‹ Une de perdue, deux de trouvées [microforme]Chapitre 23 sur 78 · AT · texte numérisé non relu

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à 108 : UNE DE PERDUE

sauvé la vie, nous lui devons une éternelle reconnaissance, je le verrai et m'acquitterai envers lui, autant qu'il est en mon pouvoir, de ce que je lui dois.

Quant au jeune homme, il était remonté sur son cheval, qui, couvert d’écume, était revenu en hennissant au devant de son maître. Il repartit au galop afin de se soustraire aux félicitations dont on l'accablait par un acte qui, dans son idée à lui, re méritait pas la peine d’être mentionné.

Le lendemain et les jours suivants se passèront,

sans que le brillant cavalier revint à la ville. Le père de la jeune fille fit d'inutiles recherches pour le rencontrer et lui exprimer sa reconnsissance. Il se rendit à la Campagna. L’économe de l'habitation lui répondit que le propriétaire en était parti, depuis deux jours, pour la Havane, où des affaires pe santes l'avaient appelé subitement,

Déjà deux semaines s'étaient écoulées, et la bloude jeune fille n'avait pas revu celui qui lui avait sauvé la vie le jour de la grande revue. Elle n'osait questionner les personnes de la maison. Tous les soirs, à l'heure de la promenade, elle s'y rendait, et s'en reveñait triste et rêveuse, sans avoir pu rencontrer celui que son'cœur cherchuit.

Un jour, le soleil était demeuré caché sous de

sombres nuages couleur d’encre ; un vent tiède souf-

flait sur la ville de Matance. Il y avait apparence d'un orage lointain, et aux signes du firmament et du baromètre, plusieurs heures devaient se passer avant que la tempête put commencer à se faire sentir. La jeune fille, ne pouvant résister à l’impatience flévreuse

‘qui l’agitait, appela son esclave Sambo et lui ordonna

de lni seller son cheval. Quelques minutes après

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“dans la confusion de ses pensées, loin d’avoir cher-

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DEUXV/DE TROUVÉES.

elle s'élança au galop, montée sur une blanche ca- LT vale, qui avait été nourrie dans les grasses prairies da: de l’Andalowsie. Elle ne suivait aucune route choisie, elle n'avait aucun but dans sa course à cheval, ii elle ne voulait que de l'excitation, de l’air, le grand Jet |'OAE air pour respirer à l’aise et secouer la mélancolie qui te l'accablait. Déjà elle a quitté loin derrière elle la ville et ses faubourgs; sa blanche cavale boudit à QUe travers les champs. Soit hasard, soit instinct, la ca- Ne

vale court dans la direction de la Campagna, l'habi- se tation de l'étranger. Serait-ce que la campagne est ii

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plus belie dans cette direction ? Serait-ce que le par- . à fum des orangers en fleurs est plus odorant de ces ‘0 côtés ? Nous ne le savons pas. Peut-être que la jeune dé :Fa fille ne le pensait pas non plus. Toujours est-il que <

déjà sur un côteau dans la distance, corminençais à appartître la blanche toiture des cases des nègres de la plantation ; plys loin on aperçoit la maison de l'économe ; plus loin encore on distingue, à travers un massif de palmiers et d’orangers, la splendide demeure du propriétaire de la Campagna, avec ses petites tourelles à l'antique et sa façade de marbre blanc. Déjà la longue avenue, qui conduit de la grande route à la Campagna, se déroule à ses yeux comme un immense éventail dont les fanons vont en se rapprochant, jusqu’à ce qu'ils se réunissent aux deux pignons de la maison qui lui sert de base.

Elle regarde, et s'étonne de se voir rendue si loin de la ville et si près de cette demeure. Elle n'avait pas remarqué la route que sa cavale avait suivie, et

ché à réprimer la course vagaboude de sa monture, elle l'avait excitée de sa fine et souple cravache, à la

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Au même instant un coup de fusil se fit entendre, et

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tête d'argent, figurant deux colombes aux ailes renflées et s'éntrebecquetant. Elle tira sur les rênes pour réprimer l'impétuosité de son cheväl et retour. ner sur ses pas ; mais elle réfléchit que si elle retournait, quelqu'un peut-être pourrait croire qu’elle était venu tout exprès jusque-là ; et elle lança encore une fois son cheval et poursuivit la grande route.

A quelqu. distance au delà de la Campagna, la route bifurquait. L'une des branches était le grand chemin, et l’autre, moins large, s’enfonçait dans une forêt d'orangers et de bananiers et allait aboutir, en se rétrécissant, au pied d'une montagne aux flancs escarpés: Cette montagne était la ceinture extérieure dont uous avons parlée, et au delà de laquelle se trouvait l’esterre enfermée dans une seconde chaîne de rochers.

La jeune fille, toute absorbée dans ses pensées, ne remarqua pas que sa blanche hagaenée, toute ruisselante de sueur, avait instinctivement pris le sentier plus frais et plus ombragé de la forêt. Combien de temps marcha-telle dans le sentier, combien de chemin fit-elle-dans la forêt, elles n'en savait rien ; elle ne revint de sa rêverie que lorsque son cheval, qui depuis quelque temps marchait au pas, donnant ça et là un coup de dent à l'herbe tendre et fleurie, s'arrêta tout court,.et se mit à hennir en dressant les oreilles. Les aboiements d’un chien se faisaient entendre à quelque distance ; un lapin s’échappa à quelques pa#en avant'et disparut au delà d’un détour que faisait le sentier dans la forêt, poursuivi par un chasseur, qu’elle reconnut pour l'étranger qui l’avait sauvée le jour de la revue.

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avant que la jeune fille put se raffermir sur sa selle et saisir la bride, son cheval se dressa sur ses pieds de derrière, pirouetta et partit épéuvanté. Ce ne fut qu’à la sortie du bois qu'elle réussit à le maitriser. En arrivant à la maison, elle s'empressa de raconter à sa mère la rencontre qu’elle avait faite de l’inconnu. Le lendemain ni les jours suivants, Sara ne put avoir de nouvelles de celui-ci. Son pere, qui avait fait plusieurs visites à la Campagna pour le rencontrer, n'avait pu le voir. Sa conduite mystérieuse commençait à donner des soupçons. Plusieurs fois on avait vu des personnes mal famées de la ville se rendant le soir à sa demeure, et n’en sortant qu’au milieu de la nuit. Enfin l'apparition de quelques bandits à la Havane, et les déprédations nocturnes auxquelles se mêlait le nom de l'inconnu, avaient douné l'éveil aux autorités de cette ville, qui envoyèrent des agents secrets powr surveiller les mouvements des propriétaires de la Campagna. Toutes ces rumeurs élaient parvenues aux oreilles de Sara ; son cœur franc et noble se révoltait de ces soupçons

et de ces imputations i injurieuses contre celui qui lui

avait sauvé la vie, et pour lequel elle éprouvait un sentiment plus vif que celui de la reconnaissance. Elle pleurait en secret; elle devint triste ; sa santé s'altéra sensiblement.

Son-père, qui la surprit plusieurs fois versant des

larmes et laissant échapper de profonds soupirs, crut

qu'un voyage sur mer pourrait ramener ses esprits et rélablir sa santé. Le départ de son ami, Sir Arthur Gosford, qui retournait en Angleterre, en passant

par les Etats-Unis, était une trop bonne occasion

pour qu’il Ja laissât échapper. —. il fut té

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résolu que Sara accompagnerait son amie, la jeune Clarisse Gosford, jusqu’à la Nouvelle-Orléans, où elle

devait rester jusquà ce que son père put aller la

= || à chercher. En vain Sara objecta l’état de sa santé ;

‘1 son père fut iuflexible, et Sara dut faire ses prépara-. (

l | tifs de voyage.

“e il En quittant Matance, elle dit adieu à toutes ses I

“ii 1 joies, à toutes ses espérances, çar elle croyait qu’elle Î

ne: | (1 ne reverrait plus celui pour lequel son cœur soupirait. I

| Ë | Pauvre enfant, elle était bien loin de s'attendre à le (

| | : | rencontrer si tôt, dans la personne du fameux pirate Ê

[tx Antonio Cabrera, actuellement prisonnier à bord du £

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