LA COUR DES PREUVES
La nouvelle que la Cour des Preuves allait procéder, à midi, à la reconnaissance d’un héritier de feu M. Meunier, s'était répandue par la ville avec la rapidité de l’éclair. La foule des curieux était considérable, et encombrait les siéges destinés au public; tous les greffiers et employés des bureaux du Palais
. de Justice étaient venus pour assister à la séance; un grand nombre d'avocats occupaient les places qui leur étaient réservées. Le docteur Rivard était essis, en face du juge, à côté de son avocat. Au bout de la table longue du greffier, M. Préau s'occupait d’un air indifférent à feuilleter une liasse de papiers.
—Silence ! silence ! messieurs, cria un huissier ; et au même instant les deux battants d’une porte latérale s'ouvrirent, et le Juge de la Cour des Preuves entra. 11 monta, à pas lents, les degrés qui conduisaient à son siège, et après avoir salué le barreau, fit signe à l’'huissier-audencier de proclamer l'ouverture de la séance,
. “ Oyez, oyez ! cria l’huissier-audencier, que tout ceux qui ont quelque chose à ffire, devant ce tribunal de la Cour des Preuves de la cité de la Nouvelle- Orléans, produisent leurs réclamations et elles seront entendues. Vive l'Etat !” —M. le greffier, lui dit le juge, appelez le rôle des
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Le greffier se leva, et appela : “ Requête du Dr. “ Léon Rivard pour annulation du Testament de feu ‘ Sieur Alphonse Meunier, pour cause ae survenance “ d’héritier, et pour reconnaissance du dit héritier.”
Il y eut un mouvement de curiosité daus la salle, plusieurs personnes montèrent sur les bancs pour voir le Dr. Rivard.
—Si Son Honneur veut me permettre, dit M. Préau en se levant, j’ai une motion à faire avant que la Coyr procède sur le rôle.
Le Dr. R vard fit un mouvement de surprise et écouta.
—Quelle est votre motion, dit le juge ?
—Je. désire que la Cour entende, avant tout, la cause de Fortin contre Fortier, que Votre Honneur, à la dernière séance, m'a promis de faire di la première aujourd’hui.
Le docteur Rivard se sentit soulagé d’un gran) poids, en attendant ce dont il s'agissait ; et se penchant à l'oreille de son avocat, il lui dit quelques mots.
—$Si M. Préau n’a pas d’objection, ; je le prierais de vouloir bien me permettre de procéder dans la cause de l'héritier de M. Meunier ; mon client, le docteur Rivard, qui est ici à mes côtés, et tout ce public qui est venu dans le seul intérêt de voir passer cette cause importante, vous sauront gré de retirer votre motion. °
M. Préau entendit en ce moment une voiture qui s'arrêta en face du Palais de Justice.
—$il en est ainsi, monsieur, répondil-il, je netire ma motion,
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—La Cour, continua l'avocat du docteur Rivard, estelle maintenant prête à entendre la cause? ”
—Procédez, répondit le juge. à
—Je vais commencer par lire la requête. :
La Requête était écrite en anglais, nous la traduisons.
“ À l'honorable Juge de la Cour des Preuves, ‘pour la cité de la Nouvelle-Orléans, Etat de la ‘“ Louisiane.
“ La Requète de Léon Rivard, médecin, de la dite ‘: cité de la Nouvelle-Orléans, Tuteur dûment élu'en # justice à l’orphelin Jérôme, expose respectueuse. ‘“ ment :
Que, le premier septembre 1836, Alphonse Meu- “ nier, négociant de la Nouvelle-Orléans, sous l’im- ‘: pression qu’il n'avait point d'enfant ni d'héritier “ légitime, fit son testament olographe, qu'il déposa “le même jour entre les mains de Sieur P. Magne, “ notaire public.
‘“ Que, le 15 septembre 1836, le dit Alphonse Meu- “ nier, décèda à la Nouvelle-Orléans, sans ns “ changé son testament.
“ Que, le 25 octobre 1836, le dit Testament du dit Alphonse Meunier fut régulièrement ouvert et ‘reconnu par Son Honneur le dit Juge de la dite “ Cour des Preuves : sauf toute opposition qui pour: ‘éyait y être faite, dans la quainzaine, avant son # homologation.
4 Que, le 19 mars 1820, le dii Alphonsé Meunier “avait épousé, en légitime mariage, demoiselle .# Léocadie Mousseau.
Que, le 21 mai 1823, il serait né du légitime “# mariage du dit Alphonse __. avec la se
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« Léocadie Mousseau,un enfant mâle, baptisé le même ‘“ jour, sous le norn d’Alphonse Pierre.
‘ Que, le 29 mai 1823, la dite Léocadie Mousseau “ décéda à la paroisse St. Martin, Etat de la Louisiane, ‘“ sans autre enfant issu de son dit mariage avec le ‘ dit Alphonse Meunier, que le dit Alphonse Pierre.
“Que, par d’inexplicables circonstances, le dit “ Alphonse Pierre Meunier fut perdu, et que son père, ‘après les plus grandes recherches, fut persuadé que “ son fils était mort et qu’il ne le reverrait jamais.
“ Que, le 5 avril 1826, un orphelin du nom de
{ Jéréme, de parents inconnus, abandonné sur la
“ levée, au bas du couvent des Ursulines, fut amené ‘à l'Hospice des Aliénés de la Nouvelle-Orléans.
‘ Que, le 30 octobre 1836, votre Requérant aurait “ été dûment élu tuteur de l’orphelin Jérôme.
“ Que, le 1er novembre 1836, Pierre de St. Luc, “ capitaine du Zéphyr, constitué, par le dit testament “ du dit Alphonse Meunier, son héritier et légataire ‘“ universel, aurait été noyé et décédé dans le fleuve “ du Mississipi, et inhumé au cimetière de la Nou- “ velle-Orléans, avec toutes les pompes de la religion ‘ et la plus grande publicité.
4 Que, is dit orphelin, Jéréme, aurait été reconnu “ et identifié depuis la inort du dit Alphonse Meunier, ‘avec le dit Alphonse Pierre ; et que le dit Jérôme “ ne serait autre que le dit Alphonse Pierre, fils légi. “ time et héritier dw’ dit Alphonse Meunier.
“ Le tout tel que votre Requérant est prêt à prouver.
“ C.st pourquoi votre Requérant, ès-qualité, con- “ clut à ce que, vû les causes ci-dessus, il plaise à “votre honorable cour déclarer le dit orphelin
Jérôme être le fils 7. et héritier légal du dit
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‘* feu Alphonse Meunier; eten autant qu'il appert #“ que le dit testament aurait été fait par le dit feu ‘“ Alphonse Meunier, sous la fausse impression que ‘* son fils était mort, que le dit testament soit déclaré “ nul et de nul effet; et de plus qu'un administra- ‘teur soit nommé pour prendre soin de la dite ‘ succession, Léon Rivan», Tuteur.”
La lecture de cette requête avait été écoutée dans le plus grand silence. On lisait sur la figure de tout le monde, le profond intérêt que cette cause inspirait ; et les événements qu'elle annonçait étaient si imprévus, et l’héritage dont il s'agissait si considérable, presque fabuleux, que l’on ne doit pas être surpris de l'impression qu’elle avait produite.
—Je produis, continua l'avocat du docteur Rivard, au soutien de la présente Requête,: les documents suivants :
1° Copie authentique du dit testarnent de feu Alphonse Meunier.
% L'extrait de mariage du dit Meunier.
3 L’extrait de naissance du. dit 4/phonse Pierre : Meunier.
4 L'extrait mortuaire de dame Léocadie Mousseau Meunier. ; 5* L'extrait mortuaire du dit fau Alphonse Meu. nier.
6 L'acte de tutelle du dit Lés Rivard,
7 L’extrait mortuaire du dit Pierre de St. Luc.
8 Copie certifiée.de l’entrée destrégistres de l’hos: pice des Aliénés de la Nouvelle-Orléans.
“ Par ces documents, je prouve d’abord la naissance
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d'un héritier légitime de feu M. Alphonse Meunier,
continua l'avocat du docteur Rivard ; ensuite, que
M. Meunier était sous l'impression, en faisant son testament, que son fils n'existait plus. 11 ne me reste plus à faire voir maintenant que l’orphelin Jérôme est le véritable Alphonse Pierre, fils légitime et unique héritier de M. Meunier ; ce que j'espère prouver de la manière la plus évidente et la plus péremptoire par des témoins qui ont parfaitement connu l'enfant avant qu’il fut perdu et pendant qu'il était en rourrice. ’ +
“ J'établirai par ces mêmes témoins qu'ils ont une parfaite connaissance de la perte de l'enfant, et des recherches infructueuses que l’on fit pour le retrouver ; enfin j'établirai que l'enfant, après avoir été plusieurs années abandonné et relégué parmi les fous de l’hospice, a été reconnu, par une espèce de miracle, pour le fils si longtemps perdu de M. Meunier.”
L'exposition était claire et simple. Tout le monde
était dans l’attente, Le. docteur Rivard regardait tour à tour son avocat et le juge.
—Je vais maintenant faire entendre les témoins. Huissier ! veuillez appeler le témoin nommé Toussaint Délorier.
—Toussaint Délorier ! cria l'huissier.
—Si la Cour veut me le permettre, demauda M.
Préau, je préndrai la liberté de suggérer à mon savant confrère, qu'il conviendrait de faire. venir
devant la cour ce fils de M. Meunier.
Il y eut un mouvemwit d’enprobation universelle parmi l'auditoire ; piusieurs avocats appuyèrent la suggestion. Le docteur Rivard jeta un coup d'œil inquiet sur M. Préau, dont l'air d'indifférente bon-
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homie ne trahissait aucun sentiment hostile. Le docteur ne savait que penser.
J'aimerais bien à savoir, reprit M. Duperreau avec animation, en quelle qualité M. Préau fait cette demande ? Je voudrais bien savoir quelles parties ou quels intérêts il représente ?
Tous les yeux étaient tournés sur M. Préau qui répondit avec le calme le plus parfait.
—Je ne vois pas que ma proposition ait rien de si étonnant, ou qui puisse tant exciter mon savant confrère ; je ne l’ai faite que parcequ’elle m’a paru naturelle. Je ne prétends représenter aucune partie dans cette cause, puisqu'elle se poursuit Ex parte; je n’agis que comme Amicus Curiæ. Je n'ai pas l'honneur de connaitre M. le docteur Rivard, que je vois aujourd'hui pour la première fois, quoique sa réputation, si bien méritée d'homme de bien, soit . plus d’une fois parvenue à mes oreilles. Je n’ai pas le moindre doute sur l'exactitude des allégués de la
Requête, dont la lecture, je l'avoue, m'a vivement
intéressé. Je ne vois pas du tout comment vous pouvez vous opposer à ce que M. le docteur Rivari envoie chercher cet enfant; je suis bien sûr qu votre client n’y a aucune objection. D’''ileurs il me semble qu’il est dans l'intérêt de la cause mr. que l'enfant comparaisse devant ies tËmoins, qui l'ont connu dans son enfance, afin qu’ils puissent aujourd’hui l'identifier, comme aussi il est dans l'intérêt du public de pouvoir s'assurer que celui qui réclame la succession de M. Meunier est bien son fils et son héritier. Le docteur Rivard verra, comme moi, qu’il est de son intérêt de faire venir l'enfant, tant pour sa satisfaction que pour celle du public, Au
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resie, quant à moi je n’y tiens pas, et c'est parce que je savais que Son Honneur M. le juge n'avait pas d'objection de suspendre les procédés, pendant quelques minutes, afin de gratifier l'audience dans un désir, et je pourrais dire dans un droit aussi légitime.”
Deux ou trois avocats se levèrent simultanément,
pour représenter au juge la justesse des remarques
de M. Préau. Son honneur le juge qui se sentit, lui aussi, quelque curiosité de voir l'enfant, remarqua : “qu’en effet il serait bien à propos que le docteur Rivard ailât chercher son puvpille.”
Le docteur Rivard qui, au fond, ne voyait aucun inconvénient à faire paraître le petit Jérôme, qu'il était, bien certain que personne ne reconnaîtrait, s'offrit, de bonne grâce, de l’aller chercher.—Il prit une voiture de louage, et ne tarda pas à revenir avec lemalheureux orphelin qui, en voyant tout cemonde, eut peur et se mit à pleurer, en se cachant le visage’ sous les basques de l’habit du docteur Rivard. La foule s'ouvrit pour laisser passer le docteur, qui alla reprendre sa place à côté de son avotbat, avec le petit Jérôme. La vue de ce petit être chétif et imbécile, causa une impression pénible de pitié dans l’auditoire, qui s'était figuré, pour l'héritier d’une si fabuleuse
fortune, un enfant intelligent et bien constitué.
—Procédez, M. Duperreau, lui dit le juge.
M. Duperreau, après avoir fait assermenter le témoin, lui demanda s’il avait connu M. Alphonse
| ‘ Meunier et sa femme ? s’il avait connu l'enfant ? s’il » avait appris que l'enfant avait été perdu, et jamais
retrouvé ?
, À toutes ces questions le témoir fit une réponse afirmative.
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—Et où avez-vous connu l'enfant de M. Meunier, lui demanda le juge ?
A la paroisse St. Martin, votre honueur ; il avait été mis en nourrice chez la femme Phanenf, qui l’emporta à Bâton-Rouge.
—Et après ?
—Et après, c'est tout, votre honneur.
— Vous avez dit que l'enfant avait été perdu.
+-Oui, votre honneur ; faut-il que je répète ce que j'ai déjà dit ?
—Pas besoin. Regardez maintenant cet enfant, et dites si vous croyez qu'il soit le même que celui que vous avez vu en nourrice chez la femme Phaneuf ?
Le juge désigna du doigt au témoin l'orphelin Jérôme, qui se voyant ainsi pointé au doigt, eut peur et se glissa sous la table. Plusieurs personnes se mirent à rire ; le docteur Rivard, vexé de la conduite de son pupille, lui dissimula un innocent coup de pied à la chûte de l’épine dorsale, sous la table, par : forme de muette admonition. Le petit lâcha un faible cri, et revint sur son siége, en se frottant d’une main là où ça lui démangeait, et de l'autre, . cherchant à refouler une larme qui se rebellait sous sa paupière. |
—QOui, votre honneur, je crois que c’est le même, répondit le témoin avec aplomb.
—C'est bien, vous pouvez descendre maintenant, excepté que quelqu’ un veuille vous poser de nouvelles questions.
Le docteur Rivard jeta un coup d'œil inquiet sur
M. Préau, qui s'occupait, avec la plus parfaite indif-
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férence, à lire une gazette, quoiqu'il n'eût pas perdu un mot de la déclamation du témoin.
M. Duperreau fit ensuite assermenter M. Charon, le chef de l'Hospice des Aliénés, qui prouva que le petit Jérôme avait été amené à l’hospice, ainsi qu’il avait été porté aux régistres. Il certifia que l'extrait des régistres, produit en cour, était conforme à l’original ; que les deux bouquins (qu'il montra) avaient été apportés et déposés à l’hospice, comme la propriété de l’orphelhn, quand il y fut amené. Il prouva aussi que l'extrait de naissance: d’Alphonse Pierre, produit en cour, était le mème extrait qui avait été trouvé, par son honneur ie juge, dans les bouquins ; enfin que l’entrée .des régistres correspondait avec l'extrait de naissance.
—Et avez-vous aucun doute, lui demanda M. Duperreau, que Jérôme ne soit Alphonse Pierre, Ven: fant de M. Meunier ?
—Aucun.
—Quelqu'un, demanda le juge, a-til quelque ques-
tion à faire au témoin ?
Personne ne répondit.
Jérémie,le portier de l’hospice.fut ensuite introduit, Il corrobora, en substance, ce qu'avait dit le témoin précédent ; et descendit sans que personne lui fit de lransquestions.
Le docteur Rivard était radieux ; le public paraissait satisfait de l'identité du petit Jérôme avec le petit
Meunier.
—J'espère, dit M. Duperreau, en se levant avec
; dignité et promenant sur l'auditoire un regard de | satisfaction, j’espère que la Cour ne peut plus avoir … de doute maintenant sur la at et l'équité de cette :
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cause. J’autdis pu produire une foule de doctümeiils et de témoins, au soutien des allégations de la présente requête; mais j'aurais craint d’abuser de la patience de votre honneur. Les preuves que j'ai produites, tant écrites que verbales, sont irrécusables et péremptoires. Je pourrais m'étendre au long, et faire ressortir toutes le$ circonstances merveilleuses
‘et extraordinaires qui ont accompagné la naissance
de l’orphelin Jérôme qui, après être mort au monde, et avoir été enterré dans un hospice d’aliénés, en sort pour monter au plus haut de l'échelle sociale où, par son rang et sa fortune, il a droit de prétendre.
Je laisse cette cause à la décision'de votre honneur, persuadé que les conclusions de la requête seront accordées.
M. Duperreau s’assit au milieu du plus profond silence, chacun attendant avec anxiété le jugement qui allait être prononcé, quoique tout le monde le supposât d'avance.
—Quelqu'un, demanda le juge, a-til quelque re. marque à faire, avant que la cour procède à prononcer le jugement en cette cause ?
—Je suggèrerais à M. le docteur Rivard, dit M. Préau qui revenait de la salle voisine où il avait été un instant, de produire tous les documents qu il peut avoir at soutien de sa requête.
— Nous n’en avons pas besoin d’autres, reprit M. Duperreau ; notre preuve est complète.
—Excusez-moi, je n'ai dit cela que dans l'intérêt de votre client. Voici un petit papier qui pourrait vous être de quelqu’utilité ; en ma qualité d’Amicus
Cüimetils le la préser de la que j'ai scusables long, et eilleuses naissance u monde, liénés, en e sociale t de pré-
honneur, ite seront
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nexer au dossier de la cause; si toutefois vous r'y :
avez pas d’objection formelle. La cour permettra.telle à M. le greffier de donner lecture de ce petit papier, avant de décider si ma proposition est convenable ?
Certainement, répondit le juge ; tout ce qui peut jeter un jour favorable sur cette cause doit être entendu. Lisez, M. le greffier.
M. Préau passa au greffier le petit papier qu il tenait à la main. Le docteur Rivard était sur les épines, malgré l'assurance de son avocat qui lui disait : ‘que la preuve était écrasante et que rien ne pourrait l'affecter.” Le juge était sérieux. Le public attendait et conjecturait, sans savoir ce qui allait arriver.
Le greffier. lut à haute voix, au milieu dx plus profond. silence :
“Extrait du Régistre des Baptèmes, Mariages et “ Sépultures de la paroisse de Natchitoches, Etat de “la Louisiane, pour l’année 1825.
“ Le 25 août 1825, par nous, prêtre soussigné, a “ été enterré Alphonse Pierre, décédé hier, à l’âge de ‘deux ans, trois mois et trois jours, fils légitime de “sieur Alphonse Meunier et de Léocadie Mousseau, “ses père et mère.
“B, BeruiNeuerT, Ptre Curé.”
Aux premiers mots,le docteur Rivard devint extrèmement pâle, et, malgré son admirable talent de ca-
| cher ses sensations sous un masque de complète dis- | simulation, le choc était si inopiné, si imprévu, que | tous ses membres tremblèrent. Il baissa la vue, pour
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ne point rencontrer le regard de tous les yeux fixes sur lui et qui semblaient se réjouir de sa confusion et de sa déconvenue.
Le juge se sentit ému de compassion pour les pénibles sentiments qu’éprouvait le docteur Rivard, qu’il avait lui-même poussé à faire cette démarche. à
—Messieurs, dit le juge d’un accent solennel, je dois à la vérité et au caractère de M. le docteur Rivard de dire, que c’est à ma sollicitation qu'il a pré: : senté cette requête à la Cour. Trompé moi-même par les circonstances, et convaincu par la coïncidence des évènements qui entourent l'existence de l'orphelin Jérôme et du fils de M. Meunier, que les deux enfants devaient être la même personne, je réussis à convaincre le docteur Rivard que l'orphelin Jérôme n'était autre que le petit Meunier, malgré les objections du docteur qui prétendit obstinément que le fils de monsieur Meunier devait être mort, quoiqu'il n’en eut pas la preuve. Ainsi cette circons-
tance ne doit nullement affecter la réputation du docteur, |
—Loin de moi, reprit M. Préau d’une voix un peu émue, de vouloir jeter le moindre louche sur le ca- ‘ractère et les intentions de M. le docteur Rivard. Je n'ai pas le moindre doute que,s'il eût connu la mort du fils de M. Meunier, il n’eût jamais consenti à présenter la Requête qui occupe la Cour en ce moment. Loin de’moi l’idée d'aucune imputation inju-: rieuse; au contraire je dois lui rendre justice de dire que s’il était persuadé, comme j'en suis convaincu d'après ce que vient de dire votre honneur, que son pupille était le véritable héritier de M. Al
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phonse Meunier, il était obligé en conscience, en devoir, en honneur, de faire valoir les droits de l'innocent dont il représentait les intérêts. Ainsi, je considère que la conduite du docteur Rivard, loin de pouvoir porter atteinte à sa réputation, ne peut que le rehausser dans l'estime des gens de bien.
Ces paroles, prononcées par M. Préau avec une simplicité toute naturelle, causèrent dans l'auditoire une impression favorable au docteur Rivard, qui respira plus à l’aise et regarda le juge ; celui-ci lui sourit avec bienveillance.
Messieurs, reprit le juge, il reste encore une chose à décider dans cette cause. La succession de M. Alphonse Meunier étant vacante, il est de mon devoir de nommer ex-officio un administrateur pour en prendre la gestion. Mon choix est déjà fait de la personne que je considère la plus digne d’en remplir les devoirs, et cette personne est M. le docteur Rivard. Si quel-
qu'un a quelqu’objection à faire ou quelqu'autre personne à suggérer, je suis prêt à l'écouter avant de “prononcer mon jugement.
Tous les yeux se portèrent sur M. Préau, dans l’attente qu'il aurait quelque chose à dire ; il se leva en effetet dit:
—Je suis informé, M. le juge, qu'il y a un témoin qui a quelque chose à dire concernant l’orphelin Jérôme. Ce témoin pourra peut-être jeter quelque lumière sur les entrées des régistres de l’hospice, qui me paraissent assez extraordinaires à l'endroit de ses parents,
—Je n'ai pas la moindre objection, répondit le
; ‘juge.
Sur un signe que lui fit M. Préau, nn police
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