‹ Une de perdue, deux de trouvées [microforme]Chapitre 57 sur 78 · UN COCHER IMPROVISÉ · texte numérisé non relu

UN COCHER IMPROVISÉ

Presque toute la partie inférieure de la Louisiane se trouve couverte de prairies flottantes, qui s'étendent à plus de 20 et 30 milles dans l'intérieur, en partant du golfe du Mexique. Ces prairies ont été formées par l'accumulation constante des joncs : t de toutes espèces de plantes marines qui, se mêlant, s’en. laçant les unes dans les autres, et se trouvant cimentées par le dépôt limoneux des eaux du Mississipi, finirent par prendre de la consistance et de la solidité. Ces immenses gazons, poussés au gré des vagues comme des cageux de plantes aquatiques, flottèrent d'abord ça et là, quelques-uns allant se briser et se perdre dans le golfe du Mexique, quelques autres repoussés par la marée et les vents du sud, finirent par s'unir à la terre ferme. Leur agglomération continuelle finit par couvrir é"*menses étendues, et ces gazons offrent maintenant le spectacle d'i menses prairies flottantes qui s’étendent à perte de vue, entrecoupées d'innombrables bayous étroits, tortueux et profonds, qui tous vont se jeter dans le golfe du Moxique ou se perdre dans léslacs. Ces bayous sont de véritables dédales, se croissant les uns les saires, tellement qu'il èst extrêmement dangereux de s’y hasarder. Si des bayous on veut sauter sur les gazons, on court risque de s’y enfoncer, ou du moins de se voir arrêter dans sa marche par mille bayous, qui à chaque pas les ms dans .

toutes les directions.

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Durant l'hiver, ces prairies sont remplies d'inaombrables quantités d'oiseaux aquatiques et de gibier de toutes espèces.

Les jeunes gens souvent partent de la Nouvelle-

Orléans pour faire la chasse et la pêche dans les lacs

qui foisonnent de toutes sortes de poissons. Ordinairement ils se servent de guides, qui les conduisent dans leurs pirogues, moyennant une raisonnable rétribution.

Cabrera, après s'être échappé du Zéphyr, se cacha dans les joncs qui bordent le Mississipi à l'endroit où il s'était sans bruit laissé glisser dans le fleuve. fl y demeura toute la journée. Quand la nuit fut venue, il se rendit à la Nouvelle-Orléans, où il ne manquait pas d’amis et où il avait déjà fait plus d’une visite. Son premier soin en arrivant, fut de chercher Edouard Phaneuf, qu'il trouva chez lui, assis devant un bon feu de cheminée et fumant silencieusement son cigare.

—Merci, Phaneuf, lui dit Cabrera qui était entré

sans frapper à la porte ; tu m'as sauvé d’une fameuse

équipée. Je ne l'oublierai pas de sitôt.

—N’en parlez pas, général ; c'était bien le moins que je dusse faire pour vons. Prenez un siège et

séchez vos habits devant le feu, en attendant que je vous prépare à souper; j'aienveyé ma femme se pro- .

mener Chez sa cousine, de chez laquelle elle ne reviendra que lorsque je l’irai rer nas car je vous attendais. x

Phaneuf mit sur la table une volaillo froide et un pot de café chaud.

—Donne-moi un verre de rum, lui dit Gabrers ; ; je . me sens l'estomac à sec. nn.

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Après le souper, Cabrera se plaça debout devant la cheminée, les mains derrière le dos et le dos tourné au feu.

—Maintenant, parlons d'affaires. D'abord où sont Le mes compaguons ?

DEN e —Dans les cachots de la prison de l’Amirauté. .—{l faut les délivrer.

Ph, —Impossible.

hd je — Impossible ! morbleu ! comment ça ? Rémi n’est. % il plus le géolier ?

—Non. Il est mort.

—Æt qui est géolier maintenant?

—Un maudit Yankee ! farouche et incorruptible.

—C'est égal, faut vssayer. Et comment s’est-on aperçu de mon évasion ?

—Ils ne s’en sont aperçus qu’à la Nouvelle-Ofléans ; ils ont mis toute la cale sans dessus-dessous pour vous chercher, mais ils ne vous ont pas trouvé,comme vous savez. Toute la police est à vos trousses et a Bu. votre signalement.

FR —La police est à mes trousses ? Et le visux Lauriol est-il encore dans la police ?

—Je crois que oui. ° —Le vieux maudit connait nos caches dans le lac de Baratria ! mais, c’est égal ! Donne-moi des hardes pour me changer. Tu vas me raser les cheveux et me prêter une perruque. J'ai des affaires à la Nouvelle-Orléans : d'abord je veux délivrer mes camarades, s’il y a moyen; ensuite il y. a une certame Miss Sara Thornbüll qui m'’appartient. A propos , peux-tu me dire où loge ce monsieur Anglais qui tait passager à bord du Zéphyr?

de crois ae loge à l'hôtel St. Charles.

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DEUX DE TROUVÉES. 283 —(C'est bon. Maintenant tes hardes et ta perruque.

Aussitôt que Cabrera eut changé ses habits et arrangé sa perruque, il sortit avec Edouard Phaneuf, armés tous les deux d’une paire de pistolets et d’un

poignard. Ils dirigèrent leurs pas vers la prison, où étaient enfermés les pirates.

La nuit était alors tombée et les alentours de la prison étaient déserts. Cabrera irnita les aboyements d’un chien, signal qu’il répéta à trois reprises. Son signal n'eut point de réponse. Après cinq à six minutes d'attente, il fit entendre un sifflement aigu et perçant et écouta. Point de réponse.

—Ils sont dans les cachots intérieurs, je pense, ditil tout bas à Phaneuf.

—Je le pense aussi.

N'y aurait-il aucun moyen de communiquer avec eux ?

—Je ne pense pas ; à moins que ce ne soit en présence de quelqu'un des gardiens, et avec l’expresse permission du géoler,

—Malédiction ! [1 n’y a donc pas moyen de faciliter leur 6 sion ?

—Je ne crois pas.

—Aucun ? :

—Aucun ; ils sont aux fers.

—Mille tonnerres ! C'est égal, je verrai ; et si je ne réussis pas, tu seras témoin La j'ai fait tout en mon pouvoir.

Cabrera encore une fois répéta son premier signal, et encore une fois il attendit en vain une réponse.

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—Partons, dit-il, je veux aller à l'hôtel St. Charles.

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—A l'hôtel St. Charles, mais vous courez risque de vous faire reconpaître |

—On peut peut-être me reconnaître, mais me prendre c’est une autre chose. Il faut absolument que je voie Miss Sara Thornbull ; je la verrai !

—Esrivez-lui un mot et je le.lui porterai ; mais, je vous en prie, ne vous expose. pas, mon général.

Cabrera marcha quelque temps sans répondre, et réfléchissant sur ce qu'il devait faire.

Tu as raison, dit.il, retournons chez toi; je lui écrirai. ,

Quand il fut arrivé, il prit une feuille de papier et écrivit : |

Sara, tu dois me maudire, moi un pirate, moi un monstre ! Mais je t'aime, et je veux te voir, quand “ je devrais mourir après! Exposé à être pris at pen- “ du, traqué par toute la poiice de la ville, je suis “ décidé à tout braver pour te voir; et je te verrai, “ quand je devrais aller moi-même, en plein jour, te # trouver à lon hôtel, en présence de tout le monde! “ tu me connais, je suis homme à le faire.

“ Ce soir à six heures je t'attendrai sur la place “ Lafayette. Viens-y si fu ne veux pas que je com- “ mette une folie.—Sara, jé me livre à toi, et tu “ peux me livrer aux autorités si tu veux; mais j'ai # confiance en toi, aies confiance en hr A

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