CHAPITRE QUARANTE-DEUXIÈME
« — Ton cliien m'a rendu un fameux service, dil-il à l'habitant chez qui il était entré ; j'ai le nom de tous les officiers, et j'ai appris tout ce que je voulais savoir. Il faut maintenant que je retourne à toute bride à St-Charles. Nous allons être attaqués demain. Fais-moi amener mon cheval.
— Tu ne prendras pas une bouchée avant de partir ?
— Non, je souperai à St-Charles. As-tu des nouvelles de la paroisse St-Jean-Baptiste ?
— Non, j'en ai de Maska.
— St-Hyacinthe ?
— Qui ; cet homme qui est couché sur ce banc lit, en arrive. Il veut traverser à Belœil vers la pointe du jour.
— Réveillons-le ; je veux savoir ce qu'il dit. Tiens ! mais c'est toi, Meunier; je croyais que tu devais te rendre jusqu'à la pointe Ohvier, après avoir fait tes commissions à St-Hyacinthe.
— Je n'aurai pas besoin d'y aller ; on a envoyé un autre homme à ma place.
— Quelles nouvelles à St-Hyacinthe ?
— Les habitants des campagnes ne veulent pas marcher ; parce qu'ils disent qu'ils n'iront pas se battre sans fusils. Dans le village il y en a beaucoup qui viendront.
— C'est bien. Et où vas-tu maintenant ?
— J'vas à Belœil, porter une lettre à M. M... et de là j'retournerai à St-Charles pour voir M. DesRivières pour qu'il écrive à M. St-Luc.
— M. St-Luc ? un bel homme, grand, brun, petite moustache noire ?
— Oui. Le connais-tu ?
— Sans doute ; je suis venu jusqu'ici avec lui, de St-Charles, cette aprèsmidi. Il est maintenant à St-Hilaire. Je l'ai laissé chez M. Rouville, il n'y a pas plus d'une heure.
— Oh ! j'en suis bien content ; j'irai le voir demain matin.
— Tu lui diras que c'est le petit colporteur qui t'a indiqué où le trouver. Maintenant dors ; excuse de t'avoir réveillé ».
Meunier qui n'avait pas dormi la nuit précédente, et avait fait une longue route à pied, ne demanda pas mieux. Il se retourna sur le dos, se passa les deux bras sous la tête, pour lui servir d'oreiller, et, une minute après, il ronflait comme un bienheureux.
Le lendemain devait encore apporter une déception à St-Luc. Les titres de l'acquisition de la terre, dont lui avait parlé Siméon, faits au nom du shérif, ne parlaient pas de M. Rivan. Meunier lui annonçait, de son côté, qu'il avait vu cette M^'^ Rives. Il confirma néanmoins l'assurance qu'elle vivait encore, et qu'elle avait été certainement vue depuis une couple de mois à bord d'un bateau à Montréal.
St-Luc apprenant qu'il aurait beaucoup de difficultés à retourner à Sorel par la rivière Chambl3% se décida à prendre le chemin de Chambly pour se rendre à Montréal ; d'où il fit parvenir à Trim l'ordre de le rejoindre.