RENSEIGNEMENTS
Depuis plus de dix semaines, St. Luc n'avait pas eu de nouvelles de Meunier, qui lui avait écrit ou fait écrire de Québec ‘“ qu'il se crea sur les traces de madame Rivan.”
Il y avait près de quinze jours qu’Henriette était partie. St. Luc avait pris des informations sur le prétendant à la main dela sœur de son ami, et s'était
fait présenter. Il n'eut pas de peine à reconnaître que celui qu’elle avait choisi pour devenir son époux était digne d'elle. Dès ce moment, il résolat sérieu- sement de combaltre un amour sans espoir, et il y
réussit plus facilement qu'il n’avait osé l’espérer. Les racines en étaient peu profondes sans doute; peut-être aussi était-ce parce que son amour-propre en avait souffert, peut-être encore, et c’est ce qui était plus probable, ce qu'il avait pris pour un amour réel n’était-il qu’un de ces sentiments éphémères où les appétits des sens ont ‘plus de part que l’âme. Cependant, s’il ne ressentait plus d'amour, il éprouvait pour Henriette un profond sentiment d’admiration, et un vif désir de la connaître plus intimement.
Il avait un excellent prétexte de lui écrire, d'abord pour lui donner des nouvelles de son frère, puis pour
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en obtenir sur la santé de madame de St. Dizier. Il écrivit donc une lettre à Henriette, dont il attendit la réponse avant de se décider à descendre à Québec.
Quelques jours après, deux lettres lui furent remises, portant le timbre de la poste de Québec; l’une ne contenait que ces mots : ‘ Meunier a vu madame Rivan il y a un mois, mais il ne l’a pas revue depuis.”
L'autre était de Henriette. St. Luc la lut avec calme et se sentit tout fier de voir que cette écriture ne lui causait qu’une douce impression de joie, bien différente de la violente palpitation que la première lui avait fait éprouver. ‘
Il fit appeler Trim, auquel il donna ordre de préparer immédiatement ses malles, avec injonction de ne pas s'absenter. S'étant informé de la résidence
de M. Toussaint Peltier, avocat, il se rendit à son
bureau, à l’encoignure de la petite rue St. Jacques et de la rue St. Gabriel. |
Comme St. Luc n'avait pas mis la lettre dans sa valise, et qu’elle était réstée toute ouverte sur sa table, nous ne croyons pas commettre une indiserétion en la lisant, d'autant plus qu’elle était très-courte et qu'elle peut expliquer la raison qui conduisait St. Luc au bureau de M. Peltier :
“ Monsieur de St Luc,
“ J'ai reçu ce matin votre bonne lettre ; elle m'a : | fait un plaisir bien grand, peut-être plus encore par | son ton amical que par les bonnes jaroles que vous
me dites. Je suis heureuse que vous “soyez sorti
F vainqüeur d’une lutte impossible,” comme vous le dites. Je me sens maintenant beaucoup plus àjl'aise