indiscrétion, ne réveillât la cupidité de quelques

personnes en qui ils auraient cru pouvoir mettre -

leur confiance. 11 n’y eut que deux personnes qui surent le lieu où ils se tinrent cachés, pendant les huit jours qu'ils demeurèrent à Montréal. L'une

d'elles était la sœur d’un de ces braves jeunes gens,

venus pour exécuter une mission avec un espoir dont ils furent bientôt déçus. Quand ils virent qu'il n’y avait pas moyen de réaliser leur dessein, alors ils songèrent à sortir de cette ville dans laquelle ils avaient eu tant de difficultés à entrer, et où ils étaient exposés à chaque instant à être découverts. Mais il

‘ était devenu encore plus difficile d'en sortir qu’il ne

leur avait été difficile d’y entrer ; parceque, leur présence étant connue, toutes les issues étaient gardées par des personnes qui, outre leur haine, étaient encore animées par l'espoir de gagner les récompenses promises.

Une circonstanee néanmoins se présenta qui prouva aux autorités combien était grande l’audace de ces jeunes Canadiennes, et à quels dangers le gouvernement se serait trouvé exposé si l'insurrection eut eu la moindre organisation.

Toutes les recherches ayant été vaines pour les découvrir, on apposta des émissaires secrets pour sui-

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posait devoir avoir des communications avec eux. On tenta de corrompre les domestiques de leurs fa milles, pour qu’ils tâchassent de pénétrer leurs secrets. Et malgré toutes les précautions les plus grandes de leurs amis, le lieu de leur refuge fut découvert ; et ce fut encore la même jeune femme qui, au milieu de la nuit, courut les avertir une demiheure, tout au plus, avant que la police ne s’y rendit. Elle leur avait procuré les moyens de s'échapper. Mais quels dangers ne courut-elle pas pour les aider; quels sacrifices d’amour-propre ne fut-elle pas obligée de faire, pour obtenir les renseignements qui lui permirent de devancer les forces envoyées pour les arrêter. Belle et bonne sœur, noble et courageuse femme, que nous appellerons Henriette ; nom que tu avais donné toi-même, en même temps que ton cœur faisait une offrande à la reconnaissance et que ta bouche formulait une prière à la générosité et à la discrétion. Ton action ne t’avait pas compromise, parceque celui en qui tu te confiais avait soupçonné un grand dévouement, quoiqu'il n’en connut point alors toute l’étendue.

St. Luc avait été infructueux dans ses recherches ; il n'avait pas pu même s'assurer au juste si c'était bien dans la rue St. Maurice qu'il l’avait perdue de . vue, … Le soir, à la même heure que le jour précédent, il se rendit à l'entrée du faubourg St. Joseph, pour revoir son inconnue et attendit, examinant toutes les femmes qui passaient, mais elles étaient toutes accompagnéos, et d’ailleurs aucune d'elles n’avait la taille de celle qu’il cherchait. Déterminé à attendre, il marchait depuis le coin de la rue McGill jusqu'à

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une petite ruelle qui communique du faubourg St. Joseph à la rue Bonaventure. Minuit sonnait, au cadran de l’église anglaise, quand il se décida à retourner à son hôtel. Ce peu de succès, au lieu de le décourager dans ses recherches, ne ft que piquer sa curiosité de plus en plus. Le jour suivant, il plaça Trim à l’une des extrémités de la rue St. Maurice, avec ordre de l’avertir, par un coup de sifflet, s’il voyait la jeune femme passer, soit qu’etle entra dans la rue St. Maurice ou qu'elle gagnât dans une autre direction. 11 prit son poste à l’autre extrémité de la même rue, qui n’est pas longue. (Cette soirée ne lui donna pas de meilleur résultat que la précédente. Il commença à croire que ce n’était pas dans ces endroits qu’il la trouverait, et qu’elle n’était plus dans cette rue.

Le lendemain étant un dimanche, il se promit de bien examiner toutes les femmes qui entreraient ou sortiraient de l’église paroissiale, où ilsupposa qu’elle devait aller. Il ne fut pas plus heureux dans sa nouvelle tentative. Alors il désespéra de la trouver et

$e décida à ne plus la chercher ; laissant au hasard le soin de lui faire découvrir, une seconde fois, celle .

qui lui inspirait un si grand intérêt.

Dans la rue Notre-Dame, un peu plus loin que l'église paroissiale, il y avait une maison en pierre à deux étages. Le rez-de-chaussée était occupé par un magasin de mercerie, au second logeait un dentiste qui occupait les chambres du devant. Au même étage, sur te derrière, une modiste d’un côté, et de l'autre, une chambre garnie, occupée par ur célibataire, où se réunissaient souvent quelr ‘ns des membres les plus violents du Doric club. , passage

et un escalier communs servaient aux personnes qui occupaient cet étage, pour entrer et sortir sur la rue Notre-Dame.

C’est un dimanche ; la demie de cinq heures vient de so ner. Il'fait nuit. Une femme, dont le pas leste et rapide trahit la jeunesse, regarde de chaque côté avant de se hasarder à entrer et de monter l'étroit escalier de cette maison.

Nous la précèderons de quelques instants, afin d’avoir une idée plus exacte des lieux avant qu'elle monte.

Entrons d’abord chez la modiste ; c'est une dame d’un certain âge ; eile est assise dans un fauteuil, les lunettés sur le nez, lisant dans une bible, tandis que son mari ronfle sur un sofa.

Un petit cabinet de toilette sert dans la semaine aux pratiques pour essayer les robes ou autres objets qu’elles font faire. Ce cabinet ne contient rien de bien remarquable : une table avec un miroir, placé près de la cloison, en bois, qui sépare cet appartement de la chambre du vieux garçon ; un sofa et deux chaises, voilà pour son ameublement.

Passons dans celle du vieux célibataire dont on entend la voix nazillarde à travers la cloison. C'est un assez joli appartement. Un tapis de laine couvre le plancher ; un petit poële en fonte, sur lequel bout un canard rempli d’eau, réchauffe. aussi la chambre. Ua lit est dans un coin ; sur une table, il y à un Ml vide, avec une grande cuillère de fer argenté. Le vieux garçon ne parait pas être sorti de la journée ; il est en robe de chambre de laine, à ramages bleus et rouges sur un fond orange ; étendu sur une espèce de divan, il fame dans une écume de mer, en écou-

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tant avec assez d’insouciance, en apparence, ce que lui dit un homme, d’une trentaine d'années, portant l'uniforme de la cavalerie volontaire.

La jeune femme vient de monter ; elle s'arrête un instant devant la porte du vieux garçon, puis marchant sur la pointe du pied, elle va frapper discrètement chez la modisie et entre avant qu’on lui ait dit d'ouvrir. La jeune femme était probablement dans l'habitude de venir \s cette maison, car elle dit sans façon :

—Je vais avec votre permission, me jeter un instant sur le sofa dans le petit cabinet. J'attends quelqu'un ; si l’on vient me demander, vous 1n’avertirez, n'est-ce pas, Madame ? | |

Sans Ôter ses yeux de dessus sa bible, qu’elle s'était remise à lire aussitôt qu’elle eut reconnu celle qui était entrée, la vieille dame lui fit de la tête un signe afirmatif. s

Aussitôt qu'elle fut entrée dans le cabine!, elle alla au sofa, qui était contre la cloison, et écouta ce qui se disait dans la chambre voisine. Elle prenait sans doute un intérêt bien grand à ce qui se disait dans cette chambre, car elle n’eutendit pas la modiste qui, au bout d’un quart d’hzure environ, vint à l’ene trée du cabinet lui demander “ si elle voulait prendre une tasse de thé.” Elle dort, pensa la modiste, qui s& retira discrètement en fermant sur elle la porte du cabinet, à |

Le vieux garçon que nous nommerons M. Edouard parlait du bout de la langue. ‘Il avait de la difficulté à prononcer les “ r ; ” ce qui rendait sa conversation

| un peu difficile à comprendre pour une personne ton habituée à l'entendre.

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—Je ne cvois pas que ça soit bvai, disait-il au mo. ment où la jeune femme entrait dans le cabinet de la modiste. On nous a tant donné d’infobvmation qui se sont tvouvée fausse. Le désibv de gagner ces bvécompenses, bvend tout le monde fou.

—Oui, mais, cette fois-ci, je me crois certain d’être sur la bonne piste. Le fait est que j'en suis positivement sûr, répondit le volontaire.

—Pvobablement ! vous êtes toujouv cevtain, vous! Mais continuez ; je pvends note.

—Vous allez en juger.—Je vous ai déjà dit que jeudi dernier, vers neuf heures du soir, j'étais à la stâtion de police, quand la patrouille amena deux voleurs pris dans le faubourg St. Joseph. Ils avaient été arrêtés pour un assaut commis sur une femme;

du moins c’est ce qu’un nègre, qui les tenait par le collet de leurs capots, dit à la patrouille quand il les lui remit. Je n'avais pas fait attention à cette circonstance, et je n’y aurais probablement plus pensé, si, hier, je n’eusse appris de Mary, qui demeure chez le Dr. L......, qu’une dame respectable avait été attaquée par des malfaiteurs l’avant-veille.

Quel rapport cela a-t-il avec les bvebels ?

—Vous allez voir ; je lui demande...

—AÀ Mavy ?

—Oui, à Mary, quelle était cette dame ? D'abord, ellé ne voulut pas me le dire ; mais à la fin vous savez, les femmes, il faut que ça parle ; elle me confia en secret, bien entendu, que c'était sa jeune maîtresse qui sortait, comme gl seule, depuis deux à trois soirs, vers huit heures ou huit heures et demi, et ne rentrait que tard. Elle se déguise en hablis

d'homme depuis qu’elle a été attaquée.

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n, VOUS !

\ dit que étais à la ena deux ls avaient à femme ; enait par , quand il on à cette ent plus demeure s avait été

D'abord, a fin vous elle me sa jeune puis deux s et der, en habits

—C'est une amouvette, probablement !

—Attendez donc. Je né pense pas, moi, que ce soit une amourette ; je pense, bien au contraire, qu’elle ne sortait ainsi, en cachette, que pour voir l'un des chefs de St. Charles, qui sont actuellement cachés dans la ville.

—Vous ne pensez qu'à la bvécompense, vous autves ; c’est ce qui fait que vous. voyez toujou un bvebel, là où il y a qu’une intvigue. Mais, continuez ; -

je prends note.

—Ce n'était pas une intrigue, car elle est la sœur d'un de ces chefs qui se cache.

‘Sa sœubv ? Ah ! c'est diffévent ; s’il est son fvebve, l'affaive devient sévieuse, tvès sévieuse !

—C'est ce que je pense ; mais ce n’est pas tout: hier soir, vers sept heures, je me suis rendu au Marché-à-foin et me suis caché en face de la maison du Dr. L...... ; j'attendis une bonne heure, au moins. Enfin je vois sortir le jeune homme, c’est-à-dire la jeune femme, qui portait quelque chose sous son bras. Au lieu de prendre à droite, comme je m'y attendais,

elle gagna la rue Bonaventure, enfila la ruelle qui

conduit à la rue St. Joseph. Elle marchait si vite, que je fus obligé de courir pour qu’elle ne m’échappa point. Elle était à peu près à la moitié de la ruelle quand m’ayant sans doute entendu, elle se sauva comme une biche. Quand j'arrivai à la rue St. Joseph, elle avait disparue.

—Là 1... vous avez tout pevdu, pouv avoiv toufvu ! prenez donc gavde, une autve fois !

—Ce n’est pas tout ; je vis un nègre.

—Un gvos ?

Qui; le connaissez-vous ?

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—Continuez ; je pvends note.

—Qui s’en allait du côté de la rue McGill. Je lui

demande s’il n’a pas vu passer une femme qui cou-

rait? {l me répond que oui, en me désignant le côté opposé à celui où il allait.—Je ne perds pas de temps. Je reprends ma course ; et, après avoir couru une bonne escousse, je rejoins, en effet, une femme qui courait. C'était une vieille irlandaise, à moitié soûle ! C'était de ma faute; j'avais demandé au nègre s’il avait vu une femme.

—Tvès maladvoit! Comment voulez-vous qu'il pvit un garçon pouv une fille ? et vous de pvendre une irlandaise pouv un garçon ! C’est tvop stupide, pav exemple ! C'est tvès bête, mè me !

—J'en conviens. Aussi m'y suis-je mieux pris aujourd’hui.

—Pvobablement ! continuez ; je pvends note.

—Je me suis rendu cette après-midi à la prison. J'ai fait venir à la grille, l’un des prisonniers, que j'avais vu à la police jeudi soir. Moyennant une piastre, je lui ai fait raconter tout ce qui s'était passé lors de l'assaut sur la jeune femme. Il m'a dit qu'elle avait un manteau ; qu’elle portait un petit panier, dans lequel il y avait une bouteille et quelques provisions. Qu'elle était entrée dans un clos de bois dans la rue St.Maurice lorsqu'ils l'attaquèrent, Qu'elle sut délivrée des mains du P'tit loup, qui vou-

lait lui faire du mal, par un homme auquel vint se

joindre le nègre qui les avait livrés à la patrouille. —AÀ la bonne heubve ! Vous vous êtes mieux pvis

aujouvd'hv continuez: je pvends note.

—Ilm'e ontré un petit porte-monnaie qu'il avait pris à la } ne femme, dans lequel il y avait une

. de lui qui cougnant le [s pas de jir couru e femme à moitié andé au

ous qu’il > pvendre p stupides,

ieux pris

note.

la prison.

niers, que nant une était passé | m'a dit it un petit ile et quelns un clos tiaquèrent:

Pr qui vou uel vint 88 patrouille.

mieux pvi$

qu'il avait y avait une

enveloppe de lettre déchirée sur laquelle on ne voyait que cette partie de l'adresse. Voici l'enveloppe, regardez.

—Henviette !...mais Henviette qui ?

—Ou D...; ou G... ; ou C... ; l’une destrois. Je

crois que ça doit être Henriette D...

—Et apvès ? continuez ; je pvends note.

— Après, je suis venu ici au sortir de la prison ; j'ai frappé à la porte, personne ne m'a répondu.

—Je dovmais ; probablement.

. —Et je me suis rendu tout droit à la rue St. Maurie. Le clos de bois n’était pas difficile à trouver, il à gauche. J'entre dans le clos ; visite partout ;

“regarde dans tous les coins ; rien. Pas de traces qui

pussent me guider ; toute la journée, hier, des voitures avaient charroyé des planches et des madriers. Tout-à-fait en arrière du clos, il y avait une petite clôture en planches, qui séparait le clos d’un terrain vacant attenant à la vieille bâtisse en pierres dont la couverture en tôles est peinturée en rouge. L'entrée de cette bâtisse est sur la rue du Collége.

—Je la connais; c'est la bvassebvie de Monsieu Daubveville. à

Justement. Eh bien ! en suivant cette clôture, j'aperçus l'empreinte de deux petits pieds” Je suivis la piste ; il n’y avait pas à s'y méprendre. Elle

| traversait le lot vacant, allait à un tas de vieilles

barriques et de quarts, placés les uns sur les autres, à l’un des coins de la brasserie. Derrière ce tas de

… Marriques, il y avait une petite porte qui donne entrée

dans la brasserie. La porte est en chône fermée par

un verrou en dedans. C'est là qu’ils sont cachés, j'en suis sûr.

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—(a me pavait probable ; mais il ne faut pas en êtve trop cevlfain. S'il n'y avait bvien, nous subvions la bvisée de tout le monde. Pvenons n0s3 pvécautions ; n’en disons bvien à pevsonne, et nous gagnevons la bvécompense à nous deux. Continuez ; jegvends note.

—Qu'allons-nous faire maintenant ?...

En ce moment la jeune femme, qui était toujours restée dans le cabinet, se leva tout agitée, souhaita le bonsoir à la modiste, descendit précipitamment l'escalier, et se dirigea rapidement du côté de lar St. Joseph. |

Revenons à St. Luc. Cette journée là, il édifier ceux qui le remarquèrent. Il avait assisté la messe ; il retourna aux vêpres, et venait de sortir de T'archiconfrérie, suivant la foule qui s’écoulait dans la direction de l’église des Récollets, où il serait peut être entré, s’il y eut eu quelqu'office. Il parais sait chercher quelqu'un, car il s’arrêtait et marchait quelques instants derrière certaines personnes dont la taille ou la démarche avaient attiré son attention;

puis il passait rapidement pour s'arrêter un peu plus loin. Rendu au coin de la rue McGill, il se tint sous la lanterne, regardant, un peu effrontément peut-être, tous les jôlis minois qui passaient. Son examen ne sembla pas avoir été satisfaisant, car après que les femmes furent toutes passées, il laissa échapper un profond soupir, et reprit, à pas lents et#fa tête baissée, le chemin qu'il venait de parcourir: La rue élait devenue à peu près déserte après l'écouleinent del foule, qui était sortie de l'église paroissiale à issue de l’archiconfrérie, | Arrivé en face de l’église des Récollets, il entendi à

Res

, pas en le frôlement d'une robe de soie, sans presque voir la gubvions personne qui, venant à sa rencontre, passait à côté de autions ; lui. 11 releva la tête et se retourna pour regarder. evonsla 4 La taille de cette femme ainsi que sa démarche le epvends frapprent ; malgré toutes ses déceptions de la jour-

née, il la suivit. Elle avait une pelisse de soie noire, un chapeau de velours de même couleur ; son voile

| toujours élaitrabattu. Elle tenait de la main droite uu petit souhaila manchon de vison ; elle marchait vite, et paraissait itamment très-pressée.

de lar Le cœur de St. Luc battit. Etait-ce elle? Elle

vait pas le même habillement ; mais elle marchait MTbien comme celle qu’il cherchait ! Il eut envie

de lui adresser la parole ; mais que lui dire ? Comment l’aborder ? Si ce n’était pas elle ? Enfin une idée le frappe ; il ti e le mouchoir qu’il a trouvé dans le clos de bois, et qu’il portait dans sa poche. ‘Si

là, il ait assisté it de sortir i s’écoulait Où il serait

IL parais- elle ne me répond pas et qu’elle regarde le mouchoir, et marchait c'est elle, pensa-t-il, si elle répond, je connaîtrai sa sonnes dont voix.”

n attention; —Madame, lui dit-il, voici, je crois, votre mouchoir

un peu plus que vous venez de laisser tomber. 1 us Lu e .

se tint 50 La dame prit le mouchoir, regarda au chiffre, le

nt peut-être, mit dans sa poche, salua, et continua sa route, sans examee : . A avoir relevé son voile, ni dit une parole.

4er Re un —Henriette, dit St, Luc d’une voix presque timide.

Lise VASE La jeune femme sembla hésiter un instant, puis

La rue était elle se mit à hâter le pas.

einent del —Henriette, si c'ést vous, pourquoi ne pas me

siale à issue répondre ? Si ; je me trompe, pourquoi, Madame, ne 0 M me le dites-vous pas ?

ïs, il entend ! D C'est moi, Monsieur, dit-elle d’une voix émue

Ë > fi a | (Sin A CAT UE h \ \} ;

et presque suppliante, je vous en prie, ne me retardez as.

' Ah! vous êtes toujours bien pressée de vous éloigner quand c’est moi qui vous parle ; si vous saviez combien je vous ai cherchée !

— Pourquoi me cherchiez-vous, Monsieur ? fit-elle avec un visible effort.

St. Luc était timide devant cette femme. Il se sentit confus, et ne sut que répondre.

—Me repoussez-vous ? dit-il enfin, d'un ton où sa voix tremhlait un peu.

Henriette hésita un instant, puis répondit :

: —Eh bien ! non, venez ; je n’ai pas un instarlk,à, perdre. br.

—Où allez-vous donc ?

—À la même place. .

Un éclair de jalousie traversa la pensée de St. Luc ; il crut à un rendez-vous d'amour. Il aimait lui-mème, sans connaître celle pour qui il se sentait un senti:ment que les obstacles n'avaient fait qu’accroitre. Il se redressa dans son orgueil, et lui dit sans réfléchir à l’inconséquence de ses paroles :

—Un rendez-vous ?

— Presque, répondit-elle ; pourquoi me faites-vous : celte question ?

—Je suis fou. J'ai eu l’idée que ce pouvait être un rendez-vous d'amour.

=-Et, quand cela serait ; quel intérêt cela a-til pour vous ?

—Henriette ! pardonnez-moi.….je vous aime | La jeune femme, qui n’était occupée que d'une seule idée, ne s’offensa pas de ce que venait de lui dire St, Luc.

etardez

le vous si vous

? fit-elle >, Ils

on où sà ts M instal, à

St. Luc; ui-mème,

un senti croître. Il s réfléchir

aites-VOUS ‘

uvait ètre

cela abil

ime !

que d'une naît de lui

—Vous dites que vous m'aimez ? pardonnez-moi à votre tour, si je vous dis que je n’en crois rien. Vous avez été intrigué un peu; vous vous êtes mis en tête de découvrir qui j'étais, vous n'avez pu réussir, le peu de réussite vous a irrité ; c’est cette irritation que vous prenez pour de l'amour.

—$Si vous saviez comme je vous ai cherchée ! tous les soirs je me suis rendu à l'endroit où je vous ai vue pour la première fois, espérant vous y trouver.

—Je le sais.

—Vous le savez ?

—Oui, j'ai passé à vos côtés en allant et en revenaht hier et avant-hier ; j'avais pris des habillements d'homme. Je vous ai presque touché en passant, vous ne m'avez pas reconnue, mais je vous ai bien vu, moi. J'ai bien pensé que c'était le désir de me revoir, qui vous aVait conduit à cet endroit.

—Vous m'avez reconnu, vous saviez que c'était vous que je cherchais, et vous avez passé sans daiguer me donner un signe de reconnaissance ! Vous êtes bien cruelle !

—Non, non ; je n’étais pas cruelle : si vous saviez ce que je souffrais d’être obligée de vous traiter ainsi. Mais le devoir m'y forçait.

—Le devoir ?.

—Qui ! et la prudence.

—Devoir, prudence ! Avez-vous peur de moi ?

—Je vous ai donné la plus grande preuve possible

que je n’avais pas peur de vous personnellement, et

que j'avais confiance en votre honneur. Ce n'était

pas cette crainte que j'avais.

—Mais quelle crainte donc ?

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—Écoutez-moi. Je vais vous faire quelques questions ; répondez si vous le jugez convenable, Vous êtes étranger à Montréal ?

—QOui.

—Avez-vous formé quelqu'opinion politique, sur les évènements qui se passent en Canada ? Comment considérez-vous les rebelles ?

—Je les plains parcequ’ils ont été trompés ; je crois qu'ils ont raison de demander le redressement de leurs griefs ; qu'ils n'auraient pas du prendre les’ armes, quoiqu'ils l’aient fait plutôt dans un but de défense que d'agression. °

—Vous savez qu'on a offert des récompenses pour l'appréhension des chefs ?

— Je le sais.

—Aideriez-vous à leur arrestation ?

—Non.

—Savez-vous que trois de ceux pour l'arrestation desquels on offre des sommes d'argent, sont actuellement cachés dans la ville? Si vous connaissiez le lieu de leur retraite les découvrireriez-vous ?

—On dit que deux des chefs qui étaient à St.

Charles, et un autre de St. Eustache, sont cachés dans la ville. Je ne connais point l'endroit où ils se cachent ; mais si je le connaissais, je n’en parlerais

pas.

—S'ils avaient besoin de votre aide pour sortir de la ville, le leur donneriez-vous ?

—Non ; car quoique je les plaigne, je ne voudrais pas me compromettre personnellement sans motif suffisant, R

—Vous m'avez répondu franchement, je n'ai aucune raison d'en douter ; et votre généreuse Con:

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