‹ Une de perdue, deux trouvéesChapitre 59 sur 207 · LA DÉLIVRANCE · texte numérisé non relu

LA DÉLIVRANCE

Trim, en apprenant la mort de son maître, s'était d'abord laissé aller au plus vicient paroxisme de douleur, puis surmontant cet excès et reprenant peu à peu ses esprits, il était parti en courant, pour aller une dernière fois embrasser les restes mortels de celui qui lui était plus cher que la vie, avant qu'ils eussent été déposés dans un cercueil.

Comme Trim arrivait au couvent des Ursulines, le coronaire revenait de l'enquête, suivi de ceux qui l'avaient accompagné. Le maître d'équipage du Zéphyr, en voyant Trim tout essoufflé, nu-tête, car il avait oublié sa casquette, le regard égaré, la bouche ouverte, eut pitié de lui, et lui adressant la parole avec douceur :

« — Mon cher Trim, lui dit-il, tu feras mieux de revenir avec nous ; à quoi te servira de voir le cadavre de ton pauvre maître ? c'est un triste spectacle ! Viens avec nous, viens !

Trim baissa la tête, une grosse larme tomba de son œil et roula sur sa joue ; il ne répondit pas.

» — Tu ne dis rien, Trim, continua le maître d'équipage, en le touchant sur l'épaule ; écoute mon avis et n'attends pas que le corps de notre bienaimé capitaine soit arrivé. Sa vue pourrait te causer bien du mal.

Trim se jeta à genoux et éclata en sanglots.

» — Je veux voir mon maître et mourir ! murmura-t-il ; laissez-moi rester ».

Le maître d'équipage, voyant qu'il était inutile de songer à amener Trim, prit avec les autres le chemin de la ville.

Bientôt apparut sur le fleuve la pirogue dans laquelle deux nègres

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