‹ Une de perdue, deux trouvéesChapitre 96 sur 207 · CHAPITRE VINGT-SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-SIXIÈME

culte. Le docteur Rivard a été transporté chez lui, sous la garde de maître Lauriot et d'un autre constable ; nous avons trouvé la petite boîte de maroquin rou<^e que Lauriot doit vous apporter tout à l'heure. Voici les vingt mille dollars que j'ai eus de la banque des Améliorations en billets de cent piastres, comme vous le désiriez.

— La banque n'a pas fait d'objections ?

— Pas du tout. On savait déjà votre résurrection ; et d'ailleurs, j'avais avec moi l'ordre du juge, sous le seing et sceau de la Cour des Preuves, de vous mettre en pleine et entière possession de tous les biens-meubles et immeubles, généralement quelconques, de la succession de monsieur Meunier. Voici l'ordre.

— Merci, M. Préau. Ayez maintenant la bonté de me dire combien je vous dois.

— Oh ! rien du tout, rien du tout, répondit-il en jetant, malgré lui, un coup d'œil sur la pile de billets de banque qui était sur la table. Ce n'est pas la peine, ce n'est pas la peine.

Le capitaine avait souri, en voyant la direction involontaire qu'avait pris le rayon visuel de l'avocat vers ces petits chifïons, dont la puissance magnétique exerce une si grande influence sur les destinées humaines, en dépit de la mésaventure du chameau qui se rompit l'épine dorsale en s'amusaiit à passer par le chas de l'aiguille ! Il savait de plus que M. Préau n'étais pas riche, et d'ailleurs les avocats ne pèchent pas en général par un si grand désintéressement ; et il comprit fort bien que M. Préau préférait laisser la chose à sa générosité, pensant bien ne rien perdre pour attendre.

» — M. Préau, vous avez bien travaillé pour moi, et vous méritez d'être payé ; je sais que les avocats ne travaillent pas sans cela. Peut-être préférez-vous avoir quelqu'autre ouvrage à faire pour moi, avant de me présenter votre mémoire ; c'est bien, j'y consens. Vous serez mon avocat ; et, pour retenue, permettez-moi de vous ofïrir ceci, lui dit-il en prenant dix des billets de banque ; ça ne vous empêchera pas de faire votre mémoire, que vous me présenterez tous les trois mois.

— Je vous remercie, M. de St-Luc, lui répondit M. Préau, en prenant les billets qu'il mit dans son porte-feuille, pendant que le capitaine en faisait autant des autres.

Le capitaine et M. Préau s'assirent seuls à dîner ; car Mme Regnaud et sa famille avaient, suivant leur habitude, pris leur repas à midi.

» — Je vous ai prié, M. Préau, de venir dîner avec moi, lui dit le capitaine, aussitôt que la nappe eût été enlevée et le dessert servi, afin que vous m'aidiez à remplir, en ma qualité d'exécuteur testamentaire, les dernières volontés de mon bienfaiteur et père, M. Meunier. Je veux dès ce soir remettre à qui de droit les divers legs qu'il a faits et ordonnés dans son testament. Vous me donnerez votre avis et me guiderez dans l'exécution de mon devoir.

— Bien volontiers.

— Je vous retiens pour le reste de la journée.

— Je suis à vos ordres. Il serait bon que vous eussiez un notaire, pour dresser les actes et quittances dont vous aurez besoin. Si vous le désirez, je vais aller en chercher un.

— Ne vous donnez pas ce trouble ; je vais envoyer Trim prier M. Magne de vouloir bien passer ici un instant.

Ils étaient encore à table, quand la négresse de la maison apporta au capitaine la petite cassette de maroquin rouge, en lui disant que le monsieur qui était venu le matin, demandait à lui parler.

» — Allez dire à celui qui a apporté cette cassette de m'attendre ; et faites entrer le monsieur.

En voyant entrer Sir Arthur Gosford, le capitaine fut frappé de l'altération de ses traits, si changés depuis qu'il l'avait laissé le matin, à la porte du consulat d'Angleterre.

)) — Qu'avez-vous donc, sir Arthur ? vous n'êtes pas reconnaissable.

— J'ai besoin de vous voir en particulier ; j'ai un service à vous demander.

— Avec plaisir ; voulez-vous entrer dans ma chambre ? M. Préau voudra bien nous excuser quelques instants.

— ■ Pas d'excuse, répondit l'avocat, en se levant de table ; je vais lire les journaux en attendant.

— Un grand malheur, capitaine, lui dit sir Arthur aussitôt qu'ils furent seuls, un grand malheur m'est arrivé ; Miss Sara Thornbull est disparue !

— Miss Thornbull disparue !

— Oui ! ce que je pressentais ce matin n'est que trop réel ! Elle a été enlevée par Antonio Cabrera !

— Enlevée ! par Antonio Cabrera ! Vous m'épouvantez.

— La chose n'est que trop vraie ! voici un billet que Clarisse a trouvé parmi les effets de Miss Thornbull. Son évanouissement à bord du Zéphyr, quand elle reconnut le pirate, est maintenant expliqué.

— Pauvre jeune fille ! Et que pensez-vous faire ?

— C'est ce que je ne sais pas ; et c'est pour ça que je suis venu vous voir. Je suis au désespoir.

— Il n'y a pas de temps à perdre ; il faut courir après le ravisseur. Avez-vous quelque idée de la direction qu'il a prise ?

— Non. Seulement je sais qu'il lui donnait rendez-vous à la place Lafayette, pour avant-hier soir.

— Vous ne savez rien de plus ?

— Rien de plus !

— Ah ! j'y pense : j'ai...

Le capitaine, sans finir sa phrase, sortit précipitamment de sa chambre, alla chercher André Lauriot qui l'attendait, et rentra bientôt avec lui.

» — Voici l'homme. Sir Arthur, lui dit le capitaine en lui montrant Lauriot, qui peut le mieux vous aider.

Sir Arthur examina la contenance et les trais de l'agent de poHce, et parut satisfait. Après lui avoir raconté ce qui était arrivé, il lui demanda ce qu'il en pensait.

» — Ce que j'en pense? répondit Lauriot; c'est que c'est une vilaine affaire. Cabrera est un diable qu'il n'est pas aisé de prendre : d'abord il a mille endroits pour se cacher ; en second lieu, quand on a découvert sa cache, on n'est pas toujours plus avancé, il est toujours armé jusqu'aux dents.

— Ah ! reprit Sir Arthur avec animation, si nous pouvons le trouver, je réponds que nous le prendrons. Le principal, c'est de savoir où il peut être allé.

— Quant à cela, je pense que je puis vous le dire à peu près. S'il

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