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CHAPITRE SIXIÈME

monté, le vaisseau qui ne se trouvait plus qu'à une petite portée de canon et qui s'avançait vers le Zéphyr.

La moitié de l'équipage était distribuée dans les mâts et sur les vergues déferlant toutes les voiles ; l'autre moitié de l'équipage, rangée par file à tribord, se tenait prête à exécuter les moindres ordres.

Le capitaine ayant tenniné son examen, redescendit sur le pont.

» — Que pensez-vous de ce vaisseau ? demanda Sir Gosford, en s'approchant du capitaine.

— Ma foi, je n'en sais trop rien. Nous avons montré nos couleurs ; il ne montre pas les siennes, j'ai envie de lui demander pourquoi. Après, nous saurons à quoi nous en tenir sur son compte. Et le capitaine se tournant vers maître Laurin :

— Un coup de canon à boulet à l'avant de ce navire !

Et un canon tonna, son boulet allant ricocher à l'avant de la polacre.

» — Ah ! ah ! s'écria le capitaine, il montre ses couleurs ! c'est un pavillon Hollandais. Et la polacre s'avançait toujours, en maintenant sa position par le travers du Zéphyr.

— Bâbord la barre !

— Bâbord la barre, répéta le timonier.

Au mouvement du gouvernail, le Zéphyr, arrivant un peu, prit plus de vent dans ses voiles et s'élançait gracieusement en s'éloignant graduellement de la polacre, qui serrait au plus près afin de ne pas dépasser le Zéphyr, qui était sous le vent à elle.

La polacre exécuta la même manœuvre que le Zéphyr et fit une semblable arrivée.

» — Capitaine, ce vaisseau manœuvre comme nous ; que prétend-il faire ?

— Je n'en sais rien, répondit celui-ci en secouant la tête ; je n'aime pas son apparence, et j'aime encore moins celle de cette corvette, qui charrie de la voile, plus qu'il n'en faut pour marcher décemment ».

Il faisait alors grand jour et l'on pouvait facilement distinguer la corvette, qui n'était guère plus qu'à quatre ou cinq milles, et gagnait à chaque instant sur le Zéphyr qui n'avait pas encore toutes ses voiles dehors.

En ce moment, Trim, le gros nègre, qui regardait attentivement la polacre, appuyé sur le bastingage de bâbord, fit signe à Tom de venir près de lui.

« — Tom, lui dit-il quand il fut arrivé, je ne sais si je me trompe, mais ce vaisseau m'a tout l'air d'une certaine polacre que nous avons rencontrée aux environs du Cap Frio, il y a un mois, lorsque nous allions à Rio, et que nous avons alors reconnue pour un de ces maudits pirates, qui infestaient les côtes du Brésil à cette époque,

— Trim, tu as raison.

— Tiens, Trim, regarde sa voile de misaine ; vois-tu cette pièce de toile ronde au milieu, et cette autre un peu au-dessous ? oh ! je suis bien sûr maintenant.

— Moi aussi je la reconnais maintenant, c'est bien la même polacre. Nous allons danser tout à l'heure au son du canon. Si encore nous n'avions pas à nos trousses cette maudite corvette, que je n'aime pas du tout, je me moquerais bien de la polacre ; nous lui ferions bien vite prendre le large comme nous le lui avons déjà fait prendre » !

« — Capitaine, cria un matelot, placé en vigie au mât d'artimon, la corvette fait des signaux à la polacre.

Le capitaine dirigea un instant sa longue-vue sur la corvette.

» — Courez vite en bas. Sir Gosford, pour rassurer votre fille et mademoiselle Thornbull. Vous les ferez passer dans la grande cabine. — Nous allons bientôt essuyer une bordée et peut-être aussi aurons-nous besoin des canons de poupe qui sont dans ma cabine. Dans tous les cas, soyez tranquille, je tâcherai d'éviter le combat et ferai force de voiles pour leur échapper, si, comme je le crois, ce sont des ennemis. Si une fois je puis virer de bord, je me moque bien d'eux. Allez, allez vite.

A peine Sir Gosford fut-il descendu, que les flancs de la polacre s'embrasèrent, un nuage de fumée l'enveloppa toute entière, et trois à quatre gros boulets vinrent mourir à une demi encablure du Zéphyr. Au-dessus de la fumée on vit un pavillon noir, sur lequel se dessinait en blanc une tête de mort et au-dessous deux os en croix, monter le long de sa drisse et se fixer à la tête du grand mât.

» - — Oh ! oh ! murmura le capitaine Pierre, il paraît qu'on ne fait plus de mystère maintenant ; ils ont eu tort tout de même de commencer le bal à cette distance, avec des caronades qui ne portent qu'à moitié chemin.

Puis se tournant vers son équipage :

» — Allons, mes enfants, pointez dans la voilure !

— Oui, oui, capitaine.

— Attention ! feu !

Et les quatre canons de bâbord, qui éclatèrent en même temps, firent trembler le Zéphyr dans toute sa membrure. Le capitaine suivit de l'œil l'effet de sa bordée dans la voilure de la polacre.

» — C'est bien, mes enfants, donnez-moi des dix-huit à cette distance : ça parle au moins.

— Holà en avant là, nettoyez le gaillard d'avant ! c'est au tour de Cicéron à parler maintenant, il aura peut-être quelque chose à dire !

En un instant tout fut prêt.

Le capitaine se rendit lui-même sur le gaillard d'avant, et là, de sa voix qui dominait le bruit du combat et les clameurs du pont, il fit entendre les ordres suivants, de l'exécution vive et prompte desquels dépendait peut-être le salut du Zéphur.

» — Pare à virer !

Tous ceux de l'équipage destinés à la manœuvre coururent se placer à leur poste, le timonier amena un peu pour faire poster les voiles.

» — Adieu, va !

Aussitôt on brassa l'ourse d'artimon tout à fait sous le vent et le timonier mit la barre sous le vent.

» — Largue le lof !

En un clin d'œil les écoutes des focs et des voiles d'étai ainsi que l'amarre de la grande voile, furent larguées.

Le capitaine profita de l'instant où l'on exécutait cette manœuvre, pour pointer lui-même son canon favori, son Cicéron. Aussitôt que la proue du Zéphyr arriva en droite hgne avec le flanc de la polacre :

» — Feu 1 cria le capitaine.

Et sans perdre le temps de regarder l'effet que pouvait avoir produit

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