‹ Une de perdue, deux trouvéesChapitre 199 sur 207 · LE TITRE DU ROMAN S'EXPLIQUE · texte numérisé non relu

LE TITRE DU ROMAN S'EXPLIQUE

Le lendemain de la scène qui avait failli être si dangereuse à M°^^ de St-Dizier, elle se sentit assez de force pour demander des explications au père de Florence.

Meunier lui apprit tout ce qu'il savait, savoir : que M. de St-Luc paraissait bien connaître le fils de M™e de St-Dizier et d'Alphonse Meunier, qu'il lui avait assuré qu'il vivait et cherchait sa mère en Canada, sans avoir voulu lui en dire davantage.

Ces renseignements étaient si positifs, que cette pauvre mère ne put douter que son fils ne fut encore vivant, peut-être en Canada. Hélas ! vivrait-elle assez longtemps pour le voir et le presser sur son cœur ? Viendrait-il à temps pour recevoir ses derniers soupirs ?

M^^ de St-Dizier ne se faisait pas d'illusion sur sa situation ; elle avait reçu les derniers sacrements ; son sacrifice était fait et elle l'avait fait de bonne grâce ; mais elle sentait qu'il était bien dur de mourir sans revoir son fils, son petit Pierre. Elle espérait que Dieu lui donnerait cette dernière consolation, lui qui, dans sa miséricorde, envoyait ce fils comme protecteur de ses sœurs, ces deux anges dans lesquelles elle avait concentré toutes ses aftections comme toute sa sollicitude.

Asile et Hermine ignoraient qu'elles eussent jamais eu un frère ; elles ignoraient même que M. Rivan de St-Dizier ne fût pas leur père. Elles avaient toujours été appelées Mlles de St-Dizier; lui-même n'avait pas cru devoir leur en parler.

Cependant, ce qui venait d'arriver rendait nécessaire que M™^ de St-Dizier leur apprit la vérité.

Toutes les émotions qu'elle avait éprouvées, les efforts qu'elle avait faits pour confier tous ces secrets de famille à ses enfants, avaient épuisé ses forces. Dans le cours de l'après-midi, elle tomba dans une espèce de somnolence léthargique qui durait depuis deux jours. Quelquefois elle semblait se réveiller, soulevait ses mains amaigries et demandait si son fils était arrivé, puis elle retombait dans le même état.

Elle était bien triste cette maison que nous avons vue si joyeuse la dernière fois que nous y avons conduit nos lecteurs.

Asile, ou Asile Rivan, comme l'appelait souvent sa sœur Hermine, était pâle et plus intéressante encore sous cette pâleur même. Il y avait tant de dignité et de résignation dans son beau visage, que miss Clarisse Gosford ne pouvait s'empêcher de la contempler avec admiration.

Depuis la maladie de M^^ de St-Dizier, miss Clarisse venait tous les jours tenir compagnie aux demoiselles de St-Dizier ; elle s'était éprise d'une affection vraie et sincère pour Asile, qui en était touchée. Avec son tact de jeune fille, elle avait bien remarqué que miss Clarisse aimait M. de St-Luc ; elle s'était aussi aperçue que cette généreuse enfant croyait qu'il l'aimait, et, loin d'en être jalouse, elle lui avait dit un jour, avec une charmante mais triste naïveté :

— Ah ! Asile, vous êtes bien heureuse : M. de St-Luc vous aime et il ne m'aime pas.

Hermine aurait voulu quelquefois, dans les premiers jours qui suivirent le départ de St-Luc, taquiner miss Clarisse au sujet du beau créole louisianais, comme elle l'appelait ; mais elle s'aperçut qu'elle lui faisait une peine si grande, qu'elle se repentit d'avoir touché à une plaie aussi vive. Hermine s'était bien aperçue de la préférence de St-Luc pour sa sœur, sans avoir remarqué celle de Clarisse.

Il s'était établi entre elles une espèce de lien magnétique qui les unissait toutes trois dans une même communauté d'idées, dont St-Luc semblait

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