‹ Une de perdue, deux de trouvées [microforme]Chapitre 43 sur 78 · ACER UNE DE PERDUE · texte numérisé non relu

ACER UNE DE PERDUE

toutes les parties du corps qui n'avaient point été dévorées par les carancros. Les deux nègres, qui étaient chargés de conduire le cadavre, prirent Trim pour un fou et voulurent l'arrêter ; mais celui-ci sans les écouter, continua à couvrir le corps de baisers et à remplir l’air de cris déchirants. Les deux nègres ne comprenant rien à la chose, et d’ailleurs se souciant fort peu d’engendrer querelle avec Trim, dont l’herculéenne stature leur servit de caimant, s’assirent stoiquement sur le bord de la levée.

Trim, se relevant au bout de quelques instants, se croisa les bras sur la poitrine ; la tête penchée en avant, les yeux fixes et immobiles, il se mit à contempler les restes défigurés de son maître. Ses yeux ne pleuraient plus, sa bouche ne faisait plus entendre de sanglots, sa poitrine ne se soulevait plus aux battements de son cœur ; on aurait dit la personnification de la douleur et du désespoir! Tout à coup la figure de Trim s’anime, ses yeux brillent, ses narines se dilatent : il a cru remarquer que le corps est moins long que celui de son maître ! les jambes et les pieds affreusement enflés ne sont pas trop à la gêne dans les pantalons et les bottes ! Ceci peut-être ne prouve rien ; mais Trim sait que le petit doigt du pied

. gauche de son maître avait été coupé dès son en-

VE LAS ,fance.—Il Ôte la botte, arrache le chausson ; tous les

“ * doigts du pied sont entiers! Trim laisse échapper

un cri dej joie, mais il craint de laisser apercevoir les

soupçons qui entraient dans son esprit, et il dissi:

mula du mieux qu'il put les sentiments qu'il éprou-

. vait. Il quitta alors le cadavre, et reprit d’un pas pressé le chemin de la ville.

Jrim était convaincu que le CAdAVrE dé noyé !

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n'était pas celui de so maître ; mais comment se trouvait-il revêtu -de toutes ses hardes ? Par qui cet acte avait-il été commis ? Dans quel but. Qu'était devenu son maître, qui n’était pas revenu depuis son débarquement? IL y avait là quelque chose de mystérieux et de bien inquiétant. Peut-être que son maître était en ce moment victime. de quelqu’horrible complot! Peut-être avait-il été assassiné, ou expirait-il sous le couteau de quelque bandit ou dans d'affresses tortures ? Il y avait de quoi faire tourner la tête à Trim. Mille idées confuses, discordantes, noires, épouvantables se présentaient à l'esprit du pauvre esclave, ce fidèle serviteur de Pierre.

—Oh ! mou tête, mon têle, criait Trim, et il se pressait le front de ses deux mains ; moué venir fou, fou, fou ! et il se mettait à courir afin de se rendre plus vite à bord du Zéphyr.

Quand il arriva à bord il n’avait aucun plan de formé, aucune ligne de conduite de tracée. Il aurait voulu avertir tout le monde, afin que tout le monde l'aidât à chercher son maître ; d’un autre côté il craignait de donner j’alarme, de peur que la nouvelle n'en parvint aux oreilles de ceux qui avaient tendu le piège et qu’ils ne le fissent mourir de suite, s'ils ne l'avaient pas déjà fait! Il aurait voulu faire ses

recherches partout à la fois, et il ne savait pas où ‘

commencer. C'est ainsi qu'il arriva à bord du Zéphyr. L'équipage était dans la plus grande tristesse.

De toutes les personnes à bord, celui en qui Trim avait le plus de conflance était le gros Tom, dont il connaissait la discrétion, l’activité, la prudence. ei "Macs pour le capitaine Pierre. Trim et Tom

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