‹ Une de perdue, deux trouvéesChapitre 179 sur 207 · CHAPITRE QUARANTE-QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUARANTE-QUATRIÈME

piste. Le fait est que j'en suis positivement sûr, répondit le volontaire.

— Pvobablemcnt ! vous êtes toujouvs cevtain, vous ! Mais continuez ; je pventls note.

— Vous allez en ju^er. — Je vous ai déjà dit (jue jeudi dernier, vers neuf heures du soir, j'étais à la station de police, quand la patrouille amena deux voleurs pris dans le faubouri> St-Joseph. Ils avaient été arrêtés pour un assaut commis sur une femme ; du moins c'est ce qu'un nègre, qui les tenait par le collet de leurs capots, dit à la patrouille quand il les lui remit. Je n'avais pas fait attention à cette circonstance, et je n'y aurais probablement plus pensé, si, hier, je n'eusse appris de Mary, qui demeure chez le Dr L..., qu'une dame respectable avait été attaquée par des malfaiteurs l'avant-veille.

— Quel rapport cela a-t-il avec les bvebels ?

— Vous allez voir ; je lui demande...

— A Mavy ?

— Oui, à Mary, quelle était cette dame ? D'abord, elle ne voulut pas me le dire ; mais à la fin vous savez, les femmes, il faut que ça parle ; elle me confia en secret, bien entendu, que c'était sa jeune maîtresse qui sortait, comme ça, seule, depuis deux à trois soirs, vers huit heures ou huit heures et demie, et ne rentrait que tard. Elle se déguise en habits d'homme depuis qu'elle a été attaquée.

— C'est une amouvette, pvobablement !

— Attendez donc. Je ne pense pas, moi, que ce soit une amourette ; je pense, bien au contraire, qu'elle ne sortait ainsi, en cachette, que pour voir l'un des chefs de St-Charles, qui sont actuellement cachés dans la ville.

— Vous ne pensez qu'à la bvécompense, vous autves ; c'est ce qui fait que vous voyez toujouvs un bvebel, là où il n'y a qu'une intvigue. Mais, continuez ; je pvends note.

— Ce n'était pas une intrigue, car elle est la sœur d'un de ces chefs qui se cache.

— Sa sœubv ? Ah ! c'est difîévent ; s'il est son fvèbve, l'afïaive devient sévieuse, très sévieuse !

— C'est ce que je pense ; mais ce n'est pas tout : hier soir, vers sept heures, je me suis rendu au marché à foin et me suis caché en face de la maison du Dr L... ; j'attends une bonne heure, au moins. Enfm je vois sortir le jeune homme, c'est-à-dire la jeune femme, qui portait quelque chose sous son bras. Au lieu de prendre à droite, comme je m'y attendais, elle gagna la rue Bonaventure, enfm la ruelle qui conduit à la rue St-Joseph. Elle marchait si vite, que je fus obligé de courir pour qu'elle ne m'échappa point. Elle était à peu près à la moitié de la ruelle quand, m'ayant sans doute entendu, elle se sauva comme une biche. Quand j'arrivai à la rue St-Joseph, elle avait disparu.

— Là !... vous avez tout pevdu, pouv avoiv coufvu ! pvenez donc gavde, une autve fois !

— Ce n'est pas tout ; je vis un nègre...

— Un gvos ?

— Oui ; le connaissez-vous ?

— Continuez ; je pvends note.

— Qui s'en allait du côté de la rue McGill. Je lui demande s'il n'a pas vu passer une femme qui courait ? Il me répond que oui, en me désignant

le côté opposé à celui où il allait. — Je ne perds pas de temps. Je reprends ma course ; et, après avoir couru une bonne escousse, je rejoins, en effet, une femme qui courait. C'était une vieille Irlandaise, à moitié saoule I C'était ma faute ; j'avais demandé au nègre s'il avait vu une femme.

— Tvès maladvoit ! Comment voulez-vous qu'il pvit un gabçon pouv une fille ? et vous de pvendre une Ivlandaise pour un gabçon ! C'est tvop stupide, pav exemple ! C'est tvès bête, même !

— J'en conviens. Aussi m'y suis-je mieux pris aujourd'hui.

— Pvobablement ! continuez ; je pvends note.

— Je me suis rendu cette après-midi à la prison. J'ai fait venir à la grille, l'un des prisonniers, que j'avais vu à la police jeudi soir. Moyennant une piastre je lui ai fait raconter tout ce qui s'était passé lors de l'assaut sur la jeune femme. Il m'a dit qu'elle avait un manteau ; qu'elle portait un petit panier, dans lequel il y avait une bouteille et quelques provisions. Qu'elle était entrée dans un clos de bois dans la rue St-Maurice lorsqu'ils l'attaquèrent. Qu'elle fut délivrée des mains du P'tit Loup, qui voulait lui faire du mal, par un homme auquel vint se joindre le nègre qui les avait livrés à la patrouille.

— A la bonne heubve ! Vous vous êtes mieux pvis aujouvd'hui, continuez : je pvends note.

— Il m'a montré un petit porte-monnaie qu'il avait pris à la jeune femm.e, dans lequel il y avait une enveloppe de lettre déchirée sur laquelle on ne voyait que cette partie de l'adresse. Voici l'enveloppe, regardez.

— Henviette !... mais Henviette qui ?

— Ou D... ; ou G... ; ou C... ; l'une des trois. Je crois que ça doit être Henriette D...

— Et apvès ? continuez ; je pvends note.

— Après, je suis venu ici au sortir de la prison ; j'ai frappé à la porte, personne ne m'a répondu.

— Je dovmais, pvobablement.

— Et je me suis rendu tout droit à la rue St-Maurice. Le clos de bois n'était pas difficile à trouver, il est à gauche. J'entre dans le clos ; visite partout ; regarde dans tous les coins ; rien. Pas de traces qui pussent me guider ; toute la journée, hier, des voitures avaient charroyé des planches et des madriers. Tout à fait en arrière du clos, il y avait une petite clôture en planches, qui séparait le clos d'un terrain vacant attenant à la vieille bâtisse en pierres dont la couverture en tôles est peinturée en rouge. L'entrée de cette bâtisse est sur la rue du Collège.

— Je la connais ; c'est la bvassebvie de M. Daubveville.

— Justement. Eh bien ! en suivant cette clôture, j'aperçus l'empreinte de deux petits pieds. Je suivis la piste ; il n'y avait pas à s'y méprendre. Elle traversait le lot vacant, allait à un tas de vieilles barriques et de quarts, placés les uns sur les autres, à l'un des coins de la brasserie. Derrière ce tas de barriques, il y avait une petite porte qui donne entrée dans la brasserie. La porte est en chêne, fermée par un verrou en dedans. C'est là qu'ils sont cachés, j'en suis sûr.

— Ça me pavait pvobable ; mais il ne faut pas en êtve tvop cevtain. S'il n'y avait bvien, nous sebvions la bvisée de tout le monde. Pvenons nos pvécautions; n'en disons bvien à pevsonne, et nous gagnevons labvécompense à nous deux. Continuez ; je pvends note.

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