‹ Une de perdue, deux trouvéesChapitre 3 sur 207 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

La propriété N° 8, rue Chartres, Nouvelle-Orléans 37,000

L'habitation, paroisse St-Charles, 500 acres 100,000

100 nègres à $500 50,000

L'habitation, paroisse d'Iberville 75,000

87 nègres à $500 43,500

L'habitation, paroisse St-Jacques 100,000

100 nègres à $500 50,000

L'habitation, paroisse St-Martin 130,000

100 nègres à $500 50,000

Actions à la Banque de l'Union pour 10,000

» » des Citoyens 5,000

» » Consohdée 22,000

» » des Améliorations 250,000

Mon argenterie, chevaux, meubles, linges 20,000

Le navire trois-mâts « Le Sauveur », 800 tonneaux 20,000

Sa cargaison probable, assurée pour 200,000

Le brick fin voilier « Le Zéphyr » * 20,000

Sa cargaison probable, assurée pour 60,000

Constitut sur la Bourse St-Louis (payant rente 10 par 100) 5,000

Constitut sur le théâtre St-Charles 2,500

Constitut sur le carré de l'hôtel St-Charles 3,200

Constitut sur la propriété N° 8, rue Bienville 2,000

» » L'Arcade, rue du Camp 5,000

» » la propriété N^ 22 rue Chartres 3,500

» » » 8 » Conti 8,000

» En laissant à mon héritier et légataire universel Pierre de St-Luc une fortune aussi considérable, se montant à cinq millions de piastres y compris les constituts et les intérêts, je n'hésite pas à dire que je suis satisfait d'avance de l'usage qu'il en fera. La connaissance intime que j'ai de son caractère et de son généreux naturel me garantit du dépôt que je fais en ses mains des biens que j'ai si péniblement acquis.

» Que Dieu lui soit en aide et lui donne sa bénédiction comme je lui donne la mienne. Amen.

» 1^^ Septembre 1836». «Alphonse Meunier.

« P. S. — Le mémoire que je laisse dans la petite cassette rouge pourra guider mon légataire universel dans les recherches que je le prie de faire de certaines personnes auxquelles je porte un profond intérêt, etjjqui doivent se trouver en quelque part au Canada ». « A. M ».

Le notaire ayant fini la lecture du testament, le plia et le remit au juge de la Cour des Preuves, qui le parapha.

Tout ce monde ébahi, regardait avec de grands yeux ce papier qui contenait le détail d'une fortune si colossale ; plus d'une personne se trouva désappointée de ne s'être pas entendue nommer dans les dispositions du défunt. Quand la première émotion d'étonnement fut passée, un murmure confus circula à travers les rangs de cette foule qui encombrait la salle et les passages.

« — Silence, silence, Messieurs, cria un huissier.

— Si quelqu'un, dit le juge, désire faire quelqu'opposition à l'enregistrement du testament de feu Sieur Alphonse Meunier, si quelqu'un a quelque réclamation à faire contre sa succession, il est tenu de présenter ses réclamations et oppositions au greffe de la Cour des Preuves dans la quinzaine, après lequel temps le dit testament sera enregistré et toutes réclamations fore closes.

» M. le greffier, veuillez prendre soin de ces papiers et cassette, continua le juge, et les déposer dans les voûtes du greffe de la Cour des Preuves. Ils sont sous votre responsabiUté.

» Messieurs, la séance est levée ».

Et la foule se mit à défiler, sans bruit, sans désordre, la tête basse et réfléchissant aux destinées de la vie humaine, si extraordinaires, si variées et parfois si bizarres.

Un homme riche hier, aujourd'hui un cadavre !

Les journaux du soir annoncèrent le grand événement du jour. Quelque temps le public s'en occupa, puis cet incident, comme tant d'autres, alla s'ensevelir dans le gouffre des spéculations et des extravagances de cette nouvelle Babylone !

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