‹ Une de perdue, deux trouvéesChapitre 191 sur 207 · CHAPITRE QUARANTE-SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUARANTE-SEPTIÈME

forme, et un liomme s'avance avec précaution, tenant son fusil élevé au-dessus de sa tête. Celui qui est sur la plate-forme en fait autant, puis le remet sur son épaule, et d'une voix sourde mais assez élevée pour être entendue : t — Qui vient là ?

— Un voyageur, répond celui qui s'approchait et qui s'était arrêté.

— Avance; voyageur ; où vas-tu ?

— Je vais sur la montagne.

— Que faire ?

— Te remplacer ; c'est le chef qui m'envoie. Ton quart est fini. Tu peux descendre, il t'attend ; il vient d'arriver, il est à la cabane.

— Quelle sonc ?

— Tu l'apprendras à la cabane ; et toi ?

— Je le dirai au chef ; tout va bien ».

Un instant après, celui qui était descendu du sommet de la montagne arrivait à la cabane à sucre à la porte de laquelle se tenait un homme, en tuque bleue de laine, qui lui fit signe d'approcher, et tous les deux entrèrent. Il salua le docteur Chénier, et apercevant deux étrangers, qu'il ne connaissait pas, il se passa le pouce de la main gauche sur les lèvres, signifiant qu'il n'osait pas parler devant ces personnes.

« — Parle, lui dit Chénier ; ce sont des chefs du Sud ; deux amis qui viennent nous aider. Quelle sone ?

— S. o. n. e., répondit-il en prononçant chaque lettre séparément ; S pour le sud, 0 pour l'ouest, N pour le nord, E pour l'est ; c'est bien ! voici la sone : J'ai vu Barsalou qui venait à la cabane, parce qu'en sortant à la porte il a agité un tison ardent deux fois au-dessus de sa tête ; ce qui voulait dire qu'il était accompagné de deux personnes. C'était probablement ces deux chefs, continue-t-il, en leur faisant un léger salut de la tête. Peu d'instants après, j'ai vu cinq volontaires avec leurs mousquets, les baïonnettes au bout, quitter le corps de garde et se diriger vers la maison que venait de quitter Barsalou, où ils sont entrés. Je ne les en ai pas vus sortir. Voilà pour S, sud.

Barsalou et Chénier échangèrent un signe rapide.

» — J'ai vu, continua-t-il, une lueur au pont Lachapelle ; cette lueur s'est agrandie, a brillé, s'est éteinte. C'est W. S... qui est arrivé avec son monde et s'est emparé du pont. De ce côté-là tout est bien. Ils savent que nous avons connaissance de leur arrivée ; j'ai fait le signal. Voilà pour 0, l'ouest.

— C'est bien, lui dit Chénier, continue.

— J'ai vu la ville enveloppée dans un manteau de fumée blanche, qui plane au-dessus des maisons, et la cache presqu'entièrement. J'ai entendu un bruit sourd, comme les vagues du lac qui montait jusqu'à moi. Je n'ai pu distinguer ce que c'était, d'abord. Peu à peu cet immense nuage blanc, qui surplombait la ville, s'est empourpré vers le sud, et j'ai cru entendre le tocsin. C'était un incendie. La ville brûle encore. Voilà pour E, l'est.

— Et au Nord ? demanda Chénier.

— Au nord je n'ai rien vu ; pas de sone, du Nord, tout est tranquille de ce côté-là.

— Tu as bien remph ton quart, Maxime ; prends un verre de whisky, tu dois avoir froid ; et couches-toi, tu dois être fatigué.

— Quel est ce mot-là, sone ? demanda le Dr G... à Chénier.

— C'est un mot, que nous employons dans le Nord, qui signifie nouvelle, mais que j'aime mieux ; parce qu'il est plus expressif dans sa prononciation et jusque dans son épellation.

— En effet, chaque lettre du mot désigne un des points cardinaux.

— Ce n'est pas mal : et je vote pour que nous l'adoptions.

— Mais, nous nous en servons depuis longtemps dans le nord.

— Raison de plus, pour que nous nous en servions aussi dans le sud.

— Laissons-là les mots, dit Luc M..., et parlons de ce que nous allons faire. Voyons : W. S... est arrivé au pont Lachapelle ; c'est bien. Si nous pouvons une fois nous rendre jusque là avec les canons, ils ne pourront plus nous les enlever. Mais nous ne les avons pas encore. A quelle heure doivent-ils venir, demain matin ?

— Entre sept et huit heures, répondit Chénier.

— En es-tu sûr ?

— Bien sûr !

— Combien y aurait-il de cavaliers pour les accompagner ?

— Quatre seulement.

— Et de canons ?

— Onze canons ; onze caissons ; en tout vingt-deux voitures : Quatre hommes par voiture, deux à cheval, deux assis sur le siège. En tout, quatre-vingt-douze hommes ; mais il n'y a que les cavaliers qui aient leurs sabres, les autres ne sont point armés.

— Et nous, combien sommes-nous ?

— Quatorze ici, sans compter Barsalou ; dix avec lui à la maison ; Major et dix autres à St-Laurent.

— Trente-six ; c'est assez, pourvu qu'il n'y ait pas plus de cavalerie. Maintenant, entendons-nous bien sur ce que l'on doit faire demain ; répète ton plan. Et toi, Barsalou, écoute bien afin que tu le répètes à Major demain matin.

— Voici, dit Chénier ; il faut que demain matin, vers sept heures, Major et ses hommes amènent leurs charges de foin et de bois, et prennent le chemin d'en bas pour se rendre par la route Ste-Catherine au faubourg St-Laurent. Ils s'arrêteront à une quinzaine d'arpents d'ici. Si l'artillerie vient du côté du faubourg St-Laurent, ils la laisseront passer. Aussitôt qu'elle sera passée, ils verseront leurs voitures de foin et de bois, de manière à obstruer complètement le chemin, et accoureront avec leurs fourches.

» Si, au contraire, l'artillerie vient par la Côte des Neiges, ils verseront leurs voitures aussitôt qu'ils auront reçu le signal, et attaqueront les premières voitures de l'artillerie en même temps que nous. Voilà pour Major. Je le lui ai déjà dit ; il faudra que tu le lui répètes demain matin.

— Toi, Barsalou, voici ce que tu as à faire : Tu te tiendras prêt avec tes hommes et les voitures. Aussitôt que tu en auras le signal, tu prendras le même chemin qu'aura pris Major, mais tu t'arrêteras en face d'ici. Comme je suis à peu près certain que l'artillerie viendra par la Côte des Neiges, tu la suivras de près aussitôt qu'elle sera passée, et tu t'arrêteras en bas d'ici. Quand tu nous verras engagés, accours avec tes hommes, dont tu laisseras deux avec les voyages de foin, pour qu'ils les mettent en travers du chemin, au cas où quelqu'un des canonniers nous échapperait avant que nous puissions arrêter les chevaux. Je recommande spéciale-

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