ONE DE PERDUE
il ne s'était proposé que d’user de ruses et d'intri- : s. gues, maintenart il voyait qu'il lui faudrait ajouter un crime de plus a ceux qu’il allait commettre ; peutêtre un assaséinat serait-il nécessaire. JL tenait dans
ses mains les fils d’une trame qu'ilavait ourdie avec soin, pour s'emparer de la succession d’Alphonse Meunier ; et l'arrivée subite de Fiarre de St. Luc pouvait {out détruire ; il connaissait parfaitement son homme. M. Pluchon était dans ses mains un agent äctif et sûr, qu'il faisait mouvoir à son gré ; il-était d’ailleurs certain de sa discrétion, ayant toujours en le soin de ne pas se compromettre directement luimême, et ténant en main les preuves suffisantes pour faire condamner Pluchon pour deux ou trois crimes, dont un seul lui ent valu la potence. Le Dr. Rivard agissait d'autant plus sûrement, qu’il passait dans le monde pour un parfait honnête homme, pieux, dévot
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' et fréquentant régulièrement les églises. | à | —Æb bien ! qu’en pensez-vous M. Pluchon ? Qu'al- Le Î Ép lons-nous faire ? À l'a
| it —Ma foi, je n’en sais rien. Je crois que toutest % qu perdu, fors l'honneur, comme on dit. sa
Dans toute autre circonstance, le Dr. Rivard n'eut 4 pu s'empêcher de rire d’entend:e Pluchon parler ! k
—Que faut-il faire ?
d'honneur, mais d’autres choses l’occupaient en ce be: | .. moment. Fe va | à —Non, tout n'est pas perda, seulement il faudra ta j un peu plus d'activité, peut être un peu plus d'argent, bit ! voilà tout. Pour l'activité, je crois que vous n’en vd l: , manquez pas ; quant à l'argent, nous en avons asser, Pie | | Dieu merci ! À |. me |
tan din tite
à : ” " or te rt RE OT PANIER NE ALES y $ à CHENE
—Evcoutez et retenez bien ce que je vais vous dire : d'abord, avant tout, il faut que demain à neuf heures du matin j'aie ici en ma possession la petite cassette de maroquin rouge, où sont enfermés les papiers de feu M. Meunier.
—Vous l'aurez.
—ÆEnsuite, il faut qu’en sortant d'ici vous ‘alliez trouver Edouard Phaneuf, le ‘pilote, et lui dire que, coûle que coûte, il est nécessaire que le capitaine Pierre n'arrive pas à la ville avant que vous en ayez été averti. Vous arrangerez vos plans ensemble pour cela. Voici cinquante piastres que vous lui donnerez en à-compte. Qu'il parte de suite et se tienne à l'embouchure du fleuve, ou croise en vue jusqu’à l’arrivée du Zéphyr.
—Je le verrai.
— Aussitôt que vous aurez donné vos instructions à Edouard Phaneuf, vous irez trouver la mère Coco- Letard, et vous la préviendrez que, d’un instant à l’autre, vous pourrez avoir besoin de sa maison, qu'elle appelle “son habitation des champs,” vous savez ?
—Qui.
—Vous lui direz qu’un certain monsieur aura besoin d'y être conduit ; et qu’une fois rendu dans son habitation des champs, il faudra le saisir et l’at-. tacher : ses trois grands garçons pourront suffire et vous en donner avis en toute hâte. Vous vous ar: rangerez avec elle pour lui désigner le api Pierre. Voici vingt-cinq...
Le Dr. Rivard et M. Pluchon se retournèrent vivement du côté de la porte du cabinet. Un léger bruit Mis ms pas dé quelqu'un qui se retire, —
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fait entendre dans la pièce voisine. Le Docteur, effrayé, courut à la porte qu'il ouvrit, il ne vit personne ; il alla à la seconde qu'il ouvrit aussi, il ny avait personne. Après avoir donné un tour de clef, il revint s'asseoir à son fauteuil dans son cabinet.— Ce n’est rien, dit-il, c’est le vent qui souffle à travers les persiennes.—Prenons un coup de vin. Le Docteur prit un peu de vin rouge, et M. Pluchon se servit un plein verre de cognac, qu'il vida d’un trait. —Je vous disais donc que vous donnerez ces vingtcinq dollars à la mère Coco-Letard ; vous lui direz qu'elle en aura autant pour chaque jour qu'elle gar- ° dera le monsieur chez elle ; qu’elle n'ait pas d’inquiétude pour la nourriture, et que moins elle lui en donnera, sera le mieux pour sa santé ; enfin que si, par accident, le monsieur venait à mourir au bout d’une semaine et pas avant, vous entendez, eh
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bien ! ça sera un accident et non pas sa faute ; dans ;
ce dernier cas elle auæa 100 dollars pour les frais
d’enterrement, vous. comprenez? Surtout prenez
bien vos précautions pour qu'elle ne laisse pas échap- | € per le capitaine Pierre aussitôt qu’il mettra le pied 8 sur la levée, s’il y met jamais les pieds ! té | Soyez tranquille. P —Maiutenant partez. Voici ma bourse, elle con- a. |! tient cent dollars pour vous. Venez ici demain | matin à six heures, vous me direz le résultat de vos | li à démarches. N'oubliez pas que, quelque chose qui " r arrive, 11 me faut ici la petite cassette à neuf me té .. ! demain matin. RSS l { —Vous pouvez compter sur moi. F4) P | : M, Pluchou remit sa redingote, prit son m
et son parapluie, eb sortit,
Le lendemain matin à six heures, M. Pluchon annonçait au Dr. Rivard que le Zéphyr n'était pas encore arrivé, que le pilote Edouard Phaneuf était parti pour l'embouchure du fleuve, etque la mère Coco-Letard était en sentinelle sur la levée, plus bas que le couvent des Ursulines, d’où elle pouvait apetr-
cevoir de loin et suivre de la vue le Zéphyr quand il
arriverait.
Le docteur Rivard demeura enfermé dans son cabinet jusqu'à huit heures avec M. Pluchon, lui donnant ses instructions ultérieures au cas où le capitaine Pierre arriverait.
À huit heures M. Pluchon partit pour se rendre au greffe de la Cour des Preuves, où l’attendait M. Jacques.
A neuf heures, M. Pluchon arrivait chez le Dr, Rivard, tenant auelque chose enveloppé dans un foulard, sous son bras.
La porte était fermée. Il sonna. La vieille Marie courut à la porte et l’ouvrit. En voyant M. Pluchon elle fit une grimace, que celui-ci ne remarqua point, tant cette grimace pouvait être prise pour une simple contraction des muscles dans la figure de la négresse.
— Vous pas pouvé voir mon maître ; mon maître li couché, li passé toute la nuit à écri, et a di pas
È réveillé li.
—Va réveiller ton maitre, vieille sorcière, ou je l'enfonce ; dis-lui que c'est M. Pluchon qui lui apporte ce qu’il lui a promis.
La négresse s'en alla réveiller son maître, en murmurant entre ses dents ‘ sapré Mossié Plicho |”
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: Mais le docteur qui s’était jeté sur un lit de sangie tout habillé et qui ne dormait pas, avait entendu M.
Fa Pluchon, et il venait pour le faire entrer. M. Pluchon lui remit le paquet qu’il avait sous le
bras.
Le docteur, après l’avoir congédié sans façon, 1 L entra dans son cabinet où il s'enferma, détacha le d Pe foulard, et un sourire de suprême satisfaction vint errer sur ses lèvres et se répandit sur sa figure... I] tenait en sa possession la petite cassette de maro-
| quin rouge ! , CHAPITRE V:
q | UNE SCÈNE A BORD | n Fi Depuis que le Zéphyr était sorti de la baie de Ma- | ï tance, le vent avait été variable, sautant subitement d'un point à l’autre du compas, de manière à par- . courir la rose des vents dans toutes ses directions. : « : - Toute la journée, de gros nuages sombres étaient 4 restés suspendus à la voûte du firmament ; l’atmosphère était lourd et pesant ; le thermomètre, vers les (| tinq heures de l'après-midi, était tombé considéra- % dé | blement. Tout présageait l'orage pour la nuit. pi Le capitaine Pierre se promenait sur le pont, (4 nm L regardant de temps en temps le en hunier, qui | l fasiait au vent. d' fl —Babord un peu la barre, cria le capitaine au br | timonier. ie ee nl: —Babord un peu la barre, répéta le timonier, :
D 4 ; ; A DÉS afp 30 LAURE ARC LET NA a tr Et NT 18 4 114 E F4 a pen 2
—Où le vaisseau a-t-il le cap ? ‘a
—Nord, quart nord-ouest. Ù à —Holà, en avant là, des hommes à la hunede | * misaine, pour prendre deux ris dans le petit hunier. | Cinq à six matelots s'élancèrent par les haubans’ du 1 1 mât de misaiñe, et en un instant furent sur son : hunier. | r —Amène le petit perroquet !
—Oui, oui, capitaine.
e. —Brasse sous le vent la graud’voile et le grand |
hunier !—Des hommes à l’artimon pour serrer la ! perruche ! Un peu vite, mes enfants.—-Borde roide È 1 la briganuine ! C'est bien.—Amarre partout. ï Le capitaine, après avoir donné successivement ses ordres qui furent exécutés vivement par les gens du quart, fit trois à quatre tours sur le pont, puis revenant à l'arrière :
—Timonier, gagnons-nous sur la route ? ; —Oui, capitaine.
t | —Combien ?
—Deux points.
4 —Babord encore la barre un peu !
" —Babord la barre un peu, répéta le timonier. … 4 Li —C'est bon là, droit la barre maintenant! ne A Et le Zéphyr, donnant à la bande sur tribord, fen- 11128
dait l'onde qui s’ouvrait en bouillonnant sous sa
proue et laissant loin derrière lui une trace écu- “15e
RS 07 ï Sir Arthur Gosford était assis sur le pont ayant d'un côté sa fille Clarisse, et de l’autre Miss Thornbull. Tous trois gardaient le silence, suivant des
- yeux les différentes manœuvres qu’exécutaient les *
matelots, et écoutant les ordres du capitaine,
PRES rence pme
Jl y a quelque chose de si neuf dans ce langage de mer, si brusque, si rude, si court, que l’on semble involontairement l’admirer comme une expression d'un monde inconnu. Et, à la veille d’un orage, sur l'ifimensité des mers où l’on ne voit que des flots mugissant, saRoranl, écumant, à droite, à gauche, à l'avant, à l'arrière et partout, l’âme est si impressionnable, qu'un rire, un accident de tous les jours, l’agite et la transporte !
Sir Arthur Gosford admirait la sublimité du spectacle qui se déroulait dans cet immense horizon. Miss Thornbull éprouvait une certaine crainte vague et indéfinissable ; et Clarisse, malgré sa vive gaieté, était sérieuse ; elle regardait furtivemént le capitaine Pierre, admirant sa belle figure si noble, et sa voix sonore si mâle. Il était en ce moment appuyé sur le bastingage de tribord, regardant fixement à l'arrière, comme s'il eût cru entrevoir quelque chose. On n’entendait que le bruit des pas des matelots sur le pont, et le sifflement des vents dans les cordages.
—Quelqu’un là, ma longue-vue ! cria le capitaine.
—La voici, capitaine, dit Sir Arr Gosford en se levant pour la lui donner.
__—Pardon, merci, monsieur.
Le capitaine regarda quelque temps, balayant l’horizon de sa longue-vue et lui faisant décrire un cercle assez considérable.
—Rien, dit-il, en enfonçant avec la paume de sa main droite les tuyaux de la longue-vue les uns dans les autres; j'avais cru apercevoir quelque chose.
—Hola, ho ! En avant là, un homme au haut du mât.
Un matelot monta dans le grand mât, et en n quel ques instants fut au grand sasatols,
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—Ÿ a:til quelque chose en vue ?
—Non, capitaine.
Un instant après cependant, on eutendit du haut du grand mât une voix qui criait:
—Deux voiles à l'arrière à nous.
— De quel côté ? demanda le capitaine.
—Babord à nous.
—À quelle distance ?
—Une trentaine de milles.
—Quelle route ?
—Sur nos traces.
—C'est bien. Tu peux descendre maintenant.
À peine le mot ‘ deux voiles à l'arrière à nous” eut-il retenti sur le pont, qu'un homme dans la cabine se jetait à bas de son lit, à moitié mort de frayeur, passant à la hâte un pantalon, chaussant ses savales, et s’enveloppant d’une vaste robe de chambre de flanelle blanche. Sou immense bonnet de coton blanc et les traces visibles du mal de mer lui donnaient l'apparence d’un revenant.
—Qu'y a-til? qu'y atil? criait notre malade du haut de sa voix nazillarde et tremblante.
A la vue de cette apparition, si grotesquement comique, qui, dans son trouble, au lieu de monter par l'escalier, avait sauté sur la table et débouchait par lè grand hublot de la cabine, Clarisse Gosford ne put réprimer un éclat de rire si vrai, si franc, que, malgré la solennité du mament, chacun fut saisi de la contagion ; le capitaine lui-même ne put s'empêcher de faire chorus. Il n’y eut.que Miss Thornbull qui n'éclata pas.
—Mais wa chère, lui dit à voix basse Clarisse, qui était venu se mettre à ses côtés, as-tu jamais vu sem
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Amen pr npnne meme ace dbniotiatoéttoitens ( à A NE Fa een tnt TNT Pen 3 “ (NAME Tu Le
blable figure ? on dirait du dernier des Mohicaus,
sortant de la tombe de ses pères pour réclamer le
patrimoine de ses ancêtres !
Le capitaine, qui avait entendu la remarque de Clarisse Gosford à son amie, ne put s'empècher de lui dire, en se penchant à son oreille et en souriant :
— Vous êtes une petite méchante !
—Vous croyez ! lui répondit-elle, sur le même ton,
en faisant une petite moue pleine de coquette gentil-
lesse ; puis élevant la voix :
—Oh ! monseigneur te comte d’Alcantara, que nous sommes heureuses de vous voir arriver. Si vous saviez comme ma pauvre Sara est effrayée! Elle qui a si peur d’un orage sur terre, que sera-ce donc d’une tempête sur mer ? Croyez-vous que nous allons avoir une tempête ? vous qui êtes marin, vous connaissez cela.
—Mais cela dépend, répondit le comte, qui ne s'était
: pas aperçu que les éclats de rire avaient été dirigés à
son adresse ; qu'en pensez-vous, capitaine ? ji
—Je ne crois pas que nous ayions de tempête, peutêtre un peu de vent cette nuit, mais pas trop fort.
—C'est aussi mon opinion, à moins cependant.
hem ! Et il regarda Miss Tnornbull, en se drapant dans sa longue robe de chambre et en poreans un air connaisseur. ;
—À moins cependant ? reprit Clarisse. .
—A moins qu’il n’y ait...qu'il ny ait...une tempête, continua-t-il.
—Oh! c’est juste. Vois donc, ma chère Sara, comme nous devons être heureuses d’avoir avec
nous un homme d’une aussi grantle expérience. Sa- | vez-vous, monseigneur, que mon amie me disait, il