CHAPITRE QUARANTE-SEPTIÈME
ment que l'on ne fasse aucun mal aux canonniers; s'il faut tirer, que l'on tire sur les chevaux. Mais que ça ne soit qu'à la dernière extrémité ; car nous aurons besoin des chevaux. Comprends-tu ?
— Très bien.
— Ce n'est pas tout. Vous détèlerez vos chevaux ; ils ont des traits, n'est-ce pas ?
— Oui.
— Et on les ajoutera, deux par deux, à chaque pièce de canon, afin que nous puissions gagner au galop le pont Lachapelle. Arrivés là, ils sont à nous ; et qu'alors M. Colborne vienne les chercher, avec ses volontaires !
En ce moment, l'homme qui était descendu de la montagne et qui, au lieu de se coucher s'était assis au coin de la cheminée pour se réchauffer, saisit le bras du docteur Chénier et lui dit :
» — Taisons-nous : j'entends un signal du dehors.
En un clin d'œil, ces hommes hardis et déterminés eurent chacun un couteau de chasse à la main ; ils sortirent sans bruit et passèrent derrière la cabane, tandis que celui qui venait de les prévenir fit quelques pas vers une talle de sapins. Il reconnut Paul, celui qui avait pris sa place de quart sur le sommet de la montagne ; il revenait sur ses pas baissé presque jusqu'à terre, et marchait rapidement.
— Qu'y a-t-il, Paul ? lui dit-il, pourquoi as-tu quitté la plate-forme.
— Chut ! Il y a trois volontaires qui viennent ; ils ont un fanal et suivent les pistes. Je les ai vus sortir de la maison ; deux sont gagnés au corps de garde et les autres ont pris cette direction. Comme je les ai perdus de vue aussitôt qu'ils furent entrés dans le bois, je suis descendu voir où ils vont et ce qu'ils prétendent faire.
— Et qu'as-tu vu ?
— J'ai vu qu'ils suivaient les pistes de Barsalou ; ils ont leurs mousquets et baïonnettes, et forcent Toinon de les éclairer avec le fanal.
— Sont-ils encore loin ? dit Chénier qui, ayant entendu ce que venait de dire Paul, s'était approché avec tous ceux qui étaient sortis avec lui de la cabane. Je n'entends rien.
— Je crois qu'ils s'éloignent.
— Mais s'ils suivent nos traces, ils vont bientôt arriver !
— Ils ne suivent pas nos traces ; ils ont pris un peu plus à gauche et suivaient la piste que Barsalou avait faite en allant seul. J'en étais bien content puisque j'ai pu les dérouter.
— Comment cela ?
— J'ai effacé du mieux que j'ai pu, avec une branche, l'empreinte des bottes de Barsalou ; après avoir jeté quelques branches sèches sur la piste à droite, j'ai marché, en gagnant vers le corps de garde. Rendu au chemin, je suis revenu jusqu'à l'endroit où ils avaient pris le bois ; là j'ai vu, un peu à gauche, les pistes que vous aviez faites et je les ai suivies jusqu'ici.
— Penses-tu que Toinon nous trahisse ?
— Non, non ; il ne les mènera pas à la cabane à sucre, soyez tranquilles, s'il peut ré\'iter.
— Tu vas remonter sur la montagne, et, ouvres l'œil. Barsalou, tu feras bien de retourner ; sois sur tes gardes. Michel va rester en sentinelle
dans cette talle de sapins. Si les trois volontaires viennent jusqu'ici, il n'y a pas à dire, il faudra les faire prisonniers et les garder jusqu'à demain. J'aimerais mieux que nous n'y fussions pas obligés »,