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—Alh ! s'écria Pierrot, qui avait été le cocher de M. Meunier, c’est moué qui l’auré soin des curies !
—Et moué, ajouta Jacques, veillé à cufture avec Henri et Paul.
—Laissez-moi continuer, mes enfants. La récolte que vous ferez, je l’achèterai au plus haut prix du marché. Je prendai votre coton, et ce que vous aurez de maïs à vendre, aprèsavoir mis de râté votre provision. Si vous préférez cultiver k .nne à sucre, je vous l’achèterai pour ma roulaison, excepté que vous préferassiez venir faire votre sucre à ma sucrerie ; je donnerai des ordres à cet effet à l’économe de la plantation. Quand vous aurez besoin de quelque chose, vous vous adresserez à lui, si je n'y suis pas.
—Moué conné bien le conome, mossié Todore, li l'été ti toujou conome ?
-—QOui, Pierrot, il est toujours l'économe. Maintenant, mes enfants, continua le capitaine, allez préparer le souper, et laissez-moi avec ces messieurs.
Ces pauvres esclaves se jetèrent aux genoux de Pierre une seconde fois pour lui demander sa bénédiction.
. —Je vous la denne, mes enfants; que Dieu vous la donne aussi et puissiez-vous toujours la mériter ! :
Il me reste encore à satisfaire quelques legs, reprit le canitaine ému jusqu'aux larmes de cette scène ; voici, M. Magne, 5000 dollars que vous me ferez le plaisir de porter, lundi matin, à l'Asyle des Orphelins. Vous dresserez l'acte nécessaire, que vousm'apporterez avec laquittance du docteur Rivard auquel vous remettrez aussi ces trois mille dollars,
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—Il est indigne de toucher à ce legs] s'écria M. Préau avec indignation, à l’idée que ce monstre toucherait de ses mains impures l’offrande dernièré d’un homme de bien.
—Non ! répondit tranquillement le capitaine, cet argent lui appartient ; c'était la volonté de mon père qu'il l’eut et il l'aura! Mais je vous assure qu'il n’en pourra pas faire un mauvais usage... Vous lui porterez son argent lundi, M. Magne !—Je ferai aussi porter à la Bibliothèque de l'Etat, les livres qui lui sont légués; veuillez aussi en préparer l’acte.
Lorsque messieurs Magne et Préau furent partis, après le souper, le capitaine Pierre de St. Luc monta à son ancienne chambre à coucher, dans laquelle il s’enferma. Sur une table, recouverte d’un tapis vert, il y avait la petite cassette de maroquin rouge, à clous jaunes. Cette cassette renfermait des. papiers de famille. Pierre allait enfin connaître ce que M. Meunier lui avait toujours caché; il allait enfin apprendre quel était son père et sa mère, où ils # étaient, ce qu’ils faisaient. Il regarda, avec des yeux qui se remplirent de larmes, cette cassette dont le contenu allait lui dévoiler tout ce que sa naissance et son enfance avaient eu de caché et de mystérieux. Il hésita à l'ouvrir, et ce qu’il avait tant désiré de connaître il trembait maintenant de l'apprendre ; il aurait voulu n’avoir eu d’autre père que M. Meunier! Il eut peur de n’avoir à connaître le nom de
… son père que pour avoir à lui reprocher son abandon. Il demeura longtemps pensif et rèveur.
Minuit sonna à l'horloge ! C'était l'heure à laquelle M. Meunier était mort. Pierre de St. Luc tressaillit. —Je n'ouvrirai point cette cassette maintenant!
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ditil. Je veux encore passer cette nuit, la première
que je passe dans cette maison depuis la mort de M.
Meunier, avec l’idée qu'il était mon père selon la nature, comme il l'était selon le cœur.
Et il se coucha, sans avoir ouvert la casselte.