‹ Une de perdue, deux trouvéesChapitre 80 sur 207 · CHAPITRE VINGT-ET-UNIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-ET-UNIÈME

— Merci, merci, Sir Arthur ; vous êtes mon ami, je le sais, et c'est pour cela que je ne voulais pas vous laisser partir sans vous revoir. Quant à vos olTres d'argent, je vous suis bien obligé ; M. Léonard m'a apporté ce matin mille dollars, qui me sufliront de reste jusqu'à ce que je puisse en avoir davantage.

— Je ne vous presse pas, car je pense bien que vous ne voudriez pas faire de cérémonies avec moi.

— Non, Sir Arthur, je ne ferais pas de cérémonies avec vous ; mais ne parlons plus de cela. Quand partez-vous ?

— Dans quelques jours.

— Qu'est-ce qui vous fait retarder votre départ ? vous étiez si pressé de vous rendre à New- York.

— Rien... rien de particulier, répondit Sir Arthur d'un air embarrassé ; mais vous, racontez-moi donc comment vous avez failli être la victime de cette odieuse trame. Je ne puis en revenir.

— Bien volontiers. Sir Arthur, d'autant plus que je serais fort aise d'avoir votre avis, sur ce qui serait le mieux à faire dans les circonstances actuelles.

Pierre de St-Luc raconta comment, au débarquement du navire, il fut conduit par la mère Coco à l'habitation des champs ; sa chute dans le cachot, le traitement qu'on lui fit subir ; ses hardes qu'on lui enleva ; le serpent à sonnettes qu'on y jeta ; la découverte que fit Trim que le noyé n'était pas son maître ; ses soupçons, ses recherches avec Tom ; comment Trim rencontra le Dr Rivard chez le vendeur de poisons et de serpents, et comment Trim, après avoir rencontré la vieille négresse, Marie, l'esclave du Dr Rivard, fit part de ses soupçons à Tom ; leurs recherches, leur visite à l'habitation des champs ; leur désappointement à la réception que leur fit les Coco-Létard ; la lutte de Trim et de Tom avec les Coco ; enfin sa délivrance.

» — Eh bien ! continua le capitaine, qu'en pensez-vous, Sir Arthur ?

— Je suis confondu de l'audace et de la méchanceté de ces monstres ; et d'après ce que vous m'avez dit, je n'ai aucun doute que les Coco-Létard ne soient les instruments de ce Pluchon, qui lui-même n'était que l'agent du Dr Rivard.

— Que me conseillez-vous de faire ? Je n'ai pas de preuves positives contre le docteur.

— Voici ce que je ferais. D'abord je ferais surveiller toutes les démarches du docteur, et prendre tous les renseignements possibles à son égard. Je ferais déterrer M. Meunier, et voir si l'on découvrirait aucune trace de poison.

— J'ai justement eu la même idée, et c'est pour cela que j'ai envoyé chercher un fameux agent de pohce, qui doit venir d'un instant à l'autre.

— Ne m'avez-vous pas dit que ce Pluchon était prisonnier avec les Coco-Letard ?

— Oui.

— Je les ferais parler ; et par peur, menaces, promesses ou autrement, je tâcherais d'en obtenir tout ce qu'ils savent du complot.

— C'est une heureuse idée, s'écria le capitaine en se levant et se frottant les mains. Je veux les voir dès aujourd'hui. Voulez-vous venir avec moi à l'habitation des champs ? Nous prendrons une voiture fermée.

— Avec le plus grand plaisir ».

En ce moment M. Léonard arrivait, accompagné de l'agent de police, André Lauriot,

André Lauriot était un de ces vieux limiers exercé au métier par vingt ans de service ; il n'y avait pas de brigand qu'il ne connût de fait ou de réputation. Employé presque toujours dans les affaires difficiles, il savait déployer au besoin un tact et une finesse admirables, une patience inaltérable, une activité extraordinaire et un courage à toute épreuve. C'était justement l'homme qui convenait au capitaine.

« — Bonjour, M. Lauriot, lui dit le capitaine en souriant à la surprise de ce dernier.

— Bonjour, capitaine, je crois, si je ne me trompe, que vous êtes le même qui étiez mort il y a trois jours, enterré avant-hier et vivant aujourd'hui ; et Lauriot fit entendre un de ces rires à demi étouffés, qui lui étaient particuliers.

— Le même, M. Lauriot, le même ; mais pour quelques jours encore, je dois être mort pour le monde, jusqu'à ce que j'aie pu mettre la main sur quelques personnes, qui ne s'attendent certainement pas à ma résurrection. En attendant, voici ce que je désire que vous fassiez pour moi. Connaissezvous le docteur Rivard ?

— Très bien.

— Un nommé Pluchon, espèce de huissier ?

— Parfaitement.

— C'est bien. Vous ferez surveiller le docteur Rivard de manière à m'informer de ses moindres démarches. Il ne faut pas qu'il soit perdu de vue, nuit et jour.

— Je comprends.

— Ainsi que ce Pluchon.

— Très bien.

— Aussitôt que vous pourrez me faire parvenir quelques renseignements, envoyez-les moi ou plutôt apportez-les moi vous-même ici. Il est maintenant neuf heures, je vous attendrai à onze. Voici une vingtaine de dollars pour commencer. A propos j'oubliais une chose importante. Vous avez connu M. Meunier ?

— Qui est mort dernièrement ?

— Oui. On soupçonne qu'il a été empoisonné. Y aurait-il moyen de s'en assurer, sans donner l'éveil au docteur Rivard ?

— Je pense.

— Eh bien ! partez ; ne parlez pas de moi, n'épargnez aucune peine, et ne craignez rien pour les dépenses.

— Je ne suis pas inquiet là-dessus ; je reviendrai à onze heures, ou si je ne peux venir, je vous écrirai un mot. Bonjour, capitaine.

Aussitôt que l'agent de poUce fut sorti, le capitaine chargea M. Léonard d'aller lui chercher une copie du testament de M. Meunier.

» — Maintenant, Sir Arthur, continua-t-il, nous monterons dans la voiture, et nous irons à l'habitation des champs.

— Ne craignez-vous pas de vous exposer à être reconnu ?

— Oh ! non. La voiture est fermée, et d'ailleurs je me couvrirai de mon manteau, s'il est besoin.

— Comme vous voudrez ».

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