CHAPITRE XXVI
L'EXÉCUTEUR TESTAMENTAÏRE,
Il est facile de s’imaginer le tumulte et la confusion qui suivirent l'arrestation du docteur Rivard.
Le juge fut obligé de suspendre la séance pendant dix minutes, avant de pouvoir procéder. Pierre de St. Luc pria son avocat de voir à ce que le testament fut homologué, suivant sa forme et teneur, se sentant lui-même trop affecté et trop faible, pour pou-
voir supporter la fatigue et la chaleur qui régnaient
dans la salle.
—Je vais m'en retourner chez Mme Regnaud, lui dit-il, me reposer quelques instants ; je vous attendrai dans une heure pour diner avec moi; je vous prie de voir à ce que la petite cassette de maroquin rouge à clous jaunes, que je sais être chez le docteur Rivard, soit enlevée avant que cet homme puisse la détruire. Faites-moi aussi le plaisir, en passant à la banque des Améliorations, de m’apporter le montant de ce chèque, en billet de cent dollars.
Le capitaine, en arrivent chez Mme. Regnaud,"la prévi : qu'il avait pris la liberté d'inviter M. Préau pour dîner à trois heures et demie.
— C'est bien, mon enfant, jui dit-elle avec bonté ; tu as bien fait. Veux-tu prendre une soupe, en attendant ? Tu m'as l'air fatigué.
—Je n'ai pas d’objection ; après quoi, je me jetterai sur mon lit, jusqu’à ce que M. Préau arrive.
—Comme tu voudras.
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Le peu de temps que le capitaine dormit ty fit un grand bien. [Il se baigna le visage dans de l’eau fraiche, et avait à peine réparé sa toilette, lorsqu'on vint lui annoncer que M. Préau était arrivé.
—Eh bien! M. Préau, quelle nouvelle ? lui ditil aussitôt qu'il l'eût rejoint au salon.
—Tout est bien. Le testament a été homologué | sans la moindre difficulté. Le docteur Rivard a été transporté chez lui, sous la garde de maître Lauriot et d'un autre constable ; nous avons trouvé la petite boîte de maroquin rouge que: Lauriot doit vous apporter tout à l'heure. Voici les vingt mille dollars que j'ai eues de la banque des Améliorations en billets de cent piastres, comme vous le désiriez.
La banque n’a pas: fait d’objections ?
—Pas du tout. On savait déjà votre résurrection; et d’ailleurs, j'avais avec moi l’ordre du juge, sous le seing et sceau de la Cour des Preuves, de vous mettre en pleine et entière possession de tous les biens meubles et immeubles, généralement quelconques, de la succession de monsieur Meunier. Voici l'ordre.
—Merci, M. Préau. Ayez maintenant la bonté de mg dire combien je vous dois.
—Oh! rien du tout, rien du tout, répondit-il en jetant, malgré lui, un coup d'œil sur la pile de billets de banques qui était sur la table. Ce n'est pas la peine, ce n’est pas [a peine.
Le capitaine avait souri, en 1 voyant la direction ‘involontaire qu'avait pris le rayon visuel de l'avocat vers ces petits chiffons, dont 1a puissance magnétique exerce une si grande influence sur les destinées
humaines, en dépit de là mésaventure du chameau
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qui se rempit l'épine dorsale en s'amusant à passer par le.chas. de l'aiguille! Il savait de plus que M. Préau n'était pas riche, et d'ailleurs les avocats ne pèchent pas en général par un si grand désintéressement ; et il comprit fort bien que M. Préau préférait laisser la chose à sa générosité, pensant bien ne rien perdre pour attendre.
—M. Préau, vous avez bien travaillé pour moi, et vous méritez d’être payé; je sais que les avocats ne travaillent pas sans cela. Peut-être préférez-vous avoir quelqu'autre ouvrage à faire pour moi, avant de me présenter votre mémoire ; c’est bien, j'y consens. Vous serez mon avocat ; et, pour retenue, permettez-moi de vous offrir ceci, lui dit-il en prenant dix des billets de banque ; ça ne vous empêchera pas de faire votre mémoire,que vous me présenterez tous les trois mois.
—Je vous remercie, M. de St. Luc, lui répondit M, Préau,en prenant les billets qu'il mit dans son portefeuille, pendant que le capitaine en faisait autant des autres.
Le capitaine et M. Préau s’assirent seuls à diner ; car Mme. Regnaud et sa famille avaient, suivant leur habitude, pris leur repas à midi.
—Je vous ai prié, M. Préau, de venir dîner avec moi, lui dit le capitaine, aussitôt que la nappe eût été enlevée et le dessert servi, afin que vons m'aidiez à remplir, en ma qualité d’exécuteur testamentaire, les dernières volontés de mon bienfaiteur et père, M Meunier. Je veux dès ce soir remettre à qui de droit les divers legs qu'il a faits et ordonnés dans son testament. Vous me donnerez votre avis et me Ana 0 dans l'exécution de mon bia
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—Bien volontiers.
—Je vous retiens pour le reste de la journée.
—Je suis à vos ordres. Il serait bon que vous eussiez un notaire, pour dresser les actes et quittances dont vous aurez besoin. Si vous le désirez, je vais aller en chercher un.
—Ne vous donnez pas ce trouble ; je vais envoyer Trim prier M. Magne de vouloir bien passer ici un instant.
Ils étaient encore à table, quand la négresse de la maison apporta au capitaine la petite cassette de maroquin rouge, en lui disant que le monsieur qui était venu le matin, demandait à lui parler,
—Allez dire à celui qui a apporté cette cassette de m'attendre ;.et faites entrer le monsieur.
En voyant entrer Sir Arthur Gosford, le capitaine fut frappé de l’altération de ses traits, si changés depuis qu’il l'avait laissé le matin, à la porte du consulat d'Angleterre.
—Qu'avez-vous donc, Sir Arthur ? vous n'êtes pas . reconnaissable.
—J’ai besoin de vous voir en particulier ; j'ai un service à vous demander.
—Avec plaisir : youlèz-vous entrer dans ma chat bre? M. Préau voudra bien vous excuser quelques instants.
—Pas d'excuse, répondit l'avocat, en se levant de table ; je vais lire les journaux en attendant.
—Un grand malheur, capitaine, lui dit Sir Arthur aussitôt qu'ils furent seuls, un grand malheur m’est arrivé ; Miss Sara Thornbull est disparue !
—Miss Thornbull disparue !
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—Oui! ce que je pressentais ce matin n'est que. trop réel! Elle a été enlevée par Antonio Cabrera !
—Enlevée ! par Antonio Cabrera! Vous m'épour-
vantez.
—La chose n’est que trop vraie! voici un billet que Clarisse a trouvé parmi les effets de Miss Thornbull. Son évanouissement à bord du Zéphyr, quand elle reconnut le pirate, est maintenant expliqué.
—Pauvre jeune fille! Et que pensez-vous faire ?
—C'est ce que je ne sais pas; et c’est pour ça que
je suis veru vous voir. Je suis au désespoir.
—Ïl n’y a pas de temps à perdre; il faut courir après le ravisseur. Avez-vous quelqu'idée de la direction qu'il a prise ?
—Non. Seulement je sais qu’il lui donnait rendez-vous à la place Lafayette, pour avant-hier soir. |
— Vous ne savez rien de plus ?
—Rien de plus!
—Ah ! j'y pense: j'ai...
Le ‘capitaine, sans finir sa phrase, sortit précipitamment de sa chambre, alla chercher André Lauriot qui l’attendait, et rentra bientôt avec lui.
—Voici l’homme, Sir Arthur, lui dit le capitaine en lui montrant Lauriot, qui peut le mieux vous aider. "
Sir Arthur examina la contenance et les traits de l'agent de police, et parut satisfait. Après lut avoir raconté ce qui était arrivé, il lui demanda ce qu'il
| en pensait. L
—Ce que j'en pense ? répondit Lauriot; c’est que
x vase *
Po 334 UNE DE PERDUE