‹ Une de perdue, deux de trouvées [microforme]Chapitre 72 sur 78 · TT · texte numérisé non relu

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—Æ£h bien ! j'accepte le jugement pour la présent, reprit Mme Regnaud ; mais nous en parlerons plus tard, Pierre.

dit —Comme vous voudrez. En attendant, excusez-

til nous si nous ne vous reconduisons pas chez vous; il

(qi faut que j'aille prendre mon logement chez moi, J'ai bien des choses à faire encore ce soir. Auriez-vous la bonté de m'envoyer mes effets par Toinon ?.

—QOui, mon Pierre.

De la rue Bienville, le capitaine se rendit, avec messieurs Magne et Préau, à la demeure de feu M. Meunier où Pierre avait décidé de faire son séjour, pendant le temps qu'il serait à la Nouvelle-Orléans. Tous les esclaves de la maison, qui avaient appris que le capitaine n’était pas mort, accoururent au devant de lui aussitôt qu'il fut entré.

— Comment va? comment va? mon piti maître!

criaient-ils les larmes aux yeux, en lui embràssant les mains et ses vêtements.

—Très bien, très bien, mes enfants, leur répondait: il, en leur donnant à chacun une poignée de mains.

Le gardien vint remettre les clefs au capitaine ; après quoi, Pierre de St. Luc fit le tour des chambres,

examina les scellés, visita les écuries, remises, voûtes,

caves et les dépendances. Tout était en ordre, Il

congédia le gardien en lui disant de faire son compte

et de revenir le lundi suivant.

—Maintenant, mes enfants, dit le sabltais, quand il se fut assis devant. une grande table, avec le notaire et M. Préau, j'ai un devoir à remplir envers plusieurs d’entre vous de la part de votre bon maître qui fut un pèré pour vous durant sa vie, etqui veut

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Pierrot, Jacques, Henri, Paul, Clara et Céleste. Vous vous êtes toujours conduits comme de bonset fidèles serviteurs, et M. Meunier m'a chargé de veiller à ce que vous soyez tous mis en liberté, suivant les formalités de la loi. Lundi prochain à midi, vous ne serez plus esclaves ; vous n'appartieudrez plus à personne ; vous serez maîtres de vos volontés et de vos personnes ; vous pourrez aller où bon vous semblera faire ce que bon vous semblera ; personne ne pourra plus vous inquiéter, si vous vous conduisez suivant la loi, paisiblement. Vors Pierrot, vous recevrez, lundi à midi, en même temp: que votre acte de liberté, ces cinq cents dollars, que je remets à monsieur le notaire. Vous, Jacques, vous en recevrez autant, Vous, Henri, Paul, Clara et Céleste, vous êtes plus jeunes et plus vigoureux, vous en recevrez deux cents,

. “ Voyez comme votre maître a été bon pour vobs! Il vous donne non-seulement la liberté, mais il vous fournit encore les moyens de vous établir honnètement et de gagner votre vie. Vous avez mérité ce qu’il vous donne, et je suis heureux d’être l'exécuteur de ses désirs à votre égard. Quant à moi, je vous considère comme libres dès ce moment; vous pouvez aller où vous voudrez. Venez me donner la main.”

Tous ces fidèles esclaves, au lieu de montrer l’extravagante joie à laquelle le capitaine s'attendait, se jetèrent à genoux et éclatèrent en sanglots.

—Qu’avez-vous, mes enfants? relevez-vous, leur dit le capitaine qui se sentait ému; n’êtes-vous ps contents ? fs

—S$i, si, mon piti pas sn Pierrot; nous

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342 qe UNE DE PERDUE

l'été contents, mais nous l'été pas contents de quitter li, pour couri la ville saus savoir you l’allé. Les blancs pas voulé employé nous, paceque nous l'été plus esclaves ; et l'esclaves pas voulé palé à nous, paceque nous l’été plus esclaves itou. Tout l’monde abandonné nous, si piti maître l’aba:donné nous.

—C'est ça nous rensé, comme a dit Pierrot, ajoutèrent les autres.

—Vous avez raison, leur répondit le capitaine, d’un ton affectueux ; je ne vous abandonne pas, je ne vous chasse pas. Quand vous aurez besoin, je serei toujours prêt à vous aider de ma bourse et de mes conseils ; vous pouvez venir ici quand vous voudrez, ma maison vous sera toujours ouverte ; vous y trouverez toujours un lit pour vous coucher. un morceau de pain pour manger, tant que vous vous comporterez comme il faut. M. Meunier, votre maitre, a voulu que vous fussiez libres après sa mort, et il serait bien fâché dans le ciel, s’il apprenait que Je n'ai pas exécuté, et que vous, vous avez refusé ce qu'il avait désiré. Vous lui feriez de la peine. Vous ne voulez pas lui faire de peine, n'est-ce pas ?

—Oh non ! non, crièrent-ils tous ensemble.

—ÆEh bien ! dans ce cas-là, que voulez-vous donc ?

—Nous voulons tous rester avec vous.

—Mais, mes enfants, considérez que je ne puis pas toujours rester ici. Je vais être obligé d’aller bientôt au Canada, pour des affaires importantes ; c'est un pays bien éloigné, il y fait bien froid, et je ne potrais pas vous y amener, vous y gêleriez.

—C'est égal : gardez-nous avec li tant que pas parti.

. —Vous ne seriez pas plus avancés quand je partirais ; tandis qu’en vous plaçant maintenant, je pour-

s de quitallé. Les ious l'été lé à nous, it l'monde 6 nous.

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capitaine, ne pas, je besoin, je urse et de | vous voute ; vous y er. Un MOrvous com- » maître, à ort, et il ait que Je refusé ce eine. Vous as ?

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rais vous être utile dans les commencements, jusqu’à ce que vous puissiez faire vos affaires seuls.

—Mais que nous va faire ? nous 86 pas rien ; nous conné pas métier.

— Voulez-vous, mes enfants, que je vous fasse une

proposition ?

—Oh ! oui, oui.

Je réfléchis, en effet, que vous n'avez pas de métier et que vous pourriez bien vous trouver embarrassés de votre liberté, si vous ne trouviez pas les moyens de vivre. Voici ce que j'ai à vous proposer.

“ Vous êtes six ; en réunissant ensemble les legs que vous a faits votre bienfaiteur, vous formerez la somme de dix-huit cent dollars. Vous, Pierrot et Jacques, vous connaissez la culture de la terre; Henri et Paul sont forts et robustes, Clara et Céleste feront d'excellentes fermières. Vous êtes bons amis et avez toujours vécu ensemble; voulez-vous vous mettre sur une petite terre, que vous cultiverez de vos mains ? Vous aurez des vaches, vous les soignerez, vous ferez du beurre, du fromage; vous aurez des moutons, une basse cour, vous pourrez vivre tranquilles et à l'aise.

—Oh ! oui, oui, mon bon piti mättre.

—Vous, Henri et Céleste, je sais que vous vous aimez, vous vous marierez et je vous fais un présent de noces; comme je crois que Clara ne déteste pas Paul, je leur ferai aussi un présent pareil, s'ils se marient. Qu'en dites-vous Henri et Céleste ?

+-Et toi Clara ?

—Moué sé pas.

—Toi, Paul ?

—Moué voulé bin!

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—Qu’en dis-tu Clara ?

—Moué voulé bin itou !

—À la bonne heure ; je suis content que vous consentiez à vivre tous ensemble. Comme Pierrot et Jacques ont chacun cinq cents dollars et que Henri ct Céleste n'auront à eux deux que quatre cents dollars, je leur donne cent dollars pour présent de noces ; et autant à Paul et Clara. Ainsi vous diviserez les profits et dépenses en quatre. Mais ce n'est pas tout. Vous n'auriez pas assez de deux mille piastres, pour acheter une terre et tout ce qui sera nécessaire à sa culture.

“ Je me propose d'acheter la terre de M. Cog-Quintal, uu excellent homme, qui l'offre en vente. Elle contient deux cents arpents de bonne terre, dont la moitié est en pleine culture. D'un côté elle touche

à ma plantation de la paroisse St. Charles, de l’autre elle est séparée du voisin par une petite rivière, qui l'en isole complètement. 11 y a une jolie maison de campagne sur Le bord du fleuve, entourée de magnifiques chênes verts, qui étendent leur ombrage devant la porte. Les écuries et remises sont en bon ordre, ainsi que les clôtures.

Je vous donne la jouissance de celte terre en commun, pour aussi longtemps que vous vous comporterez comme il faut.

Ces pauvres nègres ne savaient pas. comment exprimer toute leur joie. Ils souriaieut, tandis que des larmes de bonhéur coulaient de leurs yeux.

—Avec votre argent, continua le capitaine, vous achèterez des chevaux, des bœufs, des mules et tous les instruments aratoires nécessaires,

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