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jir si Dieu,
caleçons. Le noyé était tellement enflé qu'on a eu bien de la misère allez, mais enfin on a réussi.
—Qu'avez-vous fait des hardes du noyé ?
—On en a fait un paquet, auquel on a attaché une roche et qu’on a jeté au fond de l’eau.
—De manière que le cadavre peut passer pour celui au capitaine, même aux yeux de ses amis ?
—Mème aux yeux de ses amis, pourvu qu'ils ne regardent qu'aux habits.
—Comment, pourvu qu’ils ne regardent qu'aux habits ?
—Dame, c’est que le capitaine est d'au moins deux pouces plus long que le noyé! Mais ça n’y parait pas; il faut avoir essayé les hardes comme nous avons fait pour s'en apercevoir. D'ailleurs le racourcissement des hardes par l'effet de l’eau, l’enflure du corps et le déchiremeni fes habits et des pantalons ne permettront pas de découvrir la diffé. rence.
—Et le capitaine, comment vous a:t:il donc ainsi tapochée ? L'avier-vous détaché ?
— Non, pas du tout. Voici comment cela est arrivé. Vous savez, quand je vous ai quitté hier soir, qué je me suis rendu à l'habitation. Je communiquai à mes petits les projets de la nuit, et je leur montrai les cinquante dollars que vous m'aviez donnés,
“C'est bon, disent les petits, allons de suite ôter les hardes au monsieur.” Jacob et Léon descendent pour faire l'opération. Il paraît que notre h&nme dormait en ce moment car il he remua pas un muscle, ne dit pas une parole. J'étais assise sur un des barreaux de l'échelle, tenant une lanterne à la main pour les éclairer, Ils enlevèrent son fichu, ses
bottes, ses chaussons et tout ce qu'il avait dans ses poches, sans le réveiller. Mais pour lui ôter ses pantalons, ils lui détachèrent une jambe ; alors le monsieur se réveilla, car de l'endroit où j'étais Je vis ses yeux briller dans l'obscurité, comme deux charbons ardents, Il ne dit pas un mot et ses yeux brillaient toujours. J’eus peur et je criai à mes petits de prendre garde ; au même instant Jacob lâche un cri et alla tomber sans connaissance dans le fond du cachot. Le monstre lui avait cassé la cuisse d’un coup de pied ! Je cours au secours de Léon et nous parvinmes à nous emparer de la jambe du capitaine; mais quelle peine! bon dieu, il ruait comme un mulet. J’appelai vite François au secours, et François arriva justement à temps, car dans ses efforts le capitaine était parvenu à débarrasser un de ses bras. D'un coup de poing il me bloqua un œil*et me fit voler contre un billot sur lequel je me suis presque cassé le bras e: démis l'épaule.
—Je vous l'avais bien dit, que c'était un rude compagnon ! |
—Rude! ah oui, rude! Et si François ne lui eut asséné un coup de bâton sur la tête, je ne sais vrai-
ment si à nous trois, car le pauvre Jacob ne comptait plus, je ne sais si nous en serions venu à bout, quoiqu’il n’eût qu’un bras et qu’une jambe de libres.
—Et après !
—Et après, dame, après, nous l'avons attaché, Il saignait comme un bœuf; et il nous a fallu découdre la chemise et les autres hardes pour les ôter.
—£ÆEt pour le r’habiller ?
Le habiller! ah! bien, en voilà une bonne!
allez donc lui détacher les bras pour le rhabiller,
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vous! Non, non, nous en avions assez comme Ça ; nous lui avons jeté un draf sur le corps et voilà.
—(Comment faites-vous donc pour le faire manger ?
—Le faire manger? ca c'est plus simple, on ne le fait pas manger.
—Et boire ?
—Non plus.
—Mais il va mourir ! |
—Mourir! soyez tranquille, laissez-le affaiblir d’abord, puis après nous verrons.
—Adieu, mère Coco ; je m'en vais maintenant, je vous reverrai bientôt. A propos, dans une couple d'heures d'ici, J'aurais besoin de Léon pour assister à l'enquête du Coronaire. Qu'il se tienne auprès de l'auberge aux contrevents verts, avec deux ou trois de ses amis. Allez l’avertir de suite.
—Faut:l que je retourne à l'habitation ? Je suis si fatiguée, après avoir passé une nuit blanche.
—Allez, allez, vous aurez le reste de la journée pour vous reposer.
—Et mon bras ? ns: me donnerez-vous rien pour payer l’Apothicaire, car on n'avait pas compté ça hier soir ?
Pluchon lui donna ua billet de dix dollars, traversa la levée, gagna les remparts d’où il se rendit en tonte hâte chez le docteur Rivard, auquel il fit part de ce que lui avait appris la mère Coco-Létard.
—Je suis content de vous, mon cher M. Pluchon, lui dit le docteur, qui se frotta les mains en souriant d'un air de suprême satisfaction. Je serai absent toute la journée ; venez ce soir à huit heures sur la levée, au pied de la rue Bienville. J'irai en cabrio-
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let, car j'aurai quelque chose d’important à vous faire faire. En attendant prenons un petit verre de vin, à la santé de M. le coronaire, chez lequel vous feriez bien de vous rendre de suite, de crainte qu'il ne s’absente.
Pluchon, en sortant de chez le docteur Rivard, se rendit chez le coronaire, auquel il fit part qu fait que le cadavre d’un noyé avait été trouvé auprès du bayou bleu.
Deux heures après, le coronaire, accompagné d’un médecin et de M. Pluchon, descendait de voiture un peu plus bas que le couvent des Ursulines." Le coronaire, après avoir complété son jury d'enquête parmi les personnes qui se trouvaient là en ce moment, se rendit avec son jury au bayou bieu. De loin on apercevait dans les airs, au-dessus des joncs, de longues spirales de carancros; quelques-uns s’abattaient, quand d’autres s’envolaient en croassant. Après avoir fait un minutieux examen du crâne et des membres du noyé, le médecin ne trouvant aucun signe de violence, déclara son opinion ‘ que le défunt s'était noyé par accident.” Par les vêtements on reconnut que c'était un capitaine de navire. Une lettre trouvée dans l’une des poches de son gilet était adressée, ‘ Au capitaine Pierre de St. Luc.” Le Coronaire, avant de terminer son enquête, crut qu’il serait à propos d'envoyer chercher quelques-uns des officiers du Zéphyr afin d'identifier le cadavre.
L'odear infecte qu’exhalait le cadavre, força le coronaire à se retirer à quelque distance avec les personnes du jury, pendant que l'on envoya à la hâte cherche” quelques-uns des marins du Zéphyr.
Aussi que la fatale nouvelle arriva à bord du
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uavire, toutes les manœuvres furent suspendues et
. un cri universel de douleur s’échappa de la bouche
de ces braves matelots, qui pleurèrent comme s'ils eussent perdu leur père. Le second en commandement à bord, offrit d’aller avec le maître d'équipage examiner le cadavre, et ils partirent sur le champ.
Trim qui, en apprenant la mort de son maître, s'était senti. au cœur comme une masse de plomb, était tombé sans connaissance au pied du grand mât. On lui frotta le front, les tempes, et tout le visage avec du vinaigre ; ce ne fut qu’avec la plus grande peine qu'on put le faire revenir à lui, et il se mit à crier en se tordant les mains :
—Mon maître, mon piti maître, mon bon maître, oh! y n’éti pas mort, oh! pas possible. Moué veux mouri aussi! moué pas capable pour vivre, si l’y mort! moué vouli voir li encore une fois avant mouri !
Tout l'équipage, qui connaissait l'extrême attachement de Trim pour le capitaine, eut pitié de sa désolation.
Le gros Tom s’approcha de lui et chercha à le consoler, mais en vain ; Trim se roulait sur le pont, en criant et sanglottant. Les matelots, muets devant une si grande douleur, pleuraient.
Tout à coup Trim se lève, essuie ses pleurs du revers de sa grosse main calleuse, regarde tout autour de lui d’un air hagard, parait réfléchir un instant, puis s'élance comme un trait dans la direction qu'ont suivi les officiers qui étaient allés identifier le cadavre.
Cependant le coronaire, après l’arrivée des deux officiers du Zéphyr, eut bientôt terminé son enquête.
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La personne du capitaine Pierre de St. Luc avait été parfaitement identifiée dans le cadavre du noyé, et le rapport du coronaire avait en conséquence déclaré : ‘ Que Pierre de St, Luc, Capitaine du Zéphyr, s'élait noyé par accident.”
Deux nègres, dans uue pirogue, ramenaient le cadavre du noyé, auquel on devait donner une sépulture digne de l'immense richesse du débunt.