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LE BAL DU GOUVERNEUR

Le jour du grand bal, que donnait le gouverneur, était enfin arrivé. Des cartes d'invitation avaient été distribuées avec profusion, depuis plus de^quinze jours. Lord Gosford, qui voulait faire un dernier effort pour se rendre tous les partis favorables, avait invité un grand nombre des notabilités canadiennes des campagnes.

La résidence du gouverneur avait été décorée à neuf, à l'intérieur ; la salle de danse avait été agrandie et étincelait à la lumière de mille bougies. Tous les salons étaient brillamment illuminés. Une foule assez considérable

était déjà arrivée. Dix heures venaient de sonner, et une longue file de voitures semblait stationner à la porte, quoiqu'elles se succédassent avec rapidité, les unes prenant la place de celles qui partaient.

La musique du régiment en garnison dans la ville, préludait à un quadrille, quand le gouverneur entra dans la salle de danse, ayant à son bras une jeune fille à laquelle il paraissait témoigner beaucoup d'affection. Il salua à droite et à gauche plusieurs personnes qu'il n'avait pas encore vues, et se dirigea vers le fond de la salle, où il venait d'apercevoir madame de St-Dizier.

« — Je vous cherchais, madame, lui dit-il, pour vous confier pour la soirée, ma petite cousine, qui vient avec son père passer quelques mois avec nous. Elle est étrangère en ce pays, n'étant arrivée que de ce matin ; je désirerais lui faire faire la connaissance des bonnes familles canadiennes. Elle parle le français comme une petite parisienne. J'espère que vous voudrez bien la prendre sous votre protection. Et vous, dit-il, en s'adressant aux demoiselles de St-Dizier, qui étaient près de leur mère, vous ne lui refuserez pas votre amitié, n'est-ce pas ? nous sommes presque de vieilles connaissances, votre mère et moi, quoique depuis quelque temps elle néghge de nous visiter ; je voudrais que Clarisse et vous, fussiez bonnes amies.

Madame de St-Dizier prit affectueusement la main de la jeune étrangère, et la fit asseoir entre elle et Hermine.

» — Maintenant, dit Lord Gosford en se penchant vers celle qu'il avait amenée à madame de St-Dizier, je vais aller prévenir quelqu'un, que j'ai aperçu au moment de ton entrée dans la salle ; il est bien loin, ma chère, de s'attendre à te voir ici ce soir.

— Quelle est cette personne, milord, demanda Clarisse.

— Ah ! c'est une surprise que je veux vous faire à tous deux. Il croit que ton père est repassé en Angleterre depuis longtemps avec toi ; et tu ne t'attends guère, j'en suis sûr, à le rencontrer ici. Je vais bientôt te l'envoyer.

Lord Gosford n'eut pas plutôt passé dans le salon voisin, que la musique, qui avait été un instant interrompue, donna le signal d'un quadrille. Toutes les places furent bientôt prises. Mademoiselle Asile dansait en face de sa mère, d'où elle pouvait facilement examiner les traits et l'expression de la physionomie de la jeune personne que Lord Gosford leur avait présentée. Hermine était demeurée auprès de Clarisse, qu'elle examina avec intérêt pendant qu'elle parlait à sa mère. Le caractère de Clarisse et celui d'Hermine se ressemblaient trop, pour qu'elles ne devinssent pas bientôt amies.

» — C'est, sans doute, la première fois que vous venez en Canada ? lui demanda-t-elle.

— Oui, mademoiselle.

— Vous êtes venue dans la plus mauvaise saison de l'année, reprit madame de St-Dizier ; nous entrons dans l'automne avec ses vents froids et ses pluies désagréables ; vous ne vous amuserez pas beaucoup.

— Il fait pourtant assez beau aujourd'hui, un peu frais, c'est vrai ; mais j'aime bien ce temps-là. Mon père eut cependant désiré venir plus tôt, mais ayant été retenu plus longtemps qu'il ne pensait dans la Caroline du Sud, ainsi que dans la Virginie, il fallait bien venir dans cette saison^ car il tenait à voir milord avant de retourner en Angleterre.

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