‹ Une de perdue, deux de trouvées [microforme]Chapitre 56 sur 78 · LO “I · texte numérisé non relu

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M. Léonard voudra bien, dit-il en se tournant vers ce dernier, aller chercher un agent de police dans l'activité, l'intelligence et la discrétion duquel on puisse placer la plus grande confiance.

—Je vais tâcher de trouver le vieux André Lauriot.

—C'est justement l’homme qu'il me faut.

Aussitôt que M. Léonard fut parti, le capitaine ferma la porte et prenant une chaise près de Sir Arthur, lui dit : |

—Vous êtes surpris, Sir Arthur, et vous avez raison de l'être ; mais il y en a bien d’autres qui le seront plus que vous ! fl ne s’en est pas fallu grand’ chose que je ne devinsse la victime d’un infernal complot, monté, je n’en doute pas, dans le but de me priver de la succession de mon vénéré bienfaiteur, M. Alphonse Meunier.

—Je n'ai pas besoin de vous dire mon étonnement, M. de St. Luc, vous le présumeriez assez si vous ne l’aviez pas lu sur ma figure. Mais je vous avoue, que je ne pouvais m'expliquer comment vous aviez pu vous noyer, et je n’avais aucun doute que vous n'étiez tombé victime de quelqu'assassinat. Mais comment vous êtes-vous échappé ?

—C'est Trim,mon nègre, qui m'a délivré des mains de mes bourreaux, qui à leur tour sont mes prisonniers ; lcs chefs du complot m’échappent encore, du moins celui qui en était le chef et la tête, mais je suis sur la piste, et avant longtemps, j'espère, ce soir peut-être, je l'aurai en ma puissance. Mais, Sir Arthur, pardonnez-moi de vous retenir si longtemps, je vous avais envoyé chércher pour vous prierde : vouloir bien vous charger de quelques lettres pour’ | le Canada. Comme vous ne deviez rester que quel:

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ques jours à la Nouvelle-Orléans, je craignais que vous ne partissiez sans que je pusse vous voir.

—Je devais partir ce matin, mais je suis forcé de rester ici encore quelques jours.

—MJe suis bien content, j'aurai occasion de vous voir encore.

—Bien certainement.

—Et comment est mademoiselle Clarisse ?

—Très-bien, je vous remercie.

--Et Miss Thornbull ?

Sir Arthur baissa la vue, une légère pâleur passa sur son front, et il répondit après un instant d’hésitation :

—Je ne l'ai pas vue depuis avant-hier soir, elle n'était pas trop bien. Et changeant brusquement de conversation, il continua : je n'en reviens pas vraiment, M. de St. Luc ; vous dire combien je suis heureux de vous revoir aujourd’hui hors de danger, plein de vie et de santé, quoique vous ayez l'air un peu changé, n’est pas nécessaire. Notte amitié, formée et cimentée dans des circonstances comme celles sous lesquelles elle a commencé, est trop profonde pour que nous ayons besoin de protestations mutuelles, afin d'y croire. Si vous avez besoin de moi, si je puis vous être de quelque service, dites, je suis à vos ordres ; si vous avez begoin d'argent, ma bourse vous est ouverte, Vous êtes plus riche, bien plus riche que moi, je le sais; mais je sais aussi que, pour quelques jours au moins, vous ne pourrez jouir de votre fortune:

—Merci, merci, Sir Arthur ; vous êtes mon ami, je le sais, et c'est pour cela que je ne voulais pas vous laisser partir sans vous revoir.. Quant à vos offres

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d'argent, je vous suis bien obligé ; M. Léonard m'a apporté ce matin mille dollars, qui me suffiront de reste jusqu’à ce que je puisse en avoir davantage.

—Je ne vous presse pas, car je pense bien que vous né voudriez pas faire de cérémonies avec moi.

—Non, Sir Arthur, je ne ferais pas de cérémonies avec vous; mais ne parlons plus de cela. Quand partez-vous ?

—Dans quelques jours.

—Qu'est-ce qui vous fait retarder votre départ? vous étiez si pressé de vous rendre à New-York.

—Rien... rien de particulier, répondit Sir Arthur d’un air embarrassé ; mais vous, racontez-moi donc comment vous avez failli être la victime de cette odieuse trame. Je ne puis en revenir.

—Bien volontiers, Sir Arthur, d'autant plus que je serais fort aise d’avoir votre avis, sur ce qui serait le mieux à faire dans les circonstances actuelles,

Pierre de St. Luc raconta comment, au débarquement du navire, il fut conduit par la mère Coco à l'habitation des champs ; sa chûte dans le cachot, le traitement qu'on lui fit subir; ses hardes qu’on lui

enleva ; le serpent à sonnettes qu’on y jeta ; la découverte que fit Trim que le noyé n'était pas son maître; ses soupçons, ses recherches avec Tom; comment - Trim rencontra le Dr. Rivard chez le vendeur d) poisons et de serpents, et comment Trim, après avoir rencontré la vieille négresse Marie, l’esclave du Dr. Rivard, fit part de ses soupçons à Tom ; leurs recherches, leur visite à l'habitation des champs ; leur désappointement à la réception que leur fit les Coco- Létard ; la lutte de Trim.et de ‘om avec * 1m te. enfin sa délivrance.

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—Eh bien! continua le capitaine, qu’en pensezvous, Sir Arthur ?

—Je suis confondu de l'audace et de la méchanceté de ces monstres ; et d’après ce que vous m'avez dit, je n’ai aucun doute que ces Coco-Létard ne soient les instruments de ce Pluchon, qui lui-mème n'était que l’agent du Dr. Rivard.

—Que me conseillez-vous de faire ? Je n’ai pas de preuves positives contre le docteur.

—Voici ce que je ferais. D'abord je ferais surveiller toutes les démarches du docteur, et prendre tous les renseignements possibles à son égard. Je ferais déterrer M. Meunier, et voir si l'on découvrirait aucune trace de poison.

—J'ai justement eu la même idée, et c'est pour cela que j'ai envoyé chercher un fameux agent de police, qui doit venir d’un instant à l'autre.

—Ne m'avez-vous pas dit que ce Piuclion était prisonnier avec les Coco-Létard ?

—Oui.

—Je les ferais parler ; et par peur, menaces; promesses ou autrement, je tâcherais d’en obtenir tout ce qu’ils savent du complot.

—(’est une heureuse idée, s’écria le capitaine en se levant et se frottant les mains. Je veux les voir dès aujourd'hui. Voulez-vous venir avec moi à l’habitation des champs? Nous prendrons une voiture fermée.

—Avec le plus grand plaisir.

En ce moment M. Léonard arrivait, accompagné de l'agent de police, André Lauriot.

André Lauriot était un de ces vieux limiers exercé : | au mélier par vingt ans de service ; i! n’y avait pas

de brigand qu’il ne connût de fait ou de réputation. Employé presque toujours dans les affaires difficiles, il savait déployer au besoin un tact et une finesse admirables, une patience inaltérable, une activité extraordinaire et un courage à toute épreuve. C'était justement l’homme qui convenait au capitaine,

—Bonjour, M. Lauriot, lui dit le capitaine en souriant à la surprise de ce dernier.

—Bonjour, capitaine, je crois, si je ne me trompe, que vous êtes je même qui étiez mrt il y a trois jours, enterré avant-hier et vivant aujourd’hui; et Lauriot fit entendre un de ces rires à demi étouffés, qui lui étaient particuliers.

—Le même, M. Lauriot, le même ; mais pour quelques jours encore, je dois être mort pour le monde, jusqu’à ce que j'aie pu mettre la main sur quelques personnes, qui ne s’attendent certainement pas à ma résurrection. En attendant voici ce que je désire que vous fassiez pour moi. Connaissez-vous le docteur Rivard ?

—Très bien.

—Un nommé Pluchon, espèce de huissier ?

—Parfaitement.

—C'est bien. Vous“ïerez surveiller le docteur Rivard de manière à m'informer de ses moindres démarches. Il ne faut pas qu'il soit perdu de vue, quit et jour. ,

—Je comprends.

—Ainsi que ce Pluchon.

—Très bien.

—Aussitôt que vous pourrez me faire parveuir

quelques renseignements, envoyez-les moi ou plutôt apportez-les moi vousmême ici. f[lest maintenant .

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neuf heures, je vous attendrai à onze. Voici une vingtaine de dollars pour commencer. A propos j'oubliais une chose importante. Vous avez connu M. Meunier ?

—Qui est mort dernièrement ?

—Oui. On soupçonnequ'il a été empoisonné. Y

‘aurait-il moyen de s’en assurer, sans donner l'éveil

au docteur Rivard ?

—Je pense.

—Eh bien! partez; ne parlez pas de moi, n’épargnez aucune peine, et ne craignez rien pour les dépenses.

—Je ne suis pas inquiet là-dessus ; je reviendrai à onze heures, ou si je ne peux venir, je vous écrirai un mot.—Bonjour, capitaine.

Aussitôt que l’agent de police fut sorti, le capitaine chargea M. Léonard d'aller lui chercher une copie du testament de M. Meunier.

—Maintenant, Sir Arthur, continua-til, nous monterons dans la voiture, et nous irons à l'habitation des champs.

—Ne craignez-vous pas de vous exposer à être reconnu ?

—0h!non. La voiture est fermée, et d’ailleurs je me couvrirai de mon manteau, s’il est besoin,

— Comme vous voudrez.

Le capitaine et Sir Arthur montèrent dans le cabriolet couvert qui les attendait à la porte, et après avoir donné au aègre Toinon, qui servait de postillon, l'ordre d'aller au Couvent des Ursulines, les chevaux partirent au grand trot.

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