‹ Une de perdue, deux trouvéesChapitre 198 sur 207 · CHAPITRE CINQUANTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUANTIÈME

» — Voici le dossier, dit M. Pellier ; voulez- vous en prendre connaissance ?

— Ce n'est pas nécessaire, répondit St-Luc ; veuillez me dire le montant de la réclamation et s'il y a chance de succès.

— L'action est pour un montant considérable, dix mille louis ; je crois l'action bien fondée, mais malheureusement que des pièces importantes absolument nécessaires, manquent.

— Pensez-vous pouvoir trouver quelqu'un qui voulût acheter la créance ?

— Il y a quelques années on avait oil'ert trois cents louis pour la réclamation ; mais les ollres ont été retirées depuis.

— Avez-vous quelqu'espoir de gagner le procès avec les preuves que vous possédez ?

— Elles sont insuffisantes.

— C'est bien ! maintenant je vais vous confier ce que j'ai dessein de faire. Je porte à madame St-Dizier et aux demoiselles de St-Dizier un bien grand intérêt ; je vais donner cinq mille louis pour leurs droits et prétention dans ce procès. Je veux assurer aux filles, après la mort de leur mère, les restes de la fortune de leur père qui reposait sur ce procès. Je désire rester inconnu dans cette transaction.

— Vous m'étonnez, monsieur, reprit l'avocat ; vous paraissez ne pas bien connaître cette famille, et cependant vous offrez une si forte somme pour une réclamation qu^ l'on peut considérer perdue.

— Comment ! une famille que je ne parais connaître ! que voulez- vous dire ?

— Certainement. Vous dites que madame St-l3izier se meurt, et vous voulez acheter la réclamation pour l'avantage des jeunes demoiselles ; mais ne savez-vous donc pas que d'après le testament de M. Rivan de St-Dizier il n'a laissé que l'usufruit de ses biens à sa femme, et qu'à sa mort la propriété en retourne à ses proches parents !

— Eh bien ! ses filles, les demoiselles Rivan de St-Dizier, ne sont-elles pas ses héritières ?

— Elles ne sont pas les demoiselles Rivan de St-Dizier ; leur père était Alphonse Meunier.

— Alphonse Meunier ! s'écria St-Luc, au comble de l'étonnement.

— • Oui ! elles sont sœurs jumelles. J'ai leur extrait de naissance ».

St-Luc fit un grand effort pour comprimer, devant un étranger, les émotions que lui causaient ces découvertes ; il remercia M. Peltier des précieux renseignements qu'il venait de lui donner, et qui modifiaient ses plans.

St-Luc alla à la banque, et de là regagna son hôtel.

Il avait résolu de prendre la malle-poste ; mais comme elle ne partait que le lendemain matin, il changea d'avis ; il envoya Trim lui chercher une voiture avec deux bons et vigoureux chevaux. Deux heures après la réception de la lettre de Henriette D... il était en route pour Québec.

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