CHAPITRE VINGT-CINQUIÈME
» lation (lu lestameiit de feu sieur Alplionse Meunier, pour cause de surve- » naiice d'héritier, et pour reconnaissance du dit héritier».
Il y eut un mouvement de curiosité dans la salle, plusieurs personnes montèrent sur les bancs pour voir le Dr Rivard.
» — Si Son Honneur veut me permettre, dit M. Préau en se levant, j'ai une motion à faire avant que la Cour procède sur le rôle.
Le Dr Rivard fit un mouvement de surprise et écouta.
» — Quelle est votre motion, dit le juge ?
— Je désire que la Cour entende, avant tout, la cause de Fortin contre Portier, que Votre Honneur, à la dernière séance, m'a promis de faire passer la première aujourd'hui.
Le docteur Rivard se sentit soulagé d'un grand poids, en entendant ce dont il s'agissait ; et se penchant à l'oreille de son avocat, il lui dit quelques mots.
» — Si M. Préau n'a pas d'objection, je le prierais de vouloir bien me permettre de procéder dans la cause de l'héritier de M. Meunier ; mon client, le docteur Rivard, qui est ici à mes côtés, et tout ce public qui est venu dans le seul intérêt de voir passer cette cause importante, vous sauront gré de retirer votre motion.
M. Préau entendit en ce moment une voiture qui s'arrêta en face du Palais de Justice.
» — S'il en est ainsi, monsieur, répondit-il, je retire ma motion.
— La Cour, continua l'avocat du docteur Rivard, est-elle maintenant prête à entendre la cause ?
— Procédez, répondit le juge.
— Je vais commencer par hre la requête.
La requête est écrite en anglais, nous la traduisons.
« A l'honorable Juge de la Cour des Preuves, pour la cité de la Nouvelle- » Orléans, État de la Louisiane.
» La requête de Léon Rivard, médecin de la dite cité de la Nouvelle- » Orléans, Tuteur dûment élu en justice à l'orphelin Jérôme, expose respec- » tueusement :
» Que, le premier septembre 1836, Alphonse Meunier, négociant, de la » Nouvelle-Orléans, sous l'impression qu'il n'avait point d'enfant ni d'héri- » tier légitime, fit son testament olographe, qu'il déposa le même jour » entre les mains de sieur P. Magne, notaire pubUc.
» Que, le 15 septembre 1836, le dit Alphonse Meunier décéda à la Nouvel- » le-Orléans, sans avoir changé son testament.
» Que le 25 octobre 1836, le dit testament du dit Alphonse Meunier fut » régulièrement ouvert et reconnu par Son Honneur le dit juge de la dite » Cour des Preuves : sauf toute opposition qui pourrait y être faite, dans » la quinzaine, avant son homologation.
» Que, le 19 mars 1820, le dit Alphonse Meunier avait épousé, en légitime » mariage, demoiselle Léocadie Mousseau.
» Que, le 21 mai 1823, il serait né du légitime mariage du dit Alphonse » Meunier avec la dite Léocadie Mousseau, un enfant mâle, baptisé le même » jour, sous le nom d'Alphonse Pierre.
« Que le 29 mai 1823, la dite Léocadie Mousseau décéda à la paroisse » St-Martin, État de la Louisiane, sans autre enfant issu de son dit
» mariage avec le dit Alphonse Meunier, que le dit Alphonse Pierre.
» Que, par d'inexplicables circonstances, le dit Alphonse Pierre Meunier » fut perdu, et que son père, après les plus grandes recherches, fut persuadé » que son fils était mort et qu'il ne le reverrait jamais.
» Que, le 5 avril 1826, un orphehn du nom de Jérôme, de parents inconnus, » abandonné sur la levée, au bas du couvent des Ursulines, fut amené à » l'Hospice des AUénés de la Nouvelle-Orléans.
» Que, le 30 octobre 1836, votre requérant aurait été dûment élu tuteur » de l'orphelin Jérôme.
» Que, le 1er novembre 1836, Pierre de St-Luc, capitaine du Zéphyr, » constitué, par le dit testament du dit Alphonse Meunier, son héritier » et légataire universel, aurait été noyé et décédé dans le fleuve du Mississipi, » et inhumé au cimetière de la Nouvelle-Orléans, avec toutes les pompes » de la religion et la plus grande publicité.
» Que, le dit orphelin, Jérôme, aurait été reconnu et identifié depuis la » mort du dit Alphonse Meunier, avec le dit Alphonse Pierre ; et que le » dit Jérôme ne serait autre que le dit Alphonse Pierre, fils légitime et héri- » tier du dit Alphonse Meunier.
» Le tout tel que votre requérant est prêt à prouver.
» C'est pourquoi votre requérant, ès-qualité, conclut à ce que, vu les causes » ci-dessus, il plaise à votre honorable cour déclarer le dit orphelin Jérôme » être le fils légitime et héritier légal du dit feu Alphonse Meunier ; et en » autant qu'il appert que le dit testament aurait été fait par le dit feu » Alphonse Meunier, sous la fausse impression que son fils était mort, » que le dit testament soit déclaré nul et de nul effet ; et de plus qu'un » administrateur soit nommé pour prendre soin de la succession.
Léon Rivard, Tuteur ».
La lecture de cette requête avait été écoutée dans le plus grand silence. On lisait sur la figure de tout le monde, le profond intérêt que cette cause inspirait ; et les événements qu'elle annonçait étaient si imprévus, et l'héritage dont il s'agissait si considérable, presque fabuleux, que l'on ne doit pas être surpris de l'impression qu'elle avait produite.
Je produis, continua l'avocat du docteur Rivard, au soutien de la présente requête, les documents suivants :
fo Copie authentique du dit testament de feu Alphonse Meunier.
2° L'extrait de mariage du dit Meunier.
3° L'extrait de naissance du dit Alphonse Pierre Meunier.
4° L'extrait mortuaire de dame Léocadie Mousseau Meunier.
5° L'extrait mortuaire du dit feu Alphonse Meunier.
6° L'acte de tutelle du dit Léon Rivard.
7° L'extrait mortuaire du dit Pierre de St-Luc.
8° Copie certifiée de l'entrée des registres de l'hospice des Aliénés de la Nouvelle-Orléans.
« Par ces documents, je prouve d'abord la naissance d'un héritier légitime de feu M. Alphonse Meunier, continua l'avocat du docteur Rivard ; ensuite, que M. Meunier était sous l'impression, en faisant son testament, que son fils n'existait plus. Il ne me reste plus à faire voir maintenant que l'orphelin Jérôme est le véritable Alphonse Pierre, fils légitime et unique héritier de M. Meunier ; ce que j'espère prouver de la manière la plus évidente