‹ Une de perdue, deux trouvéesChapitre 97 sur 207 · CHAPITRE VINGT-SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-SIXIÈME

eût été seul, il serait probablement resté caché clans la ville, jusqu'à ce qu'il eût pu trouver un passai^e sur quelque navire allant aux Antilles ; mais comme il est avec une jeune lille qui probablement l'embarrasserait, je ne serais pas surpris qu'il cherchât à gagner la baie de Barataria, où je sais qu'il est déjà venu plusieurs fois. ,,

— C'est ce que je crains, dit le capitaine.

— Et moi aussi, ajouta Lauriot. Une fois dans les prairies flottantes, à travers les milliers de bayous qui se croisent en tout sens dans ces fondrières, il y a vingt à parier contre un qu'on ne le découvrira pas avant qu'il ne parvienne à s'échapper sur quelque barque de pêcheurs d'huîtres, ou sur quelqu'un des sloops de pirates qui infestent en ce moment les côtes du golfe, depuis que la guerre du Texas est commencée.

— Nous n'avons pas de temps à perdre, si nous voulons le rejoindre. Je vous donne cent guinées, M. Lauriot, si vous me rendez Miss Thornbull, et cinquante pour Cabrera. Partons.

— Attendez un peu, reprit le capitaine, Trim va bientôt arriver ; il connaît tous les bayous et toutes les prairies depuis l'embouchure du Mississipi jusqu'à la baie Timballier. C'était dans ces bayous qu'il se tint caché, pendant plus de dix-huit mois qu'il fut marron ; pauvre Trim ! Depuis ce temps, je ne sais combien de fois il m'a mené à la chasse, en pirogue, à travers tous ces baj^ous, sans jamais se tromper. — Tenez, le voilà, je viens d'entendre sa voix.

En efîet, c'était Trim qui arrivait avec le notaire. Le capitaine alla au-devant de celui-ci, qu'il fit entrer dans le salon, où attendait M. Préau. Il le pria de l'y attendre quelques instants, et retourna avec Trim auprès de Sir Arthur.

)) — Qu'en dis-tu, Trim ? lui demanda le capitaine, après lui avoir raconté ce qui en était.

— Moue dise comme mossié police (il désignait Lauriot) ; moue sûr pirate l'été gagné prairies ; moue conné son la cache à ce pirate-là dans la baie Barataria ; moue pensé y a d'autres pirates dans la baie, et si li joigne pirates avant li l'été attrapé, adieu j'men vas ! li jamais pu vini di tout !

— Tu connais bien la prairie, Trim ? lui demanda le capitaine.

— Oui ! oui, moue connais ben.

— Veux-tu y aller ?

— Pas tout seul, moue pas capable pour joigne li,

— Avec M. Lauriot ?

— M. Lauriot et pis moue pas capables pour attrapé l'pirate. Tenez, moue conné quéqu'un bon pour vini, li fameux ; moue vas content si li vini.

— Quel est celui-là, Trim ?

— Tom.

— Tom ! tu as raison. Eh bien ! Tom ne demandera pas mieux.

— Et moi aussi j'irai, ajouta Sir Arthur. A quatre, nous en viendrons bien à bout, si nous le rejoignons.

— Peut-être, dit André Lauriot, s'il n'a qu'une ou deux personnes avec lui ; mais s'il en avait une dizaine ?

— Eh bien ! continua Sir Arthur, prenons autant d'hommes qu'il faudra ; je paye toutes les dépenses, et la récompense par-dessus le marché.

— Je crois que c'est ce qu'il y a de plus prudent. Toi, Trim, va chercher

Tom ; vous, Lauriot, choisissez de bons hommes bien armés, et venez nous rejoindre ici.

— Non, reprit Sir Arthur, qu'ils viennent me trouver à l'hôtel St- Charles, où ils m'attendront si je ne suis pas arrivé ; il faut que je conduise Clarisse chez M. le consul.

— Convenu, répondirent Lauriot et Trim, qui partirent chacun de leur côté.

— Je suis fâché, Sir Arthur, de ne pouvoir vous accompagner ; j'ai des devoirs à remphr que je ne puis remettre. Mais je vous donne trois hommes qui vous feront retrouver ce que vous avez perdu, ou bien il n'y aura pas moyen. Trim, dans les prairies, vaut à lui seul les deux autres, à cause de sa vue perçante et de son oreille si fine, outre qu'il connaît les bayous comme s'il y eût été élevé,

— Merci, merci, capitaine. Maintenant je vous quitte pour aller me préparer à une rude chasse, à ce qu'il paraît. Adieu, capitaine.

— Adieu, Sir Arthur, bon courage, et venez me voir aussitôt que vous serez de retour.

— Je n'y manquerai pas.

Le capitaine pressa la main de son ami, et ils se quittèrent, l'un pour aller faire ses préparatifs, l'autre pour aller trouver l'avocat et le notaire, qui l'attendaient dans le salon.

» — Pardon, messieurs, de vous avoir fait attendre si longtemps.

— Pas du tout, M. de St-Luc, nous avons profité de votre absence pour dresser l'acte concernant le legs de madame et mademoiselle Regnaud.

— Toujours expéditif, M. Magne ! voyons, laissez-moi voir l'acte. C'est très bien, continua le capitaine après l'avoir lu, je désirerais cependant que vous y ajoutassiez : « et de tout ce qu'elle contient ».

— C'est facile ».

Quelques instants après, Mme Regnaud, Mathilde, l'avocat, le notaire et le capitaine se rendaient à pied à la rue Bienville, où ils arrêtèrent au No 7. Le gardien ouvrit la porte et ils entrèrent.

« — Permettez-moi, Mme Regnaud, de vous offrir au nom d'un de vos bons amis qui n'est plus, cette maison, dont la propriété appartient à Mlle Mathilde, et dont vous avez la jouissance jusqu'à votre mort. Je vous en Hvre la possession. L'acte est prêt ; nous allons le signer.

Madame Regnaud et sa fille, ainsi que Pierre de St-Luc et le notaire signèrent l'acte.

» — Maintenant, Mme Regnaud, vous nous ferez bien les honneurs de votre maison ? vous nous permettrez bien de vous accompagner dans la visite que vous allez en faire ?

— Sans doute, répondit Mme Regnaud les larmes aux yeux. Pendant qu'ils visitaient les différentes chambres de cette magnifique

maison, le capitaine, qui était resté en arrière avec M. Préau, mit dix mille piastres dans un vieux portefeuille qu'il avait pris sur une table, et le remettant au gardien, il lui dit de le porter à Mme Regnaud et de lui annoncer qu'il l'avait trouvé dans une armoire.

Madame Regnaud, après avoir examiné le portefeuille et découvert son contenu, le présenta au capitaine qui arrivait avec M. Préau.

» — Ceci t'appartient, mon Pierre, lui dit Mme Regnaud.

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