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CHAPITRE TRENTE-HUITIÈME

— S'ils songeaient à se révolter, milord, répondit de St-Luc avec animation, vous verriez des organisations partout ; ils achèteraient des armes, et ils n'en ont pas. J'ai un peu visité les campagnes, avec ce M. DesRivières dont vous venez de parler ; or, nous n'avons ni vu ni entendu rien qui pût donner à soupçonner que l'on songeât, le moins du monde, à un soulèvement quelconque. J'ai assisté à quelques-unes des réunions locales des Fils de la liberlé, et je n'ai rien entendu de révolutionnaire. Toutes leurs dispositions, tous leurs discours tendaient à préparer quelques bonnes raclées aux membres du Doric Club et aux L. P. S.

— Mais la Chambre d'Assemblée ?

— 11 m'est tout à fait impossible, milord, de me former une opinion sur une question d'une aussi haute importance, et dans laquelle Votre Excellence est bien meilleur juge que moi, pourvu qu'elle ne juge que d'après elle-même et non d'après ceux qui l'entourent. Mais veuillez, je vous conjure, ne pas oublier une chose, Milord ; c'est que le peuple qui ne voulut pas se joindre aux colonies anglaises révoltées, et qui préféra rester soumis à la Grande-Bretagne ; le peuple qui marcha joyeusement aux frontières en 1812, et versa son sang à Châteauguay el ailleurs pour défendre le drapeau anglais, ne doit pas légèrement être traité de rebelle. Si cette colonie eut été anglaise en 1775, elle se fut révoltée. Milord, votre esprit et votre jugement, doivent vous faire apprécier les raisons qui m'ont fait parler avec un peu de chaleur peut-être, mais avec franchise et avec conviction.

— Merci, M. de St-Luc, je réfléchirai à ce que vous venez de me dire. Le procureur-général Ogden, était venu demander au gouverneur un

moment d'entretien. Sir Arthur prit le bras de St-Luc, et passa avec lui dans la salle de danse.

— Le gouverneur est un excellent homme, dit sir Arthur à St-Luc, mais il est faible. S'il était laissé à lui-même, il donnerait droit à la Chambre d'Assemblée. Son entourage d'ici et ses instructions d'Angleterre le mettant dans une fausse position, qu'il comprend bien, mais dont il n'a pas l'énergie de se tirer. Il m'a dit qu'il allait solliciter son rappel.

— C'est un malheur. J'espère néanmoins qu'il n'y aura pas de troubles.

— C'est à souhaiter ».

Sir Arthur et St-Luc s'arrêtèrent pour regarder danser un cotillon, cette danse vive et joyeuse, dont l'entrain et la gaieté les charmèrent.

L'heure était avancée quand St-Luc retourna à son hôtel, heureux de sa soirée, et l'esprit remph de tout ce qu'il venait de voir et d'entendre.

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